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ISBN : 2404010778
Éditeur : Gallmeister (06/06/2019)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Après son échec cuisant lors d'une primaire à une élection sénatoriale, John Wade part en vacances dans le nord sauvage du Minnesota avec sa femme Kathy, où il compte panser ses blessures. Au tout début de leur séjour, Kathy disparaît sans laisser d'explications. Peu à peu, on apprend que la défaite électorale de John est due à des révélations publiées par la presse sur sa conduite au Viêt-nam. La disparition de Kate a-t-elle un rapport avec ces faits ? Pour découvr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  11 août 2019
Grâce à un impur hasard, j'ai commencé la lecture de Au lac des bois en même temps que je terminais de regarder en replay sur Arte les 9 volets de la plus passionnante, complète et pédagogique fresque documentaire jamais réalisée sur la guerre du Vietnam, due à Kenn Burns et Lynn Novick, dans laquelle Tim O'Brien intervient pour témoigner sur des images d'archives où on le voit, lui et tous ses frères d'armes au combat. Quels chocs ! Le reportage et le roman ! Quels chocs !

Dans le roman, John Wade, après son retour du bourbier, alors qu'il n'est qu'un homme en ruines qui a perdu le contact avec une partie déterminante de lui-même, absent, ni là ni ailleurs, s'engage en politique après avoir achevé ses études d'avocat. Il est élu sénateur du Minnesota pour ne pas ressembler à de nombreux vétérans vite clochardisés qui dorment sous les ponts, méprisés par leurs compatriotes, oubliés du pouvoir, gommés de l'Histoire. Mais lors de sa réélection, il est balayé par l'opinion publique sous le choc de la révélation du massacre de My Lay perpétré par la Compagnie Charlie, le 16 mars 1968, au cours duquel entre 200 à 500 civils selon les sources, vieillards, femmes, enfants, bébés, ont été égorgés, sodomisés, violés, éventrés, énucléés, scalpés, abattus comme les chiens, veaux, vaches, poulets de la pauvre communauté... Or John Wade/Tim O'Brien, dans la vie comme dans le roman, était là, témoin des exactions. Voilà sa réputation politique flinguée, sa carrière foutue. Avec sa femme Kathy, avec qui il a cru pouvoir construire un bonheur post-traumatique, il se réfugie au bord du Lac des Bois, près de la frontière du Canada. Mais un matin, Kathy disparaît, le bateau n'est plus amarré au ponton...

Il s'agit d'un roman d'une puissance exceptionnelle, dans lequel étonnamment la part de fiction rend la réalité de la guerre plus grave, horrible, lui donne une netteté saillante, vivante. En alternance, John Wade parle de son enfance, il voulait être magicien, prestidigitateur ; il évoque sa vie sentimentale ; il incruste des citations d'écrivains ; des extraits authentiques de dépositions faites en cour martiale, qui après des bruits d'enquête, des blagues inquiètes et des rires forcés n'a retenu comme seul coupable du massacre, que William Calley, condamné à trois ans d'assignation à résidence.

Qu'est-il arrivé à Kathy ? Que s'est-il passé ? Qui le saura jamais ? En tout cas, comme prévient l'auteur, si l'on veut connaître la vérité, il faut lire un autre roman. Ici, plusieurs hypothèses sont émises par John, un homme en pleine confusion mentale et délitement moral, une âme perdue, brouillée avec la réalité du monde. Il porte des fardeaux, se mure dans le silence, cache une histoire démoniaque aux autres et à lui-même, escamote, verrouille et truque sa vie. Il cherche périodiquement l'oubli ou trahit le présent à chaque bouffée d'air tirée de la bulle d'un passé pourri. N'est-il plus qu'un esprit serpentant à travers le dernier mécanisme d'une dernière illusion magistrale pour s'auto-persuader que cela n'a pas existé, comme un magicien fin manipulateur sait tromper son public ?

Et si la vérité était inaccessible ? Et si tous les secrets ne menaient qu'à l'obscurité, et si au-delà de l'obscurité, il n'y avait que des peut-être ? L'épilogue est d'une beauté à couper le souffle.
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le_Bison
  21 avril 2017
Il devait l'emporter. C'était couru d'avance. Tous les sondages le donnaient grand gagnant des prochaines élections sénatoriales. Une formalité même que de passer devant les urnes. Des années qu'il s'était consacré à cet avenir, la politique était devenu sa raison de vivre. Son obsession, même. C'était pourtant sans compter sur l'acharnement médiatique qu'il subit une semaine avant les élections.
La nuit est arrivée, les votes ont été dépouillés. Pas besoin de recompter. Une grosse claque. Une humiliation même. Prendre en compte ce cuisant échec : il n'a plus qu'à se retirer. de la vie politique. de la vie même. Mais comment en est-il arrivé là. A ce point. Aussi bas. Aussi méprisant. Et sa femme qui s'efface deux jours après. Étrange disparition. Dispute ? Fuite ? Pire...
Les médias s'emballent, la vérité devait sortir. Mais de quoi était-il question ? Emplois fictifs, costumes fictifs, j'ai piqué un peu dans la caisse, des emprunts sans intérêt juste pour le fun de prêter de l'argent ? Non, il faut regarder derrière soi, déterrer quelques cadavres et soulever les immondices du Vietnam. Lui, celui qu'on appelait Sorcier... Et regarder les mouches.
Là-bas, ça sent le cadavre en putréfaction, les mouches bourdonnent par centaines - par millier ? - dans l'air au milieu d'amas de chair et de sang coagulé. le massacre de Thuan Yen... Il faisait partie des troupes, simples exécutants d'ordre. Mais il y était avec son fusil chargé et des morts sur la conscience qu'il a essayé d'enfouir au plus profond de sa mémoire, jusqu'à ce que la presse s'empare du sujet. Oui, pour pouvoir prétendre à de hautes fonctions politiciennes, il faut être irréprochable. Lui, il a fait partie de la compagnie Charlie.
Mais revenons au Vietnam... Tim O'Brien écrit un réquisitoire dans cette guerre. Il ne dénonce pas. Il ne mésestime pas les faits, même les plus cruels. Il les raconte simplement, en toute objectivité, une plume froide, sans coeur, qui annonce les morts, les tueries, le napalm et les fumées de corps carbonisés dans des charniers à la sortie des villages vietnamiens. Les soldats tirent, ne savent pas sur quoi ou qui tirer, mais ils sont pris dans cet engrenage. Tire d'abord regarde ensuite. Entre roman et enquête journalistique, les faits sont difficiles à lire. le Vietnam hier, la Somme avant-hier, la Syrie maintenant. La guerre ne change pas, les morts continuent à s'amonceler dans des champs, cimetières improvisés logeant les cadavres de la barbarie.
[...]
Lien : http://memoiresdebison.blogs..
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Renod
  11 février 2016
Un lieu. Au nord de l'Etat du Minnesota, à la frontière qui sépare le Canada des Etats-Unis. Des milliers de kilomètres carrés de nature sauvage. Rien que des arbres et de l'eau. Des étendues d'eau immenses et glaciales, une succession de vastes lacs parsemés d'îles, un maillage de chenaux secrets, une suite de portages et de baies. Sur la terre ferme, des enchevêtrements de forêts de pins et de bouleaux traversés par une étroite route de terre. Au bout de cette route, un vieux cottage situé au bord du lac des Bois. Un lieu idéal pour s'isoler.
Un homme. John Wade est âgé de 41 ans. Il s'est lancé dans la politique pour palier à son sentiment d'insécurité affective. Il est rapidement élu au poste de gouverneur du Minnesota et décide de se lancer dans la primaire démocrate aux élections sénatoriales. Donné d'abord gagnant, il sera largement battu après la révélation de sa participation au massacre de Mỹ Lai durant la guerre du Viêt Nam. Après cette défaite cinglante, il décide de se retirer quelques jours avec son épouse Kathy au cottage situé du lac des Bois.
Un événement. Un matin, il constate la disparition de Kathy. le canot en aluminium rangé dans le hangar attenant au cottage a lui aussi disparu. Après de vaines recherches, il décide de donner l'alerte. Les secours se mettent en place. Mais il est difficile de couvrir une région si vaste et si sauvage. le comportement de John Wade est singulier. Des enquêteurs commencent à le soupçonner d'être à l'origine de la disparition de son épouse.
Le roman est un patchwork de textes de différentes natures : récits, flashbacks, témoignages, listes de pièces à convictions, hypothèses… Ces éléments permettent de fouiller la psychologie des deux personnages principaux. John est un enfant réservé raillé par un père alcoolique. Il se passionne très tôt pour la magie. Il sort de la guerre du Vietnam traumatisé. Il recherche une relation fusionnelle avec Kathy, craignant plus que tout de la perdre. La politique est pour lui un exutoire affectif, il vit donc très mal sa lourde défaite. Kathy est elle-même assez complexe à cerner. Elle est parfois désemparée face au comportement étouffant de son mari. Elle se réjouit de la fin de sa carrière politique et fait de nouveaux projets : voyage, enfant.
L'écriture est précise et la construction du récit est subtile. Tim O'Brien délivre des hypothèses et différentes alternatives. Il appartient au lecteur d'interpréter les informations et les conjectures livrées et de choisir sa propre conclusion. J'ai trouvé cette fin ouverte très puissante. L'auteur parle extrêmement bien de la naissance d'une ambition en politique, des traumatismes de la guerre, du poids d'une culpabilité intériorisée et de la manière dont des faits anodins peuvent nourrir les soupçons et les rumeurs après un drame. J'ai trouvé le traitement du thème de la prestidigitation particulièrement pertinent dans le cas de cet homme qui a pris pour habitude de masquer ses souffrances et ses blessures. Merci aux éditions Gallmeister de donner une seconde vie à ce texte magnifique vingt ans après sa première publication en France.
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Corboland78
  16 mars 2015
Tim O'Brien est le nom de plume de William Timothy O'Brien, né en 1946 dans le Minnesota. O'Brien est diplômé en sciences politiques de Macalester College, où il a été président de l'association des étudiants, en 1968. Cette même année, il est enrôlé dans l'armée américaine et envoyé pour deux ans au Viêtnam, où sa division comprenait l'unité qui fut impliquée dans le massacre de My Lai. L'essentiel de son oeuvre, entamée en 1973, relate son expérience de cette guerre et son impact sur les soldats américains qui y ont combattu. Aujourd'hui O'Brien vit dans le centre du Texas et enseigne à l'université du Texas-San Marcos. Au lac des bois, paru en 1996, vient d'être réédité.
Après une sévère déculottée aux élections sénatoriales, John et Kathy Wade tentent de retrouver un second souffle et font une retraite dans une petite maison à l'écart du monde, entre les forêts du Minnesota et le lac Supérieur. Un jour, Kathy ne revient pas d'une promenade sur le lac. Noyade, fuite pour refaire sa vie ? Les recherches s'organisent et des hypothèses troublantes commencent à émerger.
Encore un de ces livres où il ne faudrait rien dire de son contenu pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur potentiel mais alors, comment vous inciter à le lire ? le premier attrait du roman réside dans sa construction déstructurée. le passé, sensé éclairer le présent n'arrive qu'à posteriori dans la narration et même pas de façon linéaire mais par petites touches, ce qui créé un splendide climat de mystères divers.
Le personnage de John Wade évolue dans la perception que l'on s'en fait, au fil des pages, ici l'on s'émeut de son enfance avec le père suicidé, ailleurs on s'intrigue de son comportement malsain lorsqu'il espionne sa petite amie, là on le suspecte d'être un manipulateur – dans tous les sens du terme – doué (il adore les tours de prestidigitation) et quand surgissent des éléments d'informations sur son activité au Vietnam, on angoisse carrément. Tous ces faits sans narration chronologique comme je l'ai déjà dit. Et puis cette Kathy, elle aussi recèle des zones d'ombres.
Tim O'Brien nous embringue dans ces zones de l'esprit où le Bien et le Mal n'ont plus cours quand les acteurs ont subi ou vécu des traumatismes profonds. Comme ce John Wade et ses épouvantables souvenirs de My Lai qu'il aura tenté toute sa vie d'enfouir et de faire disparaitre de sa conscience ; lui le grand magicien, le Sorcier des rizières du Sud-est asiatique, atteint les limites de ses pouvoirs. Quand la mémoire et la culpabilité ne font pas bon ménage, le cerveau n'a plus qu'une seule issue, le déni. Effacer, faire disparaitre, éliminer…
Le récit est ponctué d'extraits de livres, de dépositions à la cour martiale après My Lai ou bien de notes de bas de page où l'auteur s'adresse au lecteur, fiction et réalité mêlées pour nous embrouiller un peu plus encore. Un tel roman ne pouvait s'accommoder d'une fin simpliste. Rassurez-vous, ce n'est pas le cas.
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Bellonzo
  02 janvier 2014
Oui,catégorie O'Brien j'ai préféré Dan ou Flann.Résumons.Au bord du Lac des Bois, en lisière des forêts sauvages du nord du Minnesota, John et Kathy Wade tentent de recoller les pièces de leur vie et de leurs sentiments, mis à mal après l'échec cuisant de John aux élections sénatoriales.Un jour, Kathy disparaît. Leur canot n'est plus là - s'est-elle noyée ou bien perdue ? A moins qu'elle ne se soit enfuie, pour renaître à une nouvelle existence ? Les recherches s'amplifient, les hypothèses les plus troublantes aussi. Pour découvrir la vérité, il faudra enquêter sur le passé de Wade.Ce passé,comme tout passé littéraire sinon il n'y a pas de littérature,cache une faille,un gouffre,le Vietnam et plus précisément la tristement célèbre tragédie de My Lai.John Wade était de la compagnie Charlie.Lui,passionné de prestidigitation, s'est-il ainsi employé à effacer toute trace de sa présence et de sa participation à ce massacre?
le roman Au Lac des Bois est construit selon le principe des hypothèse et des faits avérés.Certains chapitres reprennent des éléments techniques ainsi que des témoignages de voisins,d'anciens du Vietnam.On y lit aussi quelques citations concernant la magie et même de rares notes d'écrivains,Edith Wharton ou Cervantes.Je n'ai pas été conquis,trouvant le mélange parfois laborieux, et m'apprêtai à rédiger un article somme toute défavorable.J'ai finalement un peu amendé ma sévérité pour les raisons suivantes.
Parfois quelques lignes,voire deux ou trois pages suffisent à faire d'un livre somme toute décevant un bon souvenir littéraire.A la fin un chapitre nommé La nature de l'Angle décrit l'extrémité Nord-Ouest du Minnesota.C'est là,peut-être, que Kathy Wade s'est perdue.On ne saura pas mais en quelques paragraphes Tim O'Brien nous dépeint cettre extrémité jadis colonisée par d'autres hommes du Nord,Finlandais et Suédois.Cet angle est la partie la plus septentrionale des 48 états centraux des U.S.A. et c'est prodigieusement ciselé, quelques animaux,chouette,cerf,faucon,une église en rondin abandonnée depuis des lustres,une autoroute fantôme.C'est une extrême Amérique et j'aime toutes les extrêmes Amériques.
Enfin,presque subrepticement,Tim O'Brien glisse un mot sur deux auteurs presque fantômes,les deux grands "disparus" du continent,déjà cités sur ce blog,Ambrose Bierce et B.Traven.Un petit bout de chemin avec ces immenses,et Tim O'Brien fait mieux que sauver son roman,somme tout très acceptable.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   10 août 2019
La guerre [du Vietnam] était elle-même un mystère. Personne ne savait ce qui était en jeu, ni pourquoi il était là, ni qui l'avait commencée, ni qui la gagnait, ni comment elle pourrait s'achever. Les secrets étaient partout - pièges à fil dans les haies, mines bondissantes sous l'argile rouge du sol. Et les gens. Les papa-sans silencieux, les enfants aux yeux caves et les vieilles femmes jacassantes. Que voulaient-ils ? Que ressentaient-ils ? [...] Tout cela était secret. L'histoire était un secret. La terre était un secret. Il y avait des caches secrètes, des pistes secrètes, des codes secrets, des missions secrètes, des terreurs, des appétits, des désirs et des regrets secrets. Le secret était souverain. Le secret était la guerre.
p. 66
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namelessnameless   10 août 2019
La guerre [du Vietnam] était aveugle. Pas d'objectifs, pas d'ennemi visible. Il n'y avait rien à quoi riposter. Des hommes étaient blessés, puis d'autres, et d'autres encore, et ça n'avançait jamais à rien. Les embuscades ne marchaient jamais. Les patrouilles ne rencontraient jamais que des femmes, des enfants et des vieillards.
p.90
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le_Bisonle_Bison   08 avril 2017
C'était le monde des esprits. Vietnam. Fantômes et cimetières. Je suis arrivé sur place un an après John Wade, en 1969, et j'ai foulé exactement le sol qu'il a foulé, à Pinkville et tout autour, dans les villages de Thuan Yen, My Khe et Co Luy. Je sais ce qui s'est passé ce jour-là. Je sais comment cela s'est passé. Je sais pourquoi. C'était la lumière. C'était la cruauté qui flotte dans le sang et se réchauffe lentement et se met à bouillir. Frustration, en partie. Colère, en partie. L'ennemi était invisible. C'étaient des fantômes. Ils nous tuaient avec des mines et des pièges ; ils disparaissaient dans la nuit, ou dans des tunnels, ou dans les rizières couvertes de brume, les bambous et les roseaux. Mais c'était plus profond que ça. Quelque chose de plus mystérieux. L'odeur d'encens, peut-être. L'inconnu, l'inconnaissable. Les visages impassibles. L'accablante altérité. Ceci ne vise pas à justifier ce qui s'est passé le 18 mars 1968, car, à mon sens, de telles justifications sont à la fois vaines et scandaleuses. Il s'agit plutôt de porter témoignage du mystère du mal. Il y a vingt-cinq ans, jeune soldat terrifié, moi aussi j'ai vu la lumière. J'ai flairé le péché. J'ai senti la barbarie grésiller comme de l'huile bouillante juste derrière mes globes oculaires.
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le_Bisonle_Bison   16 avril 2017
Tard dans la matinée du 17 mars 1968, après que Meadlo eut été évacué, la section reçut l'ordre de retourner au village de Thuan Yen. Ce fut une marche facile d'une vingtaine de minutes. Ils traversèrent deux vastes rizières en se guidant à vue de nez dans la chaleur du matin. Au bout de dix minutes, ils commencèrent à se nouer des serviettes et des tee-shirts autour du visage.
Ils entrèrent dans la frange nord du village juste avant midi. L'endroit était mort – une mort bruyante, agitée. Le long de la principale artère est-ouest, ils trouvèrent quelques tombes fraîchement creusées, quelques pierres blanches, mais la plupart des corps gisaient toujours au soleil, vilainement coagulés, leurs vêtements tendus comme des peaux de plastique. Les blessures bouillonnaient de mouches. Il y avait des taons, des mouches noires et de petites mouches bleutées iridescentes, par millions, et les cadavres semblaient frétiller sous le vif soleil tropical. Une illusion, Sorcier le savait. Il ne s'y laissa pas prendre.
Plus loin, juste au bord de la piste, ils tombèrent sur une jeune femme dont les deux seins avaient disparu. Quelqu'un lui avait gravé un C sur le ventre.
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le_Bisonle_Bison   21 avril 2017
Il sauta dans la lumière du soleil, tomba à plat ventre et se retrouva seul dans la rizière. Les autres avaient disparu. Ça tirait de partout, un vent de mitraille, et ce vent semblait le soulever et le jeter de place en place. Il n'arrivait pas à se tenir sur ses jambes. Il resta un temps cloué au sol par des choses contre nature, le vent et la chaleur, la lumière mauvaise. Il ne se souviendrait pas de s'être remis debout. Droit devant lui, une paire de majestueux cocotiers s'embrasèrent d'un seul coup.
Juste à l'entrée du village, Sorcier trouva un entassement de chèvres mortes.
Il trouva une jolie fillette la culotte baissée. Elle était morte, elle aussi. Elle le regardait de travers. Elle n'avait plus de cheveux.
Il trouva des chiens morts, des poules mortes.
Plus loin, il rencontra un front humain. Il trouva trois buffles morts. Il trouva un singe mort. Il trouva des canards fouissant dans un bébé mort. Cela faisait longtemps que les événements prenaient cette direction, des mois de terreur, des mois de massacre, et voilà que, dans la faible lumière du matin, le cataclysme avait lieu.
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