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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
J'aimerai retourner en enfant géographique. Appelons cela la géo-enfance.
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Il est tellement difficile de rester en géo-enfance. Dès les prémices de l'adolescence, le puzzle se remet en place, lentement, à force de révélations extraordinaires telles que : le Canada n'est pas à droite mais à gauche, il faut donc l'échanger avec la Russie. Ou bien on apprend un jour, parce que le cousin de l'oncle en revient et qu'il est invité à manger à la maison, que la capitale du Turkménistan est Achgabat. On devient soudain spécialiste de ce pays improbable dans la cour de l'école (Tu connais la capitale du Turkménistan ? Ah!) tandis que dans notre tête le Mexique trône toujours savoureusement au-dessus de la Chine. Mais bientôt un nouveau bouleversement géostratégique adviendra. Il y a des soirs où l'on grandit d'un coup.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
Le kitch est de retour là où l'argent a fait défaut pendant trop longtemps, porté par tous les nouveaux riches de tous les nouveaux mondes. En chine comme en Russie les intérieurs des puissants sont des horreurs commandées à grands frais à des décorateurs italiens sans scrupule. Une recherche d'appartement à Vladivostok peut donner de doubles crises cardiaques : à la vue du loyer et à celle de l'intérieur.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
Vraiment, je ne sais pas pourquoi j'aime la Russie. Je l'ai découverte par hasard, un peu hagard, et elle s'est imposée. Je cherchais une terre d'asile, de nouveaux horizons. Je voulais aussi cultiver une certaine manière de vivre, généreuse et une peu triste. Je voulais l'immense, le froid, le farouche et le grand.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
Vladivostok, c'est six cent mille voitures japonaises avec le volant à droite et qui roulent à droite. Vladivostok, c'est un réseau de rue qui montent ou qui descendent et qui tournent; Quand il y a de la neige, on ne sait plus qu'en faire, on l'amasse sur les côtés, on réduit d'autant la chaussée. Sur le haut des collines, la glace transforme tout en patinoire et le rythme des accidents est aussi régulier qu'une fanfare.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
S'il n'y avait pas Moscou, les remparts du Kremlin et leurs étoiles rouges, est-ce que la Russie serait toujours unie? Si demain les frontières s’assouplissent, que la Corée du Nord laisse passer un train Vladivostok-Séoul, qu'on se décide à remettre en service d'autres bateaux vers les ports du Japon et que les bus foncent sans arrêt vers Pékin, que se passera-t-il?
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
Les kiosques à crème glacée sont bien sûr ouverts. Vanille, fraise ou pastèque d'Ouzbékistan pour vous réchauffer. Elles sont moins froides que l'air ambiant et aident à passer les vingt minutes d'attente sur un trottoir bien venteux dans l'espoir de l'improbable dernier bus.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
La banlieue, cette bague désargentée qui orne un joyau; combien sommes-nous à être né près de la plus belle ville du monde? Je mis tant de temps à m'en apercevoir que lorsque vint la lumière, j'en étais déjà lassé. Vivre en un lieu, c'est souffler sur le château de cartes de l'imagination. Je n'ai jamais rêvé de ma ville que loin d'elle, très loin d'elle. Après que j'ai enfin désenchanté le reste du monde.
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Par Thoxana, le 04/10/2011
Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
"Et puis, la Russie, on peut l'emporter avec soi, c'est avant tout un art de vivre. L'esprit étant le suivant : une grande indifférence poétique. Entendez par là qu'il faut tout en se fichant de tout, y compris à un certain degré de soi-même, développer un amour de l'existence non sélectif englobant les peines et les euphories."
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
C'est une ville maudite en été et l'hiver quand elle s'englue dans la neige sale. On ne sait pas où on est, sur une presqu'île, qui n'est ni une île ni un continent. Les seuls flots en mouvement sont ces amas de véhicules sur la route de l'aéroport, l'artère vitale vers l'intérieur des terres.
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Vladivostok, neiges et moussons de
Cédric Gras
Des milliers de voitures japonaises s'entassent dans les rues tordues qui grimpent les collines et on ne voit ni le continent ni la mer. L'horizon est bouché par une île et on vit entre baies et criques, au bord d'une falaise pourrie ou d'une plage de galets durs.