-
Par petitours, le 24/01/2011
Première phrase du livre
Les insurrections singulières de
Jeanne Benameur
Il y a longtemps, j’ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d’une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue.
Je regarde la nuit venir. C’était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j’ouvre la porte et que je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C’était comme ce soir, trop chaud. Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait. Ce soir-là, j’ai eu peur. Peur, si je restais dans
cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
> lire la suite
-
Par solange, le 28/02/2011
Les insurrections singulières de
Jeanne Benameur
Qu'ils apprennent ça : l'argent ne protège pas de tout. La peur du lendemain elle existe pour tout le monde. Qu'ils sentent ce que c'est, l'incertitude qui empêche de respirer à fond, le nez contre le temps,si près qu'on ne sait plus si demain ce n'est pas déjà aujourd'hui.
-
Par solange, le 28/02/2011
Les insurrections singulières de
Jeanne Benameur
A l'usine, l'idée de travailler moins, c'est le malheur, la peur de la misère. C'est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C'est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là la misère. Pas dans le portefeuille à plat à la moitié du mois seulement.
-
Par aleatoire, le 10/08/2011
Les insurrections singulières de
Jeanne Benameur
J'ai toujours aimé les fous, Antoine. Les décalés, c'est les seuls qui laissent la place au désir. Dans le décalage, c'est là. Je me méfie des gens trop bien installés, riches ou pauvres, dans leur peau, garantie cent pour cent tranquilles. J'aime pas les cimetières ambulants. La moitié des gens sont déjà morts. Tu vois, au marché, j'ai appris plein de choses.Combien j'ai de clients, moi, sur tous ceux qui achètent au marché ?... même pas dix pour cent ! Ceux-là en plus des carottes et des pommes de terre, il leur faut une épice, le goût de quelque chose d'autre. Ils viennent le chercher dans les livres. Sinon ils savent bien que toutes les carottes du monde, même bio, et tous les steaks, ça ne servira pas à grand chose pour traverser les jours. Dans les livres, il y a le décalage. La place pour le désir.
> lire la suite
-
Les insurrections singulières de
Jeanne Benameur
« Personne ne fait partie de la vie de quelqu’un. Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? […] On s’approche des autres, l’amour ça ne sert qu’à ça ! Toutes les formes d’amour… pas seulement la romance des amoureux… tout ce qui nous rapproche vraiment des autres. Mais de toute façon jamais JAMAIS on ne fait partie de la vie de quelqu’un. Et encore heureux ! Ce serait la perte de notre solitude, c’est sûr, mais encore plus sûrement la perte de ce qui nous appartient vraiment, notre liberté. On l’attaque déjà bien assez comme ça ! On peut essayer de tisser les liens, c’est tout. On ne fait pas partie ! On ne fera jamais partie. C’est comme ça. »
> lire la suite
-
Laver les ombres de
Jeanne Benameur
Danser c'est altérer le vide.
Pourquoi inscrire un mouvement dans le rien? Elle voudrait tant pouvoir juste contempler et habiter simplement, sans bouger. Elle envie ceux qui le peuvent. Elle, elle n'y arrive pas.
Elle est un mot étranger jeté dans une langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
Alors elle danse. il faut qu'elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l'espace. Seule la beauté du mouvement peut le sauver.
C'est sa façon de trouver place dans la vie.
> lire la suite
-
Par BMR, le 08/02/2008
Les Demeurées de
Jeanne Benameur
[...] Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l'intérieur d'elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D'une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas. Elle demeure. Abrutie comme sa mère.
-
Par sylvie, le 14/07/2008
Les Demeurées de
Jeanne Benameur
Luce et le Varienne l'ont réveillée jusqu'à l'éblouissement;
Comment faire désormais ,
Elle voudrait parler à quelqu'un.
Devant elle, le secret tissé entre deux êtres.
La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout; Même de nom.
Le savoir ne les inéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher;
Qui était elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille ?"
-
Par zazimuth, le 20/03/2011
Présent ? de
Jeanne Benameur
La lecture est un aliment de choix, pas du maïs à gaver les oies. Et si l'appétit vient en mangeant, il vient aussi à regarder les autres se délecter. ceux qui lisent parleront de leur lecture à leurs camarades. Leur plaisir se communiquera. (p.111)
-
Par Nadael, le 07/12/2011
Présent ? de
Jeanne Benameur
Ne pas parvenir à faire sienne la langue commune, c'est la première violence. Nos élèves, nous le savons bien, viennent souvent de langues maternelles différentes. Ne pas réussir à s'exprimer est une violence permanente. C'est pour cette raison que l'entrée dans l'écriture, la lecture, est fondamentale. S'ils parviennent à donner forme à ce qui les habite, clandestinement et sans papier, j'emploie ces termes à dessein, ils vont mieux.