AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Citations sur Au lac des bois (14)

le_Bison
le_Bison   18 mars 2017
C'est un instant crucial dans la vie d'un soldat que celui où on lui ordonne de commettre un acte qui lui semble contredire totalement son propre sens du bien et du mal. Pour la première fois probablement, il découvre qu'un acte qu'une autre personne estime nécessaire est à ses yeux criminel. [...] Soudain le soldat se sent abandonné et dépouillé de toute sécurité. Sa conscience l'a isolé, et sa voix est un avertissement. Si tu fais cela, tu ne seras pas en paix avec moi à l'avenir. Tu peux le faire, mais tu ne devrais pas. Tu dois agir en homme et non en instrument d'une autre volonté.
Commenter  J’apprécie          310
le_Bison
le_Bison   19 avril 2017
Quelque chose clochait. La lumière du soleil ou l'air matinal. Tout autour de lui, c'était un feu de mitrailleuse, un vent de mitraille, et ce vent semblait le soulever et le jeter de place en place. Il trouva une jeune femme éventrée, sans poitrine ni poumons. Il trouva du bétail mort. Il y avait des feux aussi. Les arbres brûlaient, et les huttes et les nuages. Sorcier ne savait pas où tirer. Il ne savait pas sur quoi tirer. Alors il tira sur les arbres en flammes et les huttes en flammes. Il tira sur les haies. Il tira sur la fumée, qui répondit, et il se réfugia derrière un tas de pierres. Si une chose bougeait, il tirait dessus. Si une chose ne bougeait pas, il tirait dessus. Il n'y avait pas d'ennemi sur qui tirer, rien en vue, alors il tirait sans cible et sans désir, sinon celui de faire passer cette matinée horrible.
Commenter  J’apprécie          230
le_Bison
le_Bison   23 mars 2017
Il dormit d'un bref sommeil gourd, se réveillant sous la menace des gelures. Il était un peu plus de 3 heures du matin quand il alluma la radio. "Pécheurs et pêcheurs, bienvenue à l'écoute de WFIB, la radio des étoiles, et nous sommes cloués au sol ici, à Blizzard Central, en ce maudit dimanche matin. Peu de circulation, les routes sont de véritables patinoires." Il renifla et s'essuya le nez. "Comme promis - et nous tenons parole ! - voici notre mise à jour de la liste des fermetures. Pas de culte à l'église des Disciples du Berger Perdu. Messe nulle part, vitesse nulle. Certainement aucune issue. D'autres annulations sont à prévoir."
Commenter  J’apprécie          230
le_Bison
le_Bison   18 février 2017
Le seconde semaine de février, un sergent du nom de Reinhart fut abattu par un sniper. Il était en train de manger un Mars. Il mordit dedans et rit, voulut dire quelque chose et s'écroula dans l'herbe sous un vieux palmier tout dégarni, les lèvres barbouillées de chocolat, la cervelle lisse et liquide. C'était un bel après-midi sous les tropiques. Clair et embaumé, très chaud, mais John Wade se surprit à frissonner. Le froid venait de l'intérieur de lui-même. Un froid glacé, se dit-il, puis il éprouva une sensation qu'il n'avait encore jamais connue, une force si violente qu'elle sembla le cueillir par les épaules. C'était de la colère, en partie, mais c'était aussi de la maladie, du chagrin et du mal, toutes sortes de choses.
Commenter  J’apprécie          230
le_Bison
le_Bison   21 avril 2017
Il sauta dans la lumière du soleil, tomba à plat ventre et se retrouva seul dans la rizière. Les autres avaient disparu. Ça tirait de partout, un vent de mitraille, et ce vent semblait le soulever et le jeter de place en place. Il n'arrivait pas à se tenir sur ses jambes. Il resta un temps cloué au sol par des choses contre nature, le vent et la chaleur, la lumière mauvaise. Il ne se souviendrait pas de s'être remis debout. Droit devant lui, une paire de majestueux cocotiers s'embrasèrent d'un seul coup.
Juste à l'entrée du village, Sorcier trouva un entassement de chèvres mortes.
Il trouva une jolie fillette la culotte baissée. Elle était morte, elle aussi. Elle le regardait de travers. Elle n'avait plus de cheveux.
Il trouva des chiens morts, des poules mortes.
Plus loin, il rencontra un front humain. Il trouva trois buffles morts. Il trouva un singe mort. Il trouva des canards fouissant dans un bébé mort. Cela faisait longtemps que les événements prenaient cette direction, des mois de terreur, des mois de massacre, et voilà que, dans la faible lumière du matin, le cataclysme avait lieu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
nameless
nameless   10 août 2019
La guerre [du Vietnam] était aveugle. Pas d'objectifs, pas d'ennemi visible. Il n'y avait rien à quoi riposter. Des hommes étaient blessés, puis d'autres, et d'autres encore, et ça n'avançait jamais à rien. Les embuscades ne marchaient jamais. Les patrouilles ne rencontraient jamais que des femmes, des enfants et des vieillards.
p.90
Commenter  J’apprécie          170
le_Bison
le_Bison   16 avril 2017
Tard dans la matinée du 17 mars 1968, après que Meadlo eut été évacué, la section reçut l'ordre de retourner au village de Thuan Yen. Ce fut une marche facile d'une vingtaine de minutes. Ils traversèrent deux vastes rizières en se guidant à vue de nez dans la chaleur du matin. Au bout de dix minutes, ils commencèrent à se nouer des serviettes et des tee-shirts autour du visage.
Ils entrèrent dans la frange nord du village juste avant midi. L'endroit était mort – une mort bruyante, agitée. Le long de la principale artère est-ouest, ils trouvèrent quelques tombes fraîchement creusées, quelques pierres blanches, mais la plupart des corps gisaient toujours au soleil, vilainement coagulés, leurs vêtements tendus comme des peaux de plastique. Les blessures bouillonnaient de mouches. Il y avait des taons, des mouches noires et de petites mouches bleutées iridescentes, par millions, et les cadavres semblaient frétiller sous le vif soleil tropical. Une illusion, Sorcier le savait. Il ne s'y laissa pas prendre.
Plus loin, juste au bord de la piste, ils tombèrent sur une jeune femme dont les deux seins avaient disparu. Quelqu'un lui avait gravé un C sur le ventre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
le_Bison
le_Bison   08 avril 2017
C'était le monde des esprits. Vietnam. Fantômes et cimetières. Je suis arrivé sur place un an après John Wade, en 1969, et j'ai foulé exactement le sol qu'il a foulé, à Pinkville et tout autour, dans les villages de Thuan Yen, My Khe et Co Luy. Je sais ce qui s'est passé ce jour-là. Je sais comment cela s'est passé. Je sais pourquoi. C'était la lumière. C'était la cruauté qui flotte dans le sang et se réchauffe lentement et se met à bouillir. Frustration, en partie. Colère, en partie. L'ennemi était invisible. C'étaient des fantômes. Ils nous tuaient avec des mines et des pièges ; ils disparaissaient dans la nuit, ou dans des tunnels, ou dans les rizières couvertes de brume, les bambous et les roseaux. Mais c'était plus profond que ça. Quelque chose de plus mystérieux. L'odeur d'encens, peut-être. L'inconnu, l'inconnaissable. Les visages impassibles. L'accablante altérité. Ceci ne vise pas à justifier ce qui s'est passé le 18 mars 1968, car, à mon sens, de telles justifications sont à la fois vaines et scandaleuses. Il s'agit plutôt de porter témoignage du mystère du mal. Il y a vingt-cinq ans, jeune soldat terrifié, moi aussi j'ai vu la lumière. J'ai flairé le péché. J'ai senti la barbarie grésiller comme de l'huile bouillante juste derrière mes globes oculaires.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
nameless
nameless   10 août 2019
La guerre [du Vietnam] était elle-même un mystère. Personne ne savait ce qui était en jeu, ni pourquoi il était là, ni qui l'avait commencée, ni qui la gagnait, ni comment elle pourrait s'achever. Les secrets étaient partout - pièges à fil dans les haies, mines bondissantes sous l'argile rouge du sol. Et les gens. Les papa-sans silencieux, les enfants aux yeux caves et les vieilles femmes jacassantes. Que voulaient-ils ? Que ressentaient-ils ? [...] Tout cela était secret. L'histoire était un secret. La terre était un secret. Il y avait des caches secrètes, des pistes secrètes, des codes secrets, des missions secrètes, des terreurs, des appétits, des désirs et des regrets secrets. Le secret était souverain. Le secret était la guerre.
p. 66
Commenter  J’apprécie          90
Renod
Renod   10 février 2016
— Tu as les mains propres ? demanda Tony Carbo.
— Oui.
— Pas de cadavres ?
— Aucun.
— Mais si tu as quelque chose dans ton placard, une vieille saloperie avec des petites filles…
— Rien.
— Sûr et certain ?
John sourit et dit :
— Absolument.
— Bien, espérons-le, dit Tony, parce que t’as foutrement intérêt. Si t’as un poil de morve au fond d’un trou de nez, il y aura quelqu’un pour aller le chercher et te l’écrabouiller au milieu du front. Tôt ou tard, mais c’est inévitable. Ça veut dire que tu ne peux pas y couper. Quand tu fais de la politique à la petite semaine, tu peux encore cacher tes crottes de nez. Mais pas en première division.
— C’est compris.
— Donc tu es sûr ?
John détourna un instant le regard. Un fossé rouge bouillonnant traversa son champ de vision.
— C’est ça, répondit-il. Sûr.
Commenter  J’apprécie          70




    Acheter ce livre sur

    FnacAmazonRakutenCulturaMomox