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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Il savait que les vieux sages reviendraient plus tard dans la matinée s’asseoir sur le banc qu’il avait installé devant sa boutique à leur intention, lorsque le soleil aurait disparu derrière les maisons les plus proches. ils migreraient ensuite nonchalamment au cours de la journée vers un autre coin d’ombre, ou bien retourneraient au café, puis à la mosquée, avant de réapparaître en fin d’après-midi du côté de la boutique. A la fraîche les bavardages seraient plus amènes, les récits plus longs et plus anciens. Il en allait ainsi depuis l’époque de son père. Les vieillards se succédaient, qui allaient et venaient en traînant les pieds au gré des événements, mais le banc restait à sa place, et ne manquait jamais d’occupants. p35
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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Il y a, vous le voyez, un je dans cette histoire, mais je n’en suis pas le sujet. C’est une histoire sur nous tous, Farida et Amin, nos parents, Jamila. Elle dit que chaque histoire en contient beaucoup d’autres, et qu’elle ne nous appartiennent pas mais se confondent avec les aléas de notre époque, qu’elles s’emparent de nous et nous lient à jamais. p135
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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Pour Rashid, cette maison sentait la décrépitude. Ses sens anticipaient déjà les nuages de poussière que soulèverait l’effondrement de ses étages. Elle sentait aussi les déchets de poisson, la fiente de volaille et l’haleine des hommes, comme à l’intérieur de quelque chose de vivant.... Elle restait debout, année après année, au bord de l’écroulement, têtue comme l’histoire. p137
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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Le destin est partout, comme il était dans cette première rencontre, mais le destin n’est pas le hasard, et les événements même les plus inattendus répondent à un plan. Ainsi la suite a-t-elle laissé paraître moins qu’accidentel le fait qu’Hassanali ait été celui qui a découvert l’homme. p10
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Par alicejo, le 20/02/2011
Près de la mer de
Abdulrazak Gurnah
J'avais l'habitude des fonctionnaires qui vous dévisagent et vous invectivent au moindre accroc, qui s'amusent de vous et vous humilient pour le seul plaisir d'exercer leur autorité sacrée. Aussi j'attendais du hamal de l'immigration derrière son guichet qu'il exprime quelque chose, qu'il prenne un ton hargneux ou qu'il secoue la tête, qu'il lève lentement les yeux sur moi et me fixe avec la superbe du nanti face au suppliant. Mais, ayant parcouru mes faux papiers, il m'a regardé avec une joie contenue, comme un pêcheur qui a senti la touche. Pas de visa d'entrée.
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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Et puis c’était lui qui avait vu l’homme émerger de l’ombre au petit jour et l’avait pris pour un spectre égaré dans la lumière naissante. Lui que ce regard gris dans la grisaille du matin avait cherché et poursuivi. C’était le hasard de Dieu qui avait fait que les choses s’étaient passées ainsi, et Dieu ne laisse rien au hasard. Ce fardeau avait été choisi à son intention, peut-être pour l’éprouver, ou le punir, ou bien l’évaluer, il répondait à une logique qui ne lui était pas encore lisible. p31
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Par alicejo, le 22/02/2011
Près de la mer de
Abdulrazak Gurnah
C'est peut-être cela vieillir, quand le soleil et la pluie ont effacé les uns après les autres les contours et changé les images en une ombre pelucheuse. Même si tout ce flou et ce vague laissent encore des traces, fragments, toujours plus rares de ce qui constituait le tout : le regard chaleureux d'un visage oublié, un parfum, une musique dont la mélodie échappe, une chambre, alors que le souvenir de la maison ou son emplacement nous fuit, une prairie le long d'une route au milieu du néant.
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Par nadejda, le 04/08/2011
Adieu Zanzibar de
Abdulrazak Gurnah
Ni lui ni ses amis ni qui que ce soit qu’il connaissait n’avaient la moindre idée de qui étaient ces gens qui habitaient ces immenses demeures, sauf qu’ils étaient les maîtres du pays et s’arrangeaient en toutes circonstances pour ne pas se mêler au reste de la population. Il y avait évidemment des personnes qui savaient qui ils étaient et ce qu’ils faisaient : leurs domestiques, ou le personnel des bureaux d’où ils dirigeaient tout... p186
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Par alicejo, le 20/02/2011
Près de la mer de
Abdulrazak Gurnah
Je suis un réfugié, un demandeur d'asile. J'ai débarqué à l'aéroport de Gatwick en fin d'après-midi le 23 novembre de l'an dernier. C'est un point culminant, mineur et familier de nos histoires que de quitter ce qu'on connaît pour arriver dans des lieux étranges, emportant avec soi pêle-mêle des bribes de bagages, bâillonnant des ambitions secrètes et embrouillées.
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Par alicejo, le 21/02/2011
Près de la mer de
Abdulrazak Gurnah
J'ai consulté mon Concise Oxford Dictionnary aussitôt arrivé au bureau et je n'y ai pas trouvé grand chose. Moricaud(e) : homme, femme de couleur. On fait mieux. J'ai alors regardé au mot "noir" et son emploi m'a accablé : "bile, humeur noire", "colère noire", "messe noire", "liste noire", "marché noir", "caisse noire". Si bien que j'ai fini par me sentir misérable, sali par ce torrent de boue. Je savais, évidemment, que le noir c'était l'autre, le mauvais, le bestial, le perfide, inscrit au plus profond de l'être chez l'Européen même le plus civilisé, mais je ne m'attendais pas à contempler tant de noirceur sur cette page. Tomber là-dessus sans y être préparé a été pour moi un choc plus grand que d'être traité de mowicaud hila' (moricaud hilare) par un homme qui tenait le rôle du grincheux dans un film daté.
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