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Citations de Carla Guelfenbein (151)


Quand ils se séparent, elle a un rire malicieux. Appuyé sur le coude, Diego la regarde. Morgana distingue la nuance turbulente du désir qui voile ses pupilles et exacerbe ce reflet dément qu'elle vient d'y lire. Des yeux qui ne fixent aucun point en particulier, et tous en même temps , qui ont l'ambition d'aller partout. Diego enlève son pull, l'étale sur la surface dure et pierreuse, et Morgana s'y étend. Chacun de ses mouvements soulève de petits nuages de poussière dans l'air clair et frais. Elle étire les bras en arrière. Il saisit ses mains, l'emprisonne, lui interdisant le moindre mouvement. Elle ne résiste pas, ses muscles cèdent et d'autres, plus enfouis, se mobilisent. Ils s'embrassent encore. Elle sent son menton râpeux. Ses mains remontent avidement sous sa jupe, parcourent ses cuisses fermes de nageuse... Une étreinte les unit. Ils respirent dans l'oreille de l'autre. Elle lui embrasse le cou, se perd dans le creux de son épaule. Sans se détacher, les doigts de Diego cherchent ses intimités, l'air tiède de son nez explose dans ses yeux. Les mouvements de ses doigts sont profond, rythmés. Morgana émet un gémissement qu'elle étouffe aussitôt, redoutant que sa voix parvienne eux oreilles de Sophie, là-bas, assise sur la plage, sa toile sur les genoux et ses peintures sur le sable.
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Diego l'arrête. La luminosité du soir baisse d'un ton. N'étaient leurs yeux humides et rougis, ils pourraient feindre qu'il ne s'est rien passé. Mais tous les deux ont un chagrin terrible, une tristesse que les mots sont incapables d'apaiser, et qu'ils n'auraient pu soulager qu'en faisant l'amour. Morgana, la gorge serrée et les poings crispés, pense qu'elle vient d'apprendre quelque chose de nouveau. Les tristesses ne sont pas toutes les mêmes. Certaines sont traversées par la peur, la haine, le désespoir, et d'autres sont pures, se répandent dans le corps, violentes, profondes et fortes. Diego se redresse. Les pas et les voix du couloir se réveillent. On frappe à la porte. A quelques pas d'ici, un quartier a été bouclé, leur dit-on. Ils perquisitionnent. Morgana doit partir, Diego aussi, mais pas ensemble.
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Diego s'affaisse, sa chemise est poisseuse, collée à sa peau. Elle sent le poids de son corps, sa chaleur, les spasmes quand il essaie en vain de se redresser... Plus rien ne bouge. Elle ne sent plus son corps. Elle entend des cris à l'extérieur, des rafales de projectiles. Et soudain le silence.
Elle imagine Antonia dans ses bras. Elle est assise dans un fauteuil devant une fenêtre, n'importe laquelle, elles en ont connu tellement depuis qu'Antonia est née, sauf qu'à la fin il s'agit toujours de la même fenêtre. Antonia tête, elle la berce et regarde le couchant, c'est le moment qui précède la dernière lumière, la brise agite les feuilles et les oiseaux rentrent dans leur nid. Elle a fermé les yeux. Le corps inerte et informe de Diego pèse sur le sien. Une douleur à la tête l'engourdit. Pendant que sa conscience et son corps s'éteignent, que des cris s'approchent de son refuge, Morgana imagine ce moment du jour où, avec Antonia, tout semble beau et en même temps nostalgique, cette heure où parfois la tristesse est si forte qu'elle donne un sentiment d'étrange bonheur.
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Les fenêtres vibrent. C'est le vol insistant d'un hélicoptère. Elle distingue son profil de libellule qui se découpe sur le ciel en émoi. Le téléphone sonne. C'est Diego. Ils ont affaire à un coup d'Etat. Le Président lui a demandé d'aller voir les cordons industriels de Cerrillos. Il ne pourra pas la rappeler avant des heures. Il insiste pour qu'elle ne bouge pas de là. Il va bien. Tout va bien aller. Il le lui promet. Ses phrases son brèves mais chaleureuses, comme le son d'un interrupteur qui met fin à l'obscurité. Un éclat qui dure à peine une seconde, tant qu'elle peut encore l'entendre.
Quand la voix s'est tue, quand la communication est coupée, les questions arrivent. Elle sait que les ouvriers et les militants se sont préparés à ça, à résister. Les cordons industriels des usines de Cerrillos sont prêts à une guerre de tranchée. Pourquoi ne lui a-t-elle pas demandé de rentrer à la maison, pourquoi n'a t-elle pas dit qu'elle et la petite ont besoin de lui ?
Elle cherche la feuille où elle a noté le numéro de téléphone de Paula. Elle le compose. Pas de réponse. Elle hésite à raccrocher. Elle veut croire Diego qui a promis que tout irait bien, mais elle a besoin qu'on lui dise ce qui se passe. Elle se rend compte que ces six chiffres sont le seul lien qui la rattache à lui. Elle raccroche et rappelle. Et ainsi de suite jusqu'à ce que, exténuée, elle renonce.
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Et je me dis que le bonheur et la douleur allaient ensemble, et que nous ne pouvions pas savoir à l'avance quand l'un ou l'autre prendrait l'avantage.
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Ces deux mots, "adultère" et "liaison" , n'ont aucun rapport avec ce qui nous arrive. Notre histoire est hors de cette nomenclature de la trahison.
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Pour ne pas mourir, l amour doit constamment être bousculé par tout ce qui le rend impossible.
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Quand papa ne dit rien, c'est comme si soudain quelqu'un éteignait la lumière et laissait tout le monde dans le noir, perdu dans son coin. Voilà pourquoi les silences de papa sont noirs.
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"Les souvenirs se construisent avec délicatesse avant de se déposer dans la mémoire ; mais ils ne figent pas, ils se transforment au rythme des sentiments qui les accompagnent, jusqu'au jour où il devient malaisé de distinguer la part de vérité qu'ils contiennent."
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Les personnes disparaissent peut-être pour que quelqu’un finisse par les voir ?
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Jusqu’à quel point sommes nous capables de connaître l’autre ? Il reste toujours une zone insondable, un espace où sont nichés les sentiments les plus bas, un territoire obscur, qui bien souvent n’est même pas visible à nos propres yeux, car dans le cas contraire le délicat échafaudage que nous avons dressé au cours de notre existence s’effondrerait d’un seul coup.
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Je me rappelai la malice avec laquelle tu citais Einstein pour te justifier. Du genre : si un bureau en désordre est le signe d'un esprit désordonné, que penser d'un bureau vide.
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Les mots de Gabriela se construisent et se déconstruisent dans sa mémoire. Elle pense que les faits et les mots prennent souvent des directions opposées. Les mots sont comme des insectes ailés qui se posent sans poids ni racines, alors que les faits adhèrent à la terre, souillés de terre et de poussière. (p.99)
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Elle aimerait avoir un baromètre qui mesure l'intensité des sentiments de Diego, afin d'ajuster les siens en proportion. Comme elle n'en a pas, elle les laisse s'exprimer et les récupère, comme un pêcheur qui lance sa canne dans les eaux obscures et inconnues.
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Mais tu es partie avant, Vera, et tu m'as laissé en route, orphelin de ta parole et de tes silences calmes, orphelin de ce monde que nous partagions, le tien et le mien, mais auquel je ne savais comment retourner sans ton aide.
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Dès son plus jeune âge, Morgane a pris conscience de l’énergie qui émane de son corps. Un tissu invisible qui capte l’intérêt des hommes. À l’origine, face aux regards voraces qui glissaient sur sa peau, elle avait la sensation d’être envahie par une colonie d’insectes, et un jour, une bouffée de chaleur l’a assaillie à la base de sa colonne vertébrale; une vague qui enflait, zigzaguait et la chatouillait.
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Sarah Ravskosky, dans sa lettre, avait dit que la vérité triomphait toujours, quoi qu'on fasse. L'ennui, c'est que chacun croit que la sienne est la seule ou la plus brillante, autour de laquelle tournent toutes les autres vérités.
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Les adultes perdent toutes leurs défenses quand on leur dit de belles paroles !
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Tu me disais souvent que toute la richesse d'un créateur, c'étaient ses fractures, ses incertitudes, ses questions et ses faiblesses, le doute constant de la raison ultime des choses. C'était à travers ces failles que pouvait surgir ce qui n'avait jamais été là auparavant.
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La vie apparaissait devant moi, à la fois immense et diffuse, sans commencement ni fin.
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