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Critiques sur Au lac des bois (10)
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nameless
  11 août 2019
Grâce à un impur hasard, j'ai commencé la lecture de Au lac des bois en même temps que je terminais de regarder en replay sur Arte les 9 volets de la plus passionnante, complète et pédagogique fresque documentaire jamais réalisée sur la guerre du Vietnam, due à Kenn Burns et Lynn Novick, dans laquelle Tim O'Brien intervient pour témoigner sur des images d'archives où on le voit, lui et tous ses frères d'armes au combat. Quels chocs ! Le reportage et le roman ! Quels chocs !


Dans le roman, John Wade, après son retour du bourbier, alors qu'il n'est qu'un homme en ruines qui a perdu le contact avec une partie déterminante de lui-même, absent, ni là ni ailleurs, s'engage en politique après avoir achevé ses études d'avocat. Il est élu sénateur du Minnesota pour ne pas ressembler à de nombreux vétérans vite clochardisés qui dorment sous les ponts, méprisés par leurs compatriotes, oubliés du pouvoir, gommés de l'Histoire. Mais lors de sa réélection, il est balayé par l'opinion publique sous le choc de la révélation du massacre de My Lay perpétré par la Compagnie Charlie, le 16 mars 1968, au cours duquel entre 200 à 500 civils selon les sources, vieillards, femmes, enfants, bébés, ont été égorgés, sodomisés, violés, éventrés, énucléés, scalpés, abattus comme les chiens, veaux, vaches, poulets de la pauvre communauté... Or John Wade/Tim O'Brien, dans la vie comme dans le roman, était là, témoin des exactions. Voilà sa réputation politique flinguée, sa carrière foutue. Avec sa femme Kathy, avec qui il a cru pouvoir construire un bonheur post-traumatique, il se réfugie au bord du Lac des Bois, près de la frontière du Canada. Mais un matin, Kathy disparaît, le bateau n'est plus amarré au ponton...


Il s'agit d'un roman d'une puissance exceptionnelle, dans lequel étonnamment la part de fiction rend la réalité de la guerre plus grave, horrible, lui donne une netteté saillante, vivante. En alternance, John Wade parle de son enfance, il voulait être magicien, prestidigitateur ; il évoque sa vie sentimentale ; il incruste des citations d'écrivains ; des extraits authentiques de dépositions faites en cour martiale, qui après des bruits d'enquête, des blagues inquiètes et des rires forcés n'a retenu comme seul coupable du massacre, que William Calley, condamné à trois ans d'assignation à résidence.


Qu'est-il arrivé à Kathy ? Que s'est-il passé ? Qui le saura jamais ? En tout cas, comme prévient l'auteur, si l'on veut connaître la vérité, il faut lire un autre roman. Ici, plusieurs hypothèses sont émises par John, un homme en pleine confusion mentale et délitement moral, une âme perdue, brouillée avec la réalité du monde. Il porte des fardeaux, se mure dans le silence, cache une histoire démoniaque aux autres et à lui-même, escamote, verrouille et truque sa vie. Il cherche périodiquement l'oubli ou trahit le présent à chaque bouffée d'air tirée de la bulle d'un passé pourri. N'est-il plus qu'un esprit serpentant à travers le dernier mécanisme d'une dernière illusion magistrale pour s'auto-persuader que cela n'a pas existé, comme un magicien fin manipulateur sait tromper son public ?


Et si la vérité était inaccessible ? Et si tous les secrets ne menaient qu'à l'obscurité, et si au-delà de l'obscurité, il n'y avait que des peut-être ? L'épilogue est d'une beauté à couper le souffle.
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le_Bison
  21 avril 2017
Il devait l'emporter. C'était couru d'avance. Tous les sondages le donnaient grand gagnant des prochaines élections sénatoriales. Une formalité même que de passer devant les urnes. Des années qu'il s'était consacré à cet avenir, la politique était devenu sa raison de vivre. Son obsession, même. C'était pourtant sans compter sur l'acharnement médiatique qu'il subit une semaine avant les élections.

La nuit est arrivée, les votes ont été dépouillés. Pas besoin de recompter. Une grosse claque. Une humiliation même. Prendre en compte ce cuisant échec : il n'a plus qu'à se retirer. de la vie politique. de la vie même. Mais comment en est-il arrivé là. A ce point. Aussi bas. Aussi méprisant. Et sa femme qui s'efface deux jours après. Étrange disparition. Dispute ? Fuite ? Pire...

Les médias s'emballent, la vérité devait sortir. Mais de quoi était-il question ? Emplois fictifs, costumes fictifs, j'ai piqué un peu dans la caisse, des emprunts sans intérêt juste pour le fun de prêter de l'argent ? Non, il faut regarder derrière soi, déterrer quelques cadavres et soulever les immondices du Vietnam. Lui, celui qu'on appelait Sorcier... Et regarder les mouches.

Là-bas, ça sent le cadavre en putréfaction, les mouches bourdonnent par centaines - par millier ? - dans l'air au milieu d'amas de chair et de sang coagulé. le massacre de Thuan Yen... Il faisait partie des troupes, simples exécutants d'ordre. Mais il y était avec son fusil chargé et des morts sur la conscience qu'il a essayé d'enfouir au plus profond de sa mémoire, jusqu'à ce que la presse s'empare du sujet. Oui, pour pouvoir prétendre à de hautes fonctions politiciennes, il faut être irréprochable. Lui, il a fait partie de la compagnie Charlie.

Mais revenons au Vietnam... Tim O'Brien écrit un réquisitoire dans cette guerre. Il ne dénonce pas. Il ne mésestime pas les faits, même les plus cruels. Il les raconte simplement, en toute objectivité, une plume froide, sans coeur, qui annonce les morts, les tueries, le napalm et les fumées de corps carbonisés dans des charniers à la sortie des villages vietnamiens. Les soldats tirent, ne savent pas sur quoi ou qui tirer, mais ils sont pris dans cet engrenage. Tire d'abord regarde ensuite. Entre roman et enquête journalistique, les faits sont difficiles à lire. le Vietnam hier, la Somme avant-hier, la Syrie maintenant. La guerre ne change pas, les morts continuent à s'amonceler dans des champs, cimetières improvisés logeant les cadavres de la barbarie.

[...]
Lien : http://memoiresdebison.blogs..
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Renod
  11 février 2016
Un lieu. Au nord de l'Etat du Minnesota, à la frontière qui sépare le Canada des Etats-Unis. Des milliers de kilomètres carrés de nature sauvage. Rien que des arbres et de l'eau. Des étendues d'eau immenses et glaciales, une succession de vastes lacs parsemés d'îles, un maillage de chenaux secrets, une suite de portages et de baies. Sur la terre ferme, des enchevêtrements de forêts de pins et de bouleaux traversés par une étroite route de terre. Au bout de cette route, un vieux cottage situé au bord du lac des Bois. Un lieu idéal pour s'isoler.

Un homme. John Wade est âgé de 41 ans. Il s'est lancé dans la politique pour palier à son sentiment d'insécurité affective. Il est rapidement élu au poste de gouverneur du Minnesota et décide de se lancer dans la primaire démocrate aux élections sénatoriales. Donné d'abord gagnant, il sera largement battu après la révélation de sa participation au massacre de Mỹ Lai durant la guerre du Viêt Nam. Après cette défaite cinglante, il décide de se retirer quelques jours avec son épouse Kathy au cottage situé du lac des Bois.

Un événement. Un matin, il constate la disparition de Kathy. le canot en aluminium rangé dans le hangar attenant au cottage a lui aussi disparu. Après de vaines recherches, il décide de donner l'alerte. Les secours se mettent en place. Mais il est difficile de couvrir une région si vaste et si sauvage. le comportement de John Wade est singulier. Des enquêteurs commencent à le soupçonner d'être à l'origine de la disparition de son épouse.

Le roman est un patchwork de textes de différentes natures : récits, flashbacks, témoignages, listes de pièces à convictions, hypothèses… Ces éléments permettent de fouiller la psychologie des deux personnages principaux. John est un enfant réservé raillé par un père alcoolique. Il se passionne très tôt pour la magie. Il sort de la guerre du Vietnam traumatisé. Il recherche une relation fusionnelle avec Kathy, craignant plus que tout de la perdre. La politique est pour lui un exutoire affectif, il vit donc très mal sa lourde défaite. Kathy est elle-même assez complexe à cerner. Elle est parfois désemparée face au comportement étouffant de son mari. Elle se réjouit de la fin de sa carrière politique et fait de nouveaux projets : voyage, enfant.

L'écriture est précise et la construction du récit est subtile. Tim O'Brien délivre des hypothèses et différentes alternatives. Il appartient au lecteur d'interpréter les informations et les conjectures livrées et de choisir sa propre conclusion. J'ai trouvé cette fin ouverte très puissante. L'auteur parle extrêmement bien de la naissance d'une ambition en politique, des traumatismes de la guerre, du poids d'une culpabilité intériorisée et de la manière dont des faits anodins peuvent nourrir les soupçons et les rumeurs après un drame. J'ai trouvé le traitement du thème de la prestidigitation particulièrement pertinent dans le cas de cet homme qui a pris pour habitude de masquer ses souffrances et ses blessures. Merci aux éditions Gallmeister de donner une seconde vie à ce texte magnifique vingt ans après sa première publication en France.
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Corboland78
  16 mars 2015
Tim O'Brien est le nom de plume de William Timothy O'Brien, né en 1946 dans le Minnesota. O'Brien est diplômé en sciences politiques de Macalester College, où il a été président de l'association des étudiants, en 1968. Cette même année, il est enrôlé dans l'armée américaine et envoyé pour deux ans au Viêtnam, où sa division comprenait l'unité qui fut impliquée dans le massacre de My Lai. L'essentiel de son oeuvre, entamée en 1973, relate son expérience de cette guerre et son impact sur les soldats américains qui y ont combattu. Aujourd'hui O'Brien vit dans le centre du Texas et enseigne à l'université du Texas-San Marcos. Au lac des bois, paru en 1996, vient d'être réédité.
Après une sévère déculottée aux élections sénatoriales, John et Kathy Wade tentent de retrouver un second souffle et font une retraite dans une petite maison à l'écart du monde, entre les forêts du Minnesota et le lac Supérieur. Un jour, Kathy ne revient pas d'une promenade sur le lac. Noyade, fuite pour refaire sa vie ? Les recherches s'organisent et des hypothèses troublantes commencent à émerger.
Encore un de ces livres où il ne faudrait rien dire de son contenu pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur potentiel mais alors, comment vous inciter à le lire ? le premier attrait du roman réside dans sa construction déstructurée. le passé, sensé éclairer le présent n'arrive qu'à posteriori dans la narration et même pas de façon linéaire mais par petites touches, ce qui créé un splendide climat de mystères divers.
Le personnage de John Wade évolue dans la perception que l'on s'en fait, au fil des pages, ici l'on s'émeut de son enfance avec le père suicidé, ailleurs on s'intrigue de son comportement malsain lorsqu'il espionne sa petite amie, là on le suspecte d'être un manipulateur – dans tous les sens du terme – doué (il adore les tours de prestidigitation) et quand surgissent des éléments d'informations sur son activité au Vietnam, on angoisse carrément. Tous ces faits sans narration chronologique comme je l'ai déjà dit. Et puis cette Kathy, elle aussi recèle des zones d'ombres.
Tim O'Brien nous embringue dans ces zones de l'esprit où le Bien et le Mal n'ont plus cours quand les acteurs ont subi ou vécu des traumatismes profonds. Comme ce John Wade et ses épouvantables souvenirs de My Lai qu'il aura tenté toute sa vie d'enfouir et de faire disparaitre de sa conscience ; lui le grand magicien, le Sorcier des rizières du Sud-est asiatique, atteint les limites de ses pouvoirs. Quand la mémoire et la culpabilité ne font pas bon ménage, le cerveau n'a plus qu'une seule issue, le déni. Effacer, faire disparaitre, éliminer…
Le récit est ponctué d'extraits de livres, de dépositions à la cour martiale après My Lai ou bien de notes de bas de page où l'auteur s'adresse au lecteur, fiction et réalité mêlées pour nous embrouiller un peu plus encore. Un tel roman ne pouvait s'accommoder d'une fin simpliste. Rassurez-vous, ce n'est pas le cas.
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Rhodopsine
  13 novembre 2012
Plusieurs années que j'ai lu ce roman et un souvenir intact: c'est assez rare!
La femme de John disparaît sans explication. Y a t-il un rapport avec le passé de son mari? L'intrigue est superbement construite et la révélation terrifiante. Sans dévoiler de secrets, disons que la guerre du Vietnam a détruit les vétérans, que l'horreur reste indescriptible et que la vie dite normale n'y résiste pas toujours. Une analyse d'autant plus pertinente et percutante que le récit s'intercale avec des "coupures de presse" et des "témoignages" qui renforcent le côté reportage. Tim O'Brien balade son lecteur d'une hypothèse à l'autre. Une réussite
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Asmostark
  19 avril 2019
🏞 Au lac des bois - Tim O'Brien 🏞
Traduction : Rémy Lambrechts @editions_gallmeister

John et Kathy Wade se sont mis en retrait de la vie publique après la cuisante défaite de John aux élections sénatoriales. Ils logent dans un petit cottage au bord du Lac des Bois dans le nord du Minnesota. Ils essayent de se ré-imaginer un avenir, d'avancer malgré les horribles révélations sorties dans la presse et qui lui ont coûté la victoire, ils tentent de se projeter dans une nouvelle vie, mais les choses sont-elles si simples?
Et puis un jour Kathy ne revient pas de sa promenade. le hangar à bateaux est vide, le canot n'est plus là. Les heures passent et elle ne réapparaît pas. John alerte les autorités, les recherches commencent...
Ce livre présente une construction plutôt originale avec des chapitres faits de citations de procès-verbaux et de livres, de témoignages recueillis par l'auteur et de descriptifs de pièce à conviction, d'autres présentent des hypothèses sur ce qui aurait pu se passer et enfin des chapitres narrent le présent et racontent le passé. le passé de ce couple, mais surtout le passé de John au Vietnam pendant la guerre. En disséquant l'histoire de John, de son enfance, de sa guerre du Vietnam, de son histoire d'amour avec Kathy et du poids de la culpabilité, l'auteur tente de comprendre ce qui est arrivé le jour de la disparition, de trouver des réponses mais dès les premières pages on comprend qu'il n'y aura que des spéculations. Libre à chacun de choisir la plus crédible.
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christtine
  22 août 2015
Certes, on peut tout supposer... et c'est frustrant. On peut quand même se faire sa petite idée, y'a des indices (et des longueurs aussi, que l'on peut survoler en hélico. )
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Bellonzo
  02 janvier 2014
Oui,catégorie O'Brien j'ai préféré Dan ou Flann.Résumons.Au bord du Lac des Bois, en lisière des forêts sauvages du nord du Minnesota, John et Kathy Wade tentent de recoller les pièces de leur vie et de leurs sentiments, mis à mal après l'échec cuisant de John aux élections sénatoriales.Un jour, Kathy disparaît. Leur canot n'est plus là - s'est-elle noyée ou bien perdue ? A moins qu'elle ne se soit enfuie, pour renaître à une nouvelle existence ? Les recherches s'amplifient, les hypothèses les plus troublantes aussi. Pour découvrir la vérité, il faudra enquêter sur le passé de Wade.Ce passé,comme tout passé littéraire sinon il n'y a pas de littérature,cache une faille,un gouffre,le Vietnam et plus précisément la tristement célèbre tragédie de My Lai.John Wade était de la compagnie Charlie.Lui,passionné de prestidigitation, s'est-il ainsi employé à effacer toute trace de sa présence et de sa participation à ce massacre?

le roman Au Lac des Bois est construit selon le principe des hypothèse et des faits avérés.Certains chapitres reprennent des éléments techniques ainsi que des témoignages de voisins,d'anciens du Vietnam.On y lit aussi quelques citations concernant la magie et même de rares notes d'écrivains,Edith Wharton ou Cervantes.Je n'ai pas été conquis,trouvant le mélange parfois laborieux, et m'apprêtai à rédiger un article somme toute défavorable.J'ai finalement un peu amendé ma sévérité pour les raisons suivantes.

Parfois quelques lignes,voire deux ou trois pages suffisent à faire d'un livre somme toute décevant un bon souvenir littéraire.A la fin un chapitre nommé La nature de l'Angle décrit l'extrémité Nord-Ouest du Minnesota.C'est là,peut-être, que Kathy Wade s'est perdue.On ne saura pas mais en quelques paragraphes Tim O'Brien nous dépeint cettre extrémité jadis colonisée par d'autres hommes du Nord,Finlandais et Suédois.Cet angle est la partie la plus septentrionale des 48 états centraux des U.S.A. et c'est prodigieusement ciselé, quelques animaux,chouette,cerf,faucon,une église en rondin abandonnée depuis des lustres,une autoroute fantôme.C'est une extrême Amérique et j'aime toutes les extrêmes Amériques.

Enfin,presque subrepticement,Tim O'Brien glisse un mot sur deux auteurs presque fantômes,les deux grands "disparus" du continent,déjà cités sur ce blog,Ambrose Bierce et B.Traven.Un petit bout de chemin avec ces immenses,et Tim O'Brien fait mieux que sauver son roman,somme tout très acceptable.
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topocl
  02 avril 2015


"D'une manière ou d'une autre, semble-t-il, nous effectuons tous des escamotages, effaçant l'histoire, verrouillant notre vie, et glissant jour après jour dans les ombres grisaillantes. Notre position est incertaine. Tous les secrets mènent à l'obscurité, et au-delà de l'obscurité il n'y a que des peut-être."

John Wade, homme politique qui a le vent en poupe, voit sa carrière s'effondrer à la révélation du secret bien gardé de sa participation au massacre de My Lai. En même temps que sa carrière, c'est toute sa vie qui est remise en cause, son couple, sa façon d'accommoder la vérité pour la rendre tolérable, d'escamoter ce qui dérange, de faire croire à une personnalité solide et bienheureuse là où tout n'est que fragilité et masque.

Bien au-delà du traumatisme central de la guerre du Vietnam, toute la personnalité de John Wade, depuis l'enfance - mais de façon beaucoup plus générale tout le roman - vise à une manipulation de la vérité, une culture de l'illusion. Magicien de l'enfance pour séduire un père alcoolique suicidaire, espion de son épouse, homme incertain et fragile, John enfouit, sous l'apparente réussite, sa quête d'amour, de reconnaissance et de bonté. Par le silence il croit pouvoir défier le mal qui tout au long de sa vie, s'impose à lui.

" Il y avait longtemps, encore enfant, il avait appris le secret qui permettait de transformer son esprit en tableau noir. Efface tout ça. Dessine des jolies images à la place."


Tim O'Brien mène magistralement ce récit complexe mais fluide de la perte et de la fuite . John et Kate après la défaite se retirent loin de tout dans un lieu de nature idyllique où Kate va a son tour disparaître. L'auteur alterne efficacement la description de cette pause supposée ressourçante, des recherches, des hypothèses, des éléments antérieurs de la vie des personnages qui ont amené à cette situation, avec des témoignages ultérieurs recueillis lors de l'enquête, des citations littéraires en rapport avec les traumatismes de guerre, la façon d'y faire face, la disparition… Il décortique, comme on enlève les couches d'un oignon dit un des personnages, la fragilité de ce couple, apparemment résiliant, mais dont l'étayage se base sur les silences et ce, jusqu'à une certaine folie.

Cela donne un enchevêtrement brillant d' éléments qui pourraient paraître disparates, mais confèrent au contraire une extraordinaire richesse au récit et à l'étude de la personnalité de cet homme tragique, insaisissable parce qu'il l'a voulu tel, se croyant protégé derrière ses non-dits, en quête perpétuelle d'une reconnaissance. Témoin de la précarité de chacun, le mot peut-être est le fil rouge de ce récit qui n'affirme jamais rien, mais aborde ses personnages avec une totale humanité .
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PGilly
  14 août 2019
"Peut-être est-ce là le but de ce livre.Me rappeler. Me rendre la vie évanouie."
Tim O'Brien a fait le Vietnam à vingt-deux ans. le souvenir du massacre de My Lai le hante. L'auteur l'a-t-il vécu ? On n'en sait rien. En tout cas, John, le personnage principal de cette lente descente vers le néant y était. Par un tour de passe-passe dont il est coutumier, John essaie d'effacer le passé. Mais la guerre a laissé des séquelles que Kathy semble ignorer tellement elle est amoureuse. Son mari se lance en politique sur la base de fragiles idéaux forgés sur la culpabilité. Les premières victoires échouent sur un gros échec, moment de vérité pour le couple, questionnement sur le sens de la vie.
L'auteur excelle à nous glisser dans les méandres des faux semblants, des impostures mineures et majeures, des blessures de l'enfance. Son écriture dense, narratif et descriptif entremêlés, nous rend proche une Amérique lisse en surface, si tourmentée dans ses tréfonds. le style renvoie à Wallace Stegner ( En lieu sûr), lui aussi appliqué à saisir les fissures d'une probité de façade. le livre déposé, un léger cafard vous prend, vite dissipé, car ici ce n'est pas comme là-bas.
Lien : https://cinemoitheque.eklabl..
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