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Par oops, le 23/03/2012
La faute de goût de
Caroline Lunoir
Aujourd'hui, un corps ciselé et doré à loisir est un pedigree. La condition physique n'est plus la seule chance de salaire, la garantie d'un gagne-pain, l'assurance-vie d'un travailleur. L'aisance n'a plus pour marque la langueur et les chairs abandonnées. Le poids est la nouvelle mesure sociale.
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La faute de goût de
Caroline Lunoir
« Je reviendrai. Dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d’être là, pour une réunion de famille ou pour un enterrement. Je reviendrai vérifier qui ils sont. Je débarquerai pour soigner un malaise, une solitude, et en récolter d’autres. Je poserai mes valises, je ne reste pas longtemps, hein, juste quelques jours, pour les écouter, pour les regarder vivre. Et je prendrai mon train, attendrie, agacée ou sombre. Un jour, mon dernier jour ici, je serai confusément atterrée de n’avoir pas su retenir des bribes de leurs vies pour ne pas qu’elles passent, sans bruit. Cette maison deviendra mon paradis perdu, un peu nauséeux, celui que je tresse déjà. Beau, fantasmé et triste. Comme pour tous les vieux cons. » (p. 94)
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La faute de goût de
Caroline Lunoir
« En dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symboles et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. Éternel mais irrésistible contrat. La logique de lignée a ses limites. » (p. 28)
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La faute de goût de
Caroline Lunoir
"La promenade a l’ambigüité de la famille, elle est douce et lassante." (p. 63)
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La faute de goût de
Caroline Lunoir
« Dans notre tribu, hors la caste bienveillante des grands-tantes, avec leurs maris et sa hiérarchie propre, chacune ici redevient fille de, identifiée par sa classe d’âge, tante, nièce ou cousine. Les prénoms n’ont vraiment d’importance qu’à niveau égal. Petite, je les ai parfois révisés avant d’arriver, dans la voiture. Les réciter, branche par branche, était comme redescendre de l’arbre. » (p.13)
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Par Catoucat, le 21/09/2011
La faute de goût de
Caroline Lunoir
Je bronze mais j'ai peur. Peur de ce teint hâlé sans labeur. Peur de cette vie sans lutte. Peur du clanisme décomplexé dont je suis un beau produit.Je me chauffe tranquillement au soleil de notre société. Je ne déroge à aucune règle et surtout pas à celle de la révolte conventionnelle de la jeunesse rangée. Je n'ai rien à arracher à la face du monde pour exister. Je n'ai jamais connu que l'aisance. Tout m'a été donné pour perpétuer ma classe. J'aime ma famille et j'en suis aimée. J'étudie , je me cultive, je voyage, je dépense. Quoi que je souhaite entreprendre, trois connaissances de la famille me sont recommandées pour que je sollicite leurs conseils. J'attends seulement l'âge de la légitimité, celui qui permet d'être entendu.
Cette promenade a l'ambiguïté de la famille, elle est douce et lassante .
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La faute de goût de
Caroline Lunoir
"Ma grand-mère sera, pour une ou deux générations encore, un jeu de cartes qu'elle nous a appris et que nous transmettrons, une aprtie de ping-pong ou de tennis qu'elle a voulu que nous aimions, une manière infaillible de faire prendre la mayonnaise. Plus tard, beaucoup plus tard, elle ne sera plus qu'une paire de fauteuil Louis XVI transmise et disputée à chaque succession, une horloge ou ce portrait ovale de jeune fille éternelle, blonde, toute de transparence et de voiles légers sur des seins impatients."
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Par camillean, le 06/03/2012
La faute de goût de
Caroline Lunoir
Mes quatre grands-tantes et leurs maris constituent ma plus grande collection de vieux. Du plus loin que je me souvienne, je les ai toujours évités soigneusement.
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Par jalibert, le 29/09/2011
La faute de goût de
Caroline Lunoir
Je regarde Cécile, surprise. Sa fierté est perceptible. Je ne lui connais pourtant pas de jeunesse oisive. Elle a toujours vécu avec gravité. Tout son être est empreint d'une certaine raideur qui n'est pas dépourvue d'élégance. Mais peut-être veut-elle confusément faire référence à sa violence contenue. Cécile était la seule à tenir tête à son père, Félix. Tenir tête, ça voulait dire ne pas pleurer, ne pas courir s'enfermer dans la salle de bains pendant ses colères et le regarder droit dans les yeux. Sa mère et ses soeurs lui donnaient des bains froids pour apaiser ses brûlures. Ces histoires reviennent à chaque repas de famille. Et elles en rient toutes ensemble. Cécile, dans son bain glacé qui crie de douleur avec éventuellement une autre de ses soeurs qui n'a pas couru assez vite. Ce qui me parait le plus étrange, c'est qu'elles ne se sont jamais considérées comme des enfants battues.... Comme si cette expression, qui sent les corons, salirait la famille.
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