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Citations sur L'Eau rouge (59)

À son époque, le greffe était situé au même endroit, dans la même salle au sous-sol.
[…] Gorki contemple cet océan de cartons et de registres, il imagine tout ce qu’ils doivent contenir. Des pistolets, des nœuds coulants et des gants, des couteaux éclaboussés de sang, des bandes magnétiques avec des enregistrements secrets, des pièces d’identité, des contrats, des annexes confidentielles, des papiers témoignant de toutes sortes d’acrobaties commerciales. Toute la privatisation des années quatre-vingt-dix se retrouve dans cette pièce, toutes les affaires politiques et les scandales de corruption, les traquenards mafieux, tous les crimes de guerre, les actes de torture pratiqués sur les prisonniers, le feu mis aux vieillards dans les villages. Tout ce que la police et les tribunaux n’ont pas purgé, nettoyé, a été versé ici, et ça fait beaucoup de choses. Tout ce que ce pays produit de désordre et d’injustice se retrouve empilé et comprimé dans cette pièce étriquée et étouffante.
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Jakov avale une bouchée du gâteau puis tente de faire passer la chose avec un verre de mousseux qui lui paraît horriblement acide après la crème fouettée. Il commence à sentir que le vin lui fait mal à la tête. Il prend son assiette et sort sur le balcon pour respirer un peu. Il est debout à l'extérieur, dans la nuit fraîche et agréable, et observe à travers la porte-fenêtre illuminée le film muet qui se déroule dans la pièce. Les bougies magiques. Les enfants qui mâchent leur part de gâteau.
(...)
Il continue de visionner le film à l'intérieur de la pièce. Il observe Doris, toujours en mouvement, empressée, qui dirige la fête comme on met en scène. Elle allume les bougies, distribue les sucreries, verse des verres de jus de fruit, et durant tout ce temps se dessine sur son visage la trace d'une inquiétude fondamentale enfouie profondément en elle.
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Il (Jakov) s'approche de la mer. Elle est trouble, comme toujours dans ce petit port, rougie par les coulées d'antifouling et la limaille du papier de verre. Dans cette bouillie couleur de sang il aperçoit une flopée de mulets. Ils naviguent au milieu de ce cataclysme et cherchent dans cette mer de poison quelque chose susceptible de les nourrir.


p.299
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[...] - Et vous, vous en pensez quoi ? dit-elle.
- Qu'est ce que je pense de quoi ? répond-il.
- Vous savez bien quoi ? Qu'est ce que vous en pensez, est-ce que c'est lui ? Est-ce qu'elle est vivante ? Ou bien est-ce qu'il l'a tuée ?
- Je ne sais pas.
- Je sais que vous ne savez pas. Mais vous en pensez quoi ? Votre intuition, elle vous dit quoi ? [...]
- Je ne sais pas, dit-il. Mon intuition ne me dit rien.
- Moi, je sais que vous savez, réplique Vesna. Vous savez, mais vous ne pouvez pas me le dire.
- Vraiment, je ne sais pas.
- Vous savez. Je sais que vous savez.
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- Mange, dit-il. Et puis rentre chez toi. Va dormir un peu. Et laisse-la, ajoute-t-il. Comme elle nous a laissés.
Après quoi, il lui verse à nouveau du café dans sa tasse, un café au parfum robuste, qui le ramène à la vie dans ce petit matin gris.
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Mate et Silva sont des jumeaux hétérozygotes. Quand on les observe, on voit leur ressemblance, les mêmes sourcils, le même profil du nez. Ils possèdent le même front délicat, la même ride le long de la bouche, marque d’opiniâtreté. Mais, si Mate et Silva se ressemblent physiquement, ce n’est pas la même chose pour ce qui est de leur caractère. Mate est un garçon calme et responsable, consciencieux, prudent, sur lequel on peut compter, et Vesna sait qu’il sera un soutien pour eux quand ils seront vieux. Silva, elle, est différente. Silva, c’est une petite haïdouk, a dit d’elle un jour tata Zlata. Silva ira loin, a dit de son côté Jakov. Elle ira loin car elle se débrouille toujours pour obtenir ce qu’elle veut.
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Dans un coin de la pièce, la télévision est allumée, on entend le journal du soir. Les nouvelles sont fiévreuses, l’époque est troublée : les étudiants chinois ont manifesté place Tien-An-Men, la population s’est soulevée en Allemagne de l’Est, le Parti slovène a adopté une nouvelle constitution et réclame une réforme de la fédération yougoslave. On discute de politique un peu partout avec une ferveur et une agitation nouvelles.
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Tout ce que la police et les tribunaux n'ont pas purgé, nettoyé, a été versé ici, et ça fait beaucoup de choses. Tout ce que ce pays produit de désordre et d'injustice se retrouve empilé et comprimé dans cette pièce étriquée et étouffante.
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Ce matin-là, ils n’ont pas été particulièrement inquiets. Aujourd’hui, ça paraît horrible aux yeux de Mate, mais il sait que c’est la vérité vraie. Ni sa mère, ni son père, ni lui ne se sont inquiétés.
Silva n’est pas là – elle a dormi ailleurs, ou bien elle est sortie tôt, ou bien elle est restée plantée quelque part hier soir. Mais elle va rentrer. Rien de mal n’a pu arriver. Car on n’est pas dans une métropole américaine , il n’y a pas de kidnappeur ici, pas de braqueur, pas de tueur en série. On est à Misto, et à Misto il n’est jamais rien arrivé à personne.
Mate se lève, prend sa douche, puis sa mère lui demande – à peine un soupçon de préoccupation dans la voix – s’il sait où est sa sœur. Mate lui dit ce qu’il sait. Elle est allée à la fête des pêcheurs hier soir, tout comme lui. Il y avait un groupe qui a joué, puis DJ Robi a passé de la musique après le concert. Silva a dansé. C’est à ce moment qu’il l’a vue pour la dernière fois : elle dansait, il était autour de onze heures.
Voilà ce que Mate a dit à sa mère. Mais il ne lui dit pas tout. Il ne lui dit pas qu’il a quitté la fête à onze heures avec une petite bande car ils avaient des bouteilles de Stock 84 et de la bonne herbe. Il ne lui dit pas qu’il a passé le reste de la nuit sur le rivage, en bas de la crique de Travna, à essayer de séduire une fille de Novi Sad qui parlait avec l’accent traînant et charmant de par chez elle. Il ne lui dit pas qu’outre quelques joints il s’est enfilé presque un litre de Stock et que le cognac italien lui cause maintenant un mal de crâne mortel.
Il ne dit pas non plus à sa mère qu’à onze heures, quand il a quitté la fête, il a vu Silva qui dansait avec Adrijan Lekaj, le fils du boulanger. Ni que Silva a demandé à DJ Robi de passer Red Red Wine de UB 40, une fois, puis deux fois, et qu’au moment où lui est parti, elle se trémoussait entre les bras d’Adrijan au rythme lent du reggae. Silva n’aurait pas rapporté à ses vieux les exploits de son frère. De même pour lui, il n’est pas question qu’il aille raconter ceux de sa sœur.
Sa mère l’écoute, secoue la tête d’un air désapprobateur, puis elle retourne dans la cuisine et commence à éplucher les pommes de terre. « Elle doit être chez Brane. Elle va arriver », dit Jakov. Après quoi il redescend dans son atelier, parfaitement insouciant, parfaitement détendu.
Les cent dix minutes suivantes, Jakov les passe dans son atelier, affairé à ses activités de radioamateur. Vesna met au four un poulet avec les pommes de terre puis s’assoit à la table de la cuisine et entreprend de lire le journal dominical. Mate avale discrètement un cachet contre le mal de crâne et se retire dans sa chambre – les volets maintenant tirés – en attendant que la douleur disparaisse. Quand il se réveille, la migraine n’est plus là. Il regarde sa montre : il est une heure et quart.
À une heure et demie, il retourne dans la cuisine. Le déjeuner est servi. Les assiettes, la salade, la bouteille de vin blanc sont disposées sur la table et le poulet embaume dans le four. Mais Silva n’est pas là. Mate se souvient de ce moment : pour la première fois il est inquiet, rien qu’un tout petit peu.
À deux heures et quart, Silva n’est toujours pas là. Vesna se tient contre le frigidaire, la répréhension et l’exaspération se lisent sur son visage. Le père est debout à côté de la table où sont disposés les verres et les assiettes et il jette des coups d’œil à la pendule au mur avec sa grande aiguille qui s’approche du quatre. Finalement, à deux heures vingt, il dit : « Mate, va faire un tour au village. Va voir où elle est passée. »
« Mate, va la chercher », dit le père, à deux heures vingt, le 24 septembre 1989.
Mate ne le savait pas. Maintenant il le sait : ce jour-là, à cette heure-là, c’est dans sa vie le commencement des recherches.
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... le business dans ce secteur (le tourisme), comme les nazis, divise la population entre gens de qualité et gens sans qualité.
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