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Nous, les noyés de
Carsten Jensen
À peine les marins étaient-ils revenus, le corps meurtri par leurs éternelles luttes contre la mer, qu’ils en redemandaient et repartaient sur le pied de guerre, jamais rassasiés de ces coups de fouet qui pleuvaient de tous côtés, de la tempête, des vagues, du froid, de la mauvaise nourriture, de l’hygiène épouvantable, de la grossièreté de leur langage entre eux, de la violence qui s’abattait, comme par hasard, sur les plus faibles. (p. 503, Chapitre 3, “Le Marin”, Partie III).
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Albert croyait au progrès. Il croyait aussi au sentiment d’honneur chez les mars ? C’était sur lui que se fondait l’unité ? Sur un bateau, le manquement d’un seul pouvait être lourd de conséquence pour tous. Un marin s’en rendait vite compte. Le prêtre appelait ça les valeurs morales. Albert appelait ça l’honneur. À l’église, on était responsable devant Dieu. Sur un bateau, on était responsable devant tous les autres. C’est pourquoi le bateau était un meilleur lieu d’apprentissage que l’église.
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
N’est-ce pas là le secret des hommes à la guerre, qu’ils pissent et chient dans leur froc comme des enfants apeurés ? Nous avions tous, un jour ou l’autre, eu peur de mourir en mer, mais personne n’avait fait dans son froc parce que la tempête arrachait les mâts et le gréement ou parce qu’une simple vague brisait le bastingage et balayait le pont.
C’était ça la différence. La mer respectait notre virilité. Pas les canons.
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Le destin qui nous attendait, c’étaient les coups et la mort par noyade, et pourtant in avait qu’un désir : prendre la mer.
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Lors de son dernier voyage à bord de Résolution, James Cook avait fouetté onze de ses dix-sept matelots, il avait en tout distribué deux cent seize coups. Lorsque vint le moment où il eut besoin de leur soutien, ils lui tournèrent le dos, un dos couvert de cicatrices.
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Il voudrait être grand tout de suite. Il a l’intuition que l’enfance est un état qui n’est pas naturel et qu’à l’intérieur de i-même se cache un être beaucoup plus grand qu’il empêche d’exister et qui surgira de autre côté de horizon.
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Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Je compris soudain mon papa tru. Il arrive un moment dans la vie d’un marin, pensai-je, où il ne se sent plus chez lui sur terre, alors il s’abandonne au Pacifique, là où aucun pays ne vient boucher la vue, où le ciel et l’océan se reflètent jusqu'à ce que haut et bas perdent leur signification, où la Voie lactée ressemble à l’écume d’une vague qui se brise quand le globe terrestre tangue et roule comme un navire au milieu des brisants du ciel étoilé, et où le soleil lui-même n’est plus qu’un petit point incandescent de phosphorescence sur l’océan de la nuit. (p. 148-149, Chapitre 4, “Le Voyage”, Partie I).
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Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Albert songea aux paroles que le garçon avait dites à la tête réduite. Knud Erik avait tiré sa propre morale à partir des miettes de ce qu’Albert lui avait raconté. C’était aussi une sorte de sagesse, voire peut-être la plus fondamentale. « Tu as fini par mourir, mais tu t’es d’abord bien battu. » S’il s’y tenait, les choses ne tourneraient pas trop mal pour lui. La vie pourrait toujours, au fur et à mesure, ajouter ses propres nuances. (p. 345, Chapitre 3, “Le Garçon”, Partie II).
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Par luocine, le 01/10/2011
Nous, les noyés de
Carsten Jensen
Il ne faut pas chercher vos racines dans votre propre enfance. C’est votre enfant qui vous lie à la terre. Votre chez vous, c’était l’endroit où se trouve votre enfant.
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Nous, les noyés de
Carsten Jensen
C’était si infiniment vaste, l’océan. Cela pouvait vous mener partout, et pourtant cela vous enchaînait. (p. 189, Chapitre 4, “Le Voyage”, Partie I).