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Critique de Presence


Presence
  16 décembre 2016
Ce tome fait suite à Flinch Book one qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant, puisque toutes les histoires sont indépendantes et autocontenues. Il comprend les numéros 9 à 16, initialement parus en 2000. Il s'agit d'une anthologie, chaque numéro comprenant 3 histoires de 6 à 8 pages, pour un total de 22 pages par numéro. Les couvertures sont réalisées par un artiste différent à chaque fois : (9) Alex Ross, (10) Edvin Biukowic, (11) Phil Hale, (12) Mitch O'Connell, (13) Rick Berry, (14) Michael WM. Kaluta, (15) Dean Ormston, (16) Richard Corben. Cette anthologie a été publiée par Vertigo, la branche adulte de DC Comics. Pour le détail des auteurs, se reporter à la fin du commentaire.

Lors des achats de Noël, une jeune mère n'a plus assez de sous pour payer un cadeau à son fils qui l'accompagne, mais elle en a assez pour lui offrir un tour dans une attraction à neige, pendant qu'elle papote avec une vieille dame. Après 11 ans passés à assister lors d'opérations de récupérations d'organes sur des donneurs, une infirmière décide que la dernière a été de trop. Clyde répond au coup de sonnette : il s'agit de Kevin son pote, qui apporte le cadavre de Kelly (un meurtre incontrôlé) et qui lui laisse parce qu'il a une course urgente à faire.

Un mari en train de descendre quelques bières dans un bar appelle Lisa pour passer du bon temps, mais ce n'est pas vraiment la conversation de téléphone rose qu'il espérait. Un jeune homme, fils de caïd, doit se mettre à l'ombre pendant quelques temps chez un individu surnommé Pink qui a une jolie maison dont il ne cesse de repeindre le salon. Dans un pays d'Amérique du Sud, une femme n'a d'autre choix que d'accepter de faire la mule pour passer de la drogue aux États-Unis, afin de gagner assez d'argent pour faire opérer son fils.

La structure de ce deuxième tom est semblable à celle du premier : 24 histoires courtes réalisées par des auteurs différents, toutes indépendantes, avec une composant horrifique. Il y a quelques scénaristes qui sont de retour comme Brian Azzarello, Bruce Jones et Joe R. Lansdale, et un seul dessinateur Frank Quitely. Comme dans le premier tome, les histoires se déroulent presque toutes au temps présent, avec de rares exceptions pour un passé proche, et une exception pour un futur plus lointain. Il n'y a qu'une seule histoire qui dénote vraiment en mettant en scène des animaux anthropomorphes. Les auteurs utilisent soit des perversions très humaines qui prennent des proportions déraisonnables, soit l'intervention du surnaturel. À nouveau ces auteurs doivent se montrer fort inventifs pour surprendre des lecteurs qui peuvent être blasés par des années de lecture, mais surtout qui connaissent le dispositif narratif de l'histoire à chute, avec justice poétique, ou retournement de situation.

Comme l'indique les résumés succincts des 6 premières histoires, les scénaristes ne manquent pas d'inventivité. Au cours de ces 24 récits courts, le lecteur se retrouve dans des environnements urbains bien sûr, mais aussi dans une salle d'opération, un cimetière, un immeuble de bureaux, la salle d'attente d'un médecin, une maison isolée, à bord d'un avion et même à bord d'un paquebot dans une croisière pour individus du troisième âge. Il voit des individus confrontés à des vengeances, à des sentiments trop forts pour eux, et à quelques créatures surnaturelles dangereuses.

En termes visuels, la vingtaine d'artistes présent également de nombreuses particularités. Bruce Timm, Tim Levins et Roger Langridge dessinent des formes épurées, évoquant les dessins animés pour enfants, mais représentant des scènes qui n'ont pas leur place dans ces divertissements. Plusieurs dessinateurs réalisent des cases descriptives, très propres sur elles et très détaillées, comme Chris Weston, Frank Teran, Frank Quitely, Esad Ribic, Craig Hamilton, jouant sur les cadrages et sur les détails pour montrer des situations qui sortent de l'ordinaire. Sean Phillips réalise des pages à la peinture directe avec un éclairage bleuté évoquant la lumière stérile des hôpitaux. Timothy Truman réalise également des dessins descriptifs, mais avec une direction d'acteurs exagérée pour ces animaux anthropomorphes qui gesticulent.

D'autres artistes tirent les dessins dans une autre direction. Certains adoptent des tracés plus épurés, préférant mettre en avant une vision plus simple de la réalité (mais pas moins étrange), comme Dave Taylor. D'autres jouent sur les épaisseurs des traits de contours et les expressions des visages pour rendre la réalité un peu décalée comme Ted McKeever ou Philip Bond. Certains poussent jusqu'à l'exagération comique comme Roger Langridge et les frères Pander. Il est possible d'avoir un petit faible pour les artistes qui préfèrent ajouter une dimension expressionniste à leur planche, comme les belles ombres noires de David Lloyd, ou les incroyables aplats de noir de Danijel Zezelj qui semble sculpter ses personnages pour faire apparaître leurs formes au burin.

Comme dans toute anthologie, le lecteur éprouve des réactions différentes pour chaque histoire. le principe de l'anthologie est d'offrir de la diversité, et chaque histoire présente ses propres caractéristiques. Effectivement, le lecteur n'éprouve jamais l'impression de relire la même histoire. Parmi les plus marquantes, il est possible de retenir la première. Bruce Jones est un scénariste chevronné qui écrit des thrillers depuis des décennies et qui maîtrise le format court. Malgré l'aspect inoffensif des dessins, il met une mère face à l'injustice de la réalité, dans un drame qui lui fait porter une culpabilité insupportable. Brian Azzarello sait également raconter une histoire substantielle en peu de pages. Il installe un suspense qui tient le lecteur en haleine, en voyant les réactions du mari qui entend la conversation entre cette allumeuse de Lisa et son mari qui est rentré à l'improviste. Danijel Zezelj montre l'inquiétude qui se transforme en angoisse sur le visage du monsieur dans le bar qui écoute au téléphone la dispute prendre de l'ampleur. Les créateurs réussissent à angoisser le lecteur, sans rien lui montrer du drame qui se joue, juste par les réactions de l'interlocuteur téléphonique, un tour de force.

Tony Bedard place une pauvre mère de famille dans un voyage en avion, obligée de porter un nourrisson mort avec elle, comme s'il était encore vivant. Il intègre double dose d'angoisse : celle que le pot aux roses soit découvert, mais aussi l'horreur psychologique de devoir se conduire comme si le nourrisson était encore en vie. Les dessins expressionnistes chargés de noir de David Lloyd donnent à voir le tourment dont cette pauvre femme est la proie, un récit glauque sans horreur graphique, tout en psychologie. Joe R. Lansdale écrit des récits plus directs, mais la mise en image de Bruce Timm donne une consistance insupportable à cette histoire d'amour masochiste jusqu'à la folie, avec un côté mignon tellement décalé qu'il en devient inadmissible et qu'il renforce encore la déviance contre nature du couple. Cette fois-ci l'horreur est plus graphique.

Le tandem de Bruce Jones & Frank Quitely réalise une autre d'histoire d'amour (à trois) tout aussi tordue, tout aussi déviante, mais sans masochisme physique. Quitely montre avec réalisme chaque protagoniste et chaque endroit, les faisant exister avec une force de conviction qui emporte le lecteur dans ce drame inéluctable et fascinant. de manière tout aussi réaliste, Scott Cunningham & Esad Ribic écrive un récit noir au premier degré, qui se lit aussi comme une métaphore du stress de la performance professionnelle, avec une chute qui fonctionne à la perfection. À nouveau Brian Azzarello (cette fois-ci avec Javier Pulido) s'amuse aux dépends des nerfs du lecteur, à faire monter l'angoisse chez 3 garçons ayant maltraité un chat, en jouant sur le fait que le lecteur sait que le récit se terminera mal pour quelqu'un. Les dessins un peu épurés de Pulido montrent une réalité, comme vue par ces garçons.

Il est encore possible de citer Lucius Shepard qui anticipe un futur où la technologie permet à chacun de vivre en toute transparence, au point que les internautes sont devenus accros à ce voyeurisme et recherche des scènes du réel qui sortent de l'ordinaire, avec des dessins hyper-réalistes de Chris Weston prouvant que ce futur n'est pas si éloigné que ça de notre réalité. Darko Macan a imaginé un jeu de téléréalité très malin où le gagnant réalise son fantasme, avec un prix trop élevé, farce macabre rendue légère par les dessins amusés de Tim Levins.

Dans ce deuxième tome, la qualité est toujours au rendez-vous et peut-être même à un niveau plus élevé que dans le premier. Plusieurs équipes créatrices se lâchent pour la situation de départ et font souffrir leurs personnages avec inventivité, avec des dessins qui viennent apporter une dimension supplémentaire au récit. Chaque numéro comprend au moins une histoire indispensable. 5 étoiles.

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- Auteurs -

Numéro 9 : Bruce Jones & Dave Taylor ; Thom Metzger & Sean Phillips ; Steven T. Seagle & John Estes
Numéro 10 : Brian Azzarello & Danijel Zezelj ; Tony Bedard & David Lloyd ; Ken Rothstein & Frank Teran
Numéro 11 : Joe R. Lansdale & Bruce Timm ; John Rozum & Cliff Chiang ; Ian Carney & Dave Taylor
Numéro 12 : Bruce Jones & Frank Quitely ; John Arcudi & Ryan Sook ; Scott Cunningham & Esad Ribic
Numéro 13 : Joe R. Lansdale & Timothy Truman ; Roger Langridge ; Brian Azzarello & Javier Pulido
Numéro 14 : Bruce Jones & Bernie Wrightson (encré par Tim Bradstreet), Ted McKeever, Darko Macan & Tim Levins
Numéro 15 : Paul Jenkins & Pander Brothers ; Lucius Shepard & Chris Weston ; Will Pfeiffer & Robert Valley
Numéro 16 : Mike Carey & Craig Hamilton ; Charlie Boatner & Philip Bond ; Guy Gonzales & Danijel Zezelj
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