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Jean-Yves Prate (Traducteur)
EAN : 9782351785119
262 pages
Gallmeister (07/04/2011)
4.37/5   76 notes
Résumé :
Tim O'Brien, jeune homme projeté malgré lui dans le tumulte d'un conflit sanglant, celui du Vietnam, tente, vingt ans après, d'exorciser les fantômes qui le hantent. Devenu écrivain, il se met lui-même en scène au côté de ses compagnons d'armes dont il fait, par la grâce d'un alliage subtil entre sa mémoire et son imaginaire, les acteurs et les victimes d'une guerre absurde. Fragments de vie et de mort, de courage et de lâcheté, de folie et de raison, ses histoires... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Quel bonheur de tomber sur un style pareil ! Récit au présent et surtout au passé d'un vétéran du Vietnam Même si on le sait, là on prend vraiment conscience que ce sont des gamins qui ont une arme entre les mains. Une puissance d'écriture qui met le lecteur dans le feu de l'action. L'auteur a le don des descriptions qui en fait un texte très visuel avec des scènes fortes inoubliables. Sensible, honnête, intelligent, profond. Une grande oeuvre ! S'il n'y avait qu'un livre à lire sur la guerre du Vietnam, ce serait celui-là.
La première page présente Tim O'Brien. Il est dit : " Ce best-seller, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, a été sélectionné parmi les meilleurs livres du siècle par le New York Times et est aujourd'hui enseigné dans les lycées et les universités."
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A PROPOS DE COURAGE de TIM O'BRIEN
Quand il était parti au Vietnam le lieutenant Jimmy Cross, l'unité où avait été affecté Tim, avait emporté les lettres de Martha qu'il ouvrait régulièrement le soir. Ils avaient tous emmenés des affaires selon leurs goûts, anti moustiques, savons, chaussettes, drogue, mais tous avaient des photos, ceci en plus de leur charge normale, leurs armes et éventuellement celles qu'ils avaient pris à l'ennemi. Jimmy avait aussi du cognac, des vitamines et le galet de Martha, se demandant si elle l'aimait autant que lui l'aimait. Drôle de guerre, la nuit les mortiers, le jour les francs-tireurs, pas vraiment une bataille. Dans leur unité, Lavander meurt d'une balle dans la tête en allant pisser, certains blaguent, d'autres sont désenchantés ou résignés, certains jouent les machos, ce jour là, Jimmy brûle lettres et photos. Il joue son rôle, laisse Martha à sa place. Des années plus tard Jimmy rendra visite à Tim O'Brien, des retrouvailles difficiles, puis la parole prit le dessus, ils échangèrent les souvenirs, Martha, avec laquelle rien ne s'était concrétisé. Souvenir d'une guerre d'attente, « creuser des tranchées, écraser des moustiques », restent des images des fragments. Les histoires, vraies ou fantasmées qu'on se raconte le soir comme celle de Mark qui avait fait venir Mary Ann sa petite amie qui serait finalement partie avec un groupe de bérets verts. Puis O'Brien revient sur son départ au Vietnam, été 1968, sa tentative de passer au Canada, sa rencontre avec Elroy qui gère un hôtel sur la frontière près du lac, leur relation comme père et fils, un homme bienveillant qui ressent le désespoir de Tim.
Un livre témoignage de Tim O'Brien sur sa guerre au Vietnam, la vie de sa section, l'avant et l'après. C'est la guerre à travers les détails de la vie quotidienne, les petits moments, la sensation de ne pas comprendre pourquoi et comment on en est là. Des histoires d'hommes, 19/22 ans qui découvrent un univers où l'on tente de survivre à peine sorti du cocon familial et de l'école.
Un roman autobiographique écrit sans fioritures qui a eu un énorme retentissement à sa sortie aux États Unis.
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Faulkner disait que nous disposons tous d'un territoire pas plus grand qu'un timbre-poste, et que ce qui importe n'est pas sa superficie mais la profondeur à laquelle on le creuse.
Avec Tim O'Brien, que ceci résonne fort. "À propos de courage", paru en 1990 sous le titre "The things they carried", raconte en vingt-deux chapitres l'expérience de la guerre du Vietnam, dans un livre d'une force inoubliable.

Dans "Les choses qu'ils emportaient", premier chapitre du livre, les soldats emportent des milliers de choses - des porte-bonheurs, des lettres, des pêches au sirop au boîte, du fil dentaire, une fronde, une hache de guerre, des casques en acier, des grenades, des mines, des armes -, mais ils portent aussi la terrible puissance des armes qu'ils emportent, ils portent les maladies, les virus du Vietnam, ils portent le pays lui-même, sa terre et ses ambigüités ; ils portent l'intangible, le chagrin, la terreur, l'amour, la nostalgie et leur réputation. La force du récit est contenue dans ces liens que l'écrivain tisse entre l'expérience intime, les conflits intérieurs du soldat, et les événements et objets extérieurs de la guerre.

L'auteur raconte l'horreur de la guerre, et toute son ambigüité, l'ennui et la monotonie, la peur, la culpabilité, la mort des illusions sur soi-même, la mort tout court, et puis certains moments de beauté, de calme, l'envie de déserter, de s'envoler loin de la zone des combats et enfin, quand la guerre s'arrête, le manque profond de ne plus faire partie de cette communauté de combattants, la douleur de ce ressenti qui ne peut être partagé et qui parfois est fatal.

Tim O'Brien crée des histoires qui soignent, qui maintiennent les morts en vie et permettent de continuer à vivre, après cette expérience humaine ultime et déchirante – mais surtout il nous montre, par ses commentaires intégrés aux récits, comment il fabrique des fictions pour dire la réalité. Les histoires sont fictives mais les émotions plus réelles et puissantes que celles de n'importe quel autre récit de guerre. La vérité est toujours relative, fluctuante, c'est aussi la grande leçon d'humilité de Tim O'Brien.

«Si, à la fin d'une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l'impression qu'une parcelle de rectitude a été sauvée d'un immense gaspillage, c'est que vous êtes la victime d'un très vieux et très horrible mensonge. La rectitude n'existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu'on peut juger de la véracité d'une histoire de guerre d'après son degré d'allégeance absolue et inconditionnelle à l'obscénité et au mal.»

«Cette histoire me réveille.
Dans les montagnes, ce jour-là, je vis Lemon se tourner de côté. Il rit et dit quelque chose à Rat Kiley. Puis il esquissa un demis-pas bizarre, sortant de l'ombre et se retrouvant en plein soleil, et le chargeur piégé de 105 explosa et l'envoya dans un arbre. Il y avait des morceaux suspendus partout, alors Dave Jensen et moi-même reçûmes l'ordre de tout nettoyer et de récupérer les morceaux. Je me souviens de l'os blanc de l'un de ses bras. Je me souviens des morceaux de peau et de quelque chose de jaune et de mouillé qui devait être les intestins. le carnage était horrible, et je le porte en moi. Mais ce qui me réveille, vingt ans plus tard, c'est Dave Jensen en train de chanter Lemon Tree tandis que nous ramassions les morceaux.»
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"A propos de courage", livre sélectionné parmi les meilleurs livres du siècle par le New York Times et enseigné aujourd'hui dans les lycées et les universités.

Mazette, ça doit vraiment être du lourd me dis-je. Mais j'ai appris à être prudent et je me méfie un peu de ces belles accroches qu'on trouve généralement sur les jaquettes.
"Best-seller vendu à plus de deux millions d'exemplaires".

J'entretiens une relation un peu particulière avec cette guerre du Viêtnam.
J'ai été biberonné par mon père qui était littéralement fasciné par cette guerre de la fin des années soixante.
Les images, journaux télévisés, documentaires et films qu'il m'obligeait de regarder m'ont profondément marqué. Je suis allé là-bas faire ce "tourisme de guerre" pour voir de mes propres yeux. Dans les années nonante, c'était devenu un business fort lucratif. On écoutait les Doors dans les cafés de Saïgon, on descendait dans les tunnels Cu Chi (sont-ce les vrais ou ont-ils été reconstitués ?), on allait s'acheter un Zippo gravé ayant appartenu à un pauvre GI, garanti "authentique". Qu'importe..

Je suis allé à Washington voir le "Vietnam Veterans Memorial" si impressionnant avec les cinquante mille et quelques noms gravés sur ce mur de marbre et campés plus bas, deux, trois vétérans, arborant leur veste kaki élimée et faisant la manche.

Tim O'Brien, jeune recrue, raconte "son" Viêtnam, son quotidien du haut de ses vingt ans.
Envoyé dans un endroit du monde dont il n'avait probablement jamais entendu parler avant, entre 1968 et 1970.
À le lire, il ne faisait sans doute pas partie des volontaires, patriotes convaincus, voulant défendre la patrie à tout prix.

Il avait juste vingt ans en soixante huit.
Il écrit des pages très belles et très touchantes de sa petite escapade au Canada pour éviter l'enrôlement.

Ce livre n'est aucunement politique, ce sont plutôt les souvenirs d'un gamin, ses peurs, ses doutes, ses morts ...
Tim O'Brien, des années plus tard est toujours hanté par la perte des potes qu'il s'est fait là-bas, habité par ses cauchemars dans une guerre aussi stupide qu'absurde (mais ne le sont-elles pas toutes) à laquelle lui et ses amis ne comprenaient pas grand chose.

C'est plus qu'un témoignage et c'est vraiment bien écrit. Nul doute, Tim O'Brien est un écrivain.

PS: Et pourquoi pas écouter "Comme un homme mort" de Lynda Lemay.
Je suis si vieux
J'étais si p'tit
Tout juste hier
J'étais nerveux
Je suis parti
C'était la guerre
J'ai fait le voeu
De revenir
En bon état
J' suis rev'nu vieux
Sans avenir
Et sans éclat

Ceux des obus
Ne m'ont pas eu
Je suis ici
J'ai survécu
Je suis rev'nu
En bonne partie
Je traîne mon âme
Qui n'est jamais
Sortie des flammes
J'effraie les dames
Je suis plus laid
Que mes secrets

Je plante ma canne
Dans les chemins
Et j' me revois
Planter mes armes
Dans des gamins
Qui étaient comme moi
Que des enfants
Pas assez grands
Déjà soldats
Que des garçons
Que d' l'innocente
Chair à canon

Je marche seul
Et je me butte
À des voyous
Je les engueule
Ces fils de pute
Je suis jaloux
D' leur ignorance
Qu'ils me brandissent
Comme un drapeau
D' leur insolence
Alors que moi
J' risquais ma peau

Pour ce pays
Que de mon mieux
J'ai défendu
Avec ma vie
Qui n'est pas bien
Mieux que perdue
Je suis un fou
En liberté
Un solitaire
Je survis saoul
Le coeur noyé
Au fond d'une bière

C'est tous les jours
Le même projet
Le même parcours
J'invite ma peine
Et mes regrets
À la taverne
D'où je ressors
En bafouillant
Ma confusion
Comme un homme mort
Mais plus vivant
Qu' ses compagnons

C'est toutes les nuits
Les mêmes chagrins
Les mêmes cauchemars
J' vois mes amis
Mais y a plus rien
Dans leur regard
Faut pas rester
Y faut s' couvrir
Faut qu'on s'en aille
Y faut s' sauver
Y faut courir
Jusqu'aux médailles

Je suis rev'nu
En un morceau
Moi, le héros
Je suis rev'nu
Sous les bravos
Serrer des mains
L'air égaré
Mais décoré
Comme un sapin
Y avait une fête
Mais dans ma tête
Y avait plus rien

Que ces souvenirs
De comportements
Inhumains
Qu'en pleine horreur
Et en pleine peur
Nous empruntions
Nous les garçons
Nous les soldats
Nous les gamins
Au coeur du crime
Autant victimes
Qu'assassins



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Dans les années soixante, le cas de conscience des Américains c'était la guerre du Vietnam.
Tim 0'Brien que j'avais apprécié avec son roman "Au lac des bois" paru en 1996, témoigne dans "A propos de courage" de sa propre expérience du conflit qu'il a vécu bien involontairement en direct.
Au gré des souvenirs qui reviennent et s'emmêlent en désordre et jusqu'à l'obsession, parfois déformés ou fantasmés, il place le lecteur au plus près du ressenti d'un soldat dans le feu de l'action : peur, révolte, culpabilité, désir de vengeance, sentiment d'absurdité, reformulation intégrale de la notion de bien et de mal, mais aussi courage, fraternité.
Malgré certaines scènes d'une incroyable cruauté, sa plume livre ses états d'âme d'une façon poétique, évoquant aussi les fragments de plaisirs minuscules avec les compagnons d'armes, la beauté des paysages quand les combats ont cessé, la nostalgie des jours heureux qui reviendront peut-être mais différents car l'expérience de la guerre l'a transformé à jamais.
Par goût, j'évite les récits de guerre, mais la personnalité de Tim O'Brien, pleine d'humanité, donne à ce témoignage particulièrement poignant une force exceptionnelle.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Ils portaient le bagage émotionnel d’hommes qui sont susceptibles de mourir. Le chagrin, la terreur, l’amour, la nostalgie – tout cela était intangible, mais ces choses intangibles avaient leur propre masse et leur gravité spécifique, elles avaient un poids tangible. Ils portaient des souvenirs honteux. Ils portaient en commun le secret d’une lâcheté à peine retenue, l’instinct de s’enfuir ou de se figer sur place ou de se cacher, et d’une certaine manière c’était le plus lourd des fardeaux, parce qu’on ne pouvait jamais le poser à terre du fait qu’il exigeait un équilibre parfait et une posture parfaite. Ils portaient leur réputation. Ils portaient la plus grande peur du soldat, qui est la peur de rougir. Ces hommes tuaient, et mouraient, parce qu’ils auraient été gênés de ne pas le faire.
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La guerre c’est l’enfer, mais c’est encore mieux que ça, parce que la guerre c’est aussi le mystère et la terreur et l’aventure et le courage et la découverte et la sainteté et la pitié et le désespoir et la nostalgie et l’amour. La guerre est méchante ; la guerre est amusante. La guerre est excitante ; la guerre est déprimante. La guerre fait de vous un homme ; la guerre fait de vous un mort.

Les vérités sont contradictoires. On peut arguer, par exemple, que la guerre est grotesque. Mais, en vérité, la guerre est également beauté. Malgré toutes ses horreurs, vous ne pouvez pas vous empêcher d’admirer l’extraordinaire majesté d’un combat. Vous voyez les rafales traçantes se dérouler dans l’obscurité comme des rubans rouges et brillants. Vous vous accroupissez lors d’une embuscade, tandis qu’une lune froide et impassible se lève au-dessus des rizières nocturnes. Vous admirez les symétries mouvantes des troupes en marche, l’harmonie des sons, des formes et des proportions, les énormes salves d’obus crachées par une canonnière, les rafales illuminantes, le phosphore blanc, l’éclat orange-violet du napalm, la lueur rouge des roquettes. Ce n’est pas exactement beau à voir. C’est stupéfiant. Ça remplit l’œil. Ça vous subjugue.
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Dans la plupart des cas, il ne faut pas croire un récit de guerre véridique. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, ce qui paraît fou est vrai, et ce qui paraît normal ne l’est pas, car les trucs normaux sont nécessaires pour vous faire croire à des folies réellement incroyables.
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Voici la vérité des événements. J’ai été soldat. Il y a eu beaucoup de cadavres, de vrais cadavres avec de vrais visages, mais j’étais jeune alors et j’avais peur de les regarder. Maintenant, vingt ans plus tard, je me retrouve avec une responsabilité sans visage et un chagrin sans visage.
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La guerre n’était pas toute terreur et violence. Parfois les choses pouvaient presque devenir plaisantes. Par exemple, je me souviens d’un petit garçon avec une jambe en plastique. Je me souviens comment il avait sautillé jusqu’à Azar pour lui demander une tablette de chocolat – « GI numéro un », avait dit l’enfant – et Azar avait éclaté de rire et lui avait tendu le chocolat. Après que le gamin fût reparti en sautillant, Azar avait fait claquer sa langue et dit : « Putain de guerre ! » Il avait secoué tristement la tête. « Juste la jambe, nom de Dieu. Y a un pauvre con qu’avait pas assez de munitions. »
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Tim O'Brien parle de son livre "Si je meurs au combat" sorti chez 13e Note Éditions.
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