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Par LydiaB, le 09/05/2013
Au bagne de
Albert Londres
Il faut dire que nous nous trompons en France. Quand quelqu'un – de notre connaissance parfois – est envoyé aux travaux forcés, on dit : il va à Cayenne. Le bagne n'est plus à Cayenne, mais à Saint-Laurent-du-Maroni d'abord et aux îles du Salut ensuite. Je demande, en passant, que l'on débaptise ces îles. Ce n'est pas le salut, là-bas, mais le châtiment. La loi nous permet de couper la tête des assassins, non de nous la payer. Cayenne est bien cependant la capitale du bagne.
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Marseille Porte du Sud de
Albert Londres
La circulation à Marseille est régie par une loi unique : "Toute voiture doit, par tous les moyens, dépasser la voiture qui la précède." On se croirait au temps des cochers verts et des cochers bleus de Constantinople. C'est une course de chars. Qui arrivera premier et déclenchera l'enthousiasme populaire ? Le camion bouscule la voiture d'un coup d'épaule. Le taxi souffle sur la bicyclette. Le camionneur à trois chevaux se gare du camionneur à essence, mais il saute à la gorge de la calèche de place. Parfois, le gros tramway les met tous d'accord, il les cogne, l'un après l'autre avec sa baladeuse. C'est le grand pugilat des véhicules !
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Par sarasvati, le 31/05/2010
Chez les fous de
Albert Londres
p.134-135/Ce matin-là, je louvoyais dans un quartier d'asile, en compagnie d'un interne.
- Les fous, me disait-il, ne sont pas ce que l'on suppose. Le public les voit mal...Ce ne sont pas toujours des forces déchaînées. Tenez, regardez ceux-ci, réunis dans cette salle.
Ils étaient une dizaine. Ils parlaient un peu haut, mais cela arrive aux personnages les plus sensés.
- Vous pouvez entrer, me dit l'interne.
J'entre. Les têtes étonnées se tournent de mon côté. Je reconnais le médecin-chef au milieu du groupe.
L'interne me saisit par le bras.
- Quoi ?
- Erreur ! fait-il en se mordant la lèvre, ce ne sont pas des fous mais des aliénistes. C'est la Ligue de l'hygiène mentale qui tient séance !
Il avait suffi de l'épaisseur d'un carreau !
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Par brigetoun, le 02/12/2009
Terre d'ébène de
Albert Londres
Des noirs des deux sexes travaillaient sur la route. Pliés en deux comme s'ils attendaient le partenaire pour jouer à saute-mouton, ils la tapaient avec une latte. Cette compagnie faisait deux rangées, une d'hommes, une de femmes, les femmes vieilles et laides, la peau ratatinée sur le squelette. Evidemment, elles ne pouvaient plus servir... qu'à la route.
Sur le bord de la chaussée, un orchestre : trois tambourins et un flûtiau. Pour donner la cadence aux cantonniers, les musiciens scandaient un air qui montait et descendait en quatre temps, sur quatre sons, du lever du jour à son coucher. Un chien pacifique en serait devenu enragé !
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Par le_Bison, le 24/02/2012
La Chine en folie de
Albert Londres
- Alors, m’écriai-je, où réside l’anarchie qui selon tout bon esprit, dévore la Chine ?
- L’anarchie réside dans le cerveau des hommes de ton espèce, répondit toujours le plus âgé. Vous vous figurez, en Europe, que vous détenez la vérité. Parce que chez vous vos pays ont un gouvernement à leur tête, vous croyez d’abord que c’est le gouvernement qui fait marcher le pays, ensuite que tout autre pays, pour fonctionner, doit avoir comme le vôtre un gouvernement. Confessez ici votre erreur. Si les bolcheviks qui, eux aussi, cherchaient un nouveau système, nous avaient imités, il y a longtemps, avec le bruit qu’ils ont faits, qu’ils auraient conquis le monde. Eux ne se sont pas contentés de démolir, ils ont voulu reconstruire. Ce fut leur faute. Nous, nous n’avons plus rien : ni suffrage universel, ni suffrage de classe, ni soviets, ni gouvernement, ni députés, ni commissaires ; quant à la caisse de l’État, elle est sèche comme une figue de trois ans. L’État est mort, mais le pays vit. Jamais le pays n’a mieux vécu que depuis qu’il n’y a plus d’État.
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Par sarasvati, le 06/10/2010
Le juif errant est arrivé de
Albert Londres
p.167/Nous marchions dans Marszalskowska, direction du Bacchus, qui est un fameux restaurant de Varsovie. Ben acheta un journal yiddisch et le parcourut.
- En quelle année croyez-vous être ? me demanda-t-il.
- En 1929.
- Nous sommes en 5690.
Et il me montra le chiffre sur la manchette.
- Pour les lecteurs de ce journal, le monde commence avec Adam. C'est juste, mais je vous prie de prêter attention à la chose. C'est peut-être l'éclair déchirant tant d'obscurité. Aux Marmaroches, en Bessarabie, en Bukovine, en Galicie, dans Nalewki, hier à Goura-Kalvarya, nous étions en l'année 5690. Et dans quinze jours, quand vous débarquerez en Palestine, vous serez en l'an X du sionisme. Ne perdez pas de vue ces deux points.
Un pied sur Adam, un autre sur lord Balfour, quel écart ! Je sentis immédiatement le besoin de reprendre équilibre. Nous arrivions fort bien à la porte du Bacchus. Les deux hommes qui avaient perdu leur millésime la poussèrent. Peut-être y retrouveraient-ils l'année 1929 au fond d'une bouteille - ou, s'il le fallait, d'un tonneau !
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Par Nanne, le 01/12/2009
Tour de France, tour de souffrance de
Albert Londres
De son sac, il sort une fiole : - Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives ... - Ça, dit Ville, vidant aussi sa musette, c'est de la pommade pour me chauffer les genoux. - Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voilà des pilules. Ils en sortent trois boîtes chacun. - Bref ! dit Francis, nous marchons à la "dynamite". Henri reprend : - Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme Saint Guy, au lieu de dormir.
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Par Villoteau, le 20/08/2012
Terre d'ébène de
Albert Londres
D'autre part je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie.
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Par sarasvati, le 02/03/2011
Le peuple aux dents laquées de
Albert Londres
p.18/Nous allâmes prendre le train pour Hanoi. C'était cent dix kilomètres à couvrir à travers le delta.Si vous désirez savoir ce que l'on voit par la portière, durant ces trois heures de trajet, vous enverrez un autre de vos collaborateurs refaire le voyage. Quant à moi, je m'effondrai dans un coin, les yeux fermés, la bouche ouverte. Par instants, à travers l'interstice de mes paupières, j'apercevais bien des rizières et de grands fauteuils de pierre qui étaient des tombeaux. Mais, loin du Tonkin, je rêvais à la Finlande. Je revoyais le temps heureux où, vêtu de peaux de bête domestique, je claquais des dents et pigeais des rhumes sur la mer Blanche. Ô Laponie ! Laponie ! murmurais-je...
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Par lanard, le 04/11/2011
Indochine de
Albert Londres
Than Hy Lin dit qu'il allait expliquer la pensée du Jeune Annam et ainsi parla-t-il, les mains immobiles sur ses genoux:
- En nous instruisant - et nous proclamons que vous le faites avec loyauté, et que cette loyauté nous touche -, vous nous avez appris à mieux nous estimer. Plus nous pénétrions dans vos idées de liberté, plus le sentiment de notre infériorité s'avivait. Nous avons alors perçu qu'il n'était pas naturel que des peuples et des individus acceptassent (ainsi ai-je dit, parle M. Than Hy Lin) d'être d'éternels mineurs. Un apprenti aspire à devenir artisan; un métayer, propriétaire; un garçon de café, patron d'hôtel; un écolier, un maître. De même, les peuples tendent à monter les échelons de la hiérarchie des nations. C'est ce que nous souhaitions pour le moment. Nous voulions une amélioration permanente dans les choses morales et matérielles.
- Il me semble, dis-je, que le Blanc d'ici ne fait que ça. Qu'a fait Albert Sarraut chez vous?
- Albert Sarraut est notre père.
- Et Maurice Long? Qu'est-il encore en train de faire pour vous à Paris? Il vous prépare une assemblée indochinoise.
- Nous ne nous plaignons pas des grands chefs, mais des sous-fifres.
- Qui n'a pas ses sous-fifres? N'auriez-vous pas de sous-fifres sous la république de vos trois apôtres? Le sous-fifre est aussi indispensable à la vie du citoyen que les tiques et taons sur le dos du pauvre buffle.
- Oh! firent-ils.
- Mais oui, c'est bien connu que l'homme et le buffle ne sont sur la terre que pour se gratter. C'est une loi de l'au-delà. On n'y peut rien.
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