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Par Woland, le 22/05/2012
Chez Mrs Lippincote de
Elizabeth Taylor
[...] ... Oliver Davenant ne se contentait pas de lire les livres. Il les humait, en aspirait des bouffées, s'emplissait les yeux de leur caractère et la tête, de la musique de leurs mots. Une émanation du livre lui-même le pénétrait jusqu'à la moëlle des os, comme s'il absorbait un soleil intense. Les pages avaient une personnalité. Il était de ces gens qui ne supportent pas la présence d'un livre terrifiant la nuit dans leur chambre. Quand il faisait beau, il le plaçait sur le rebord extérieur et fermait la fenêtre. Julia trouvait souvent un livre posé sur son paillasson.
En outre, il tombait amoureux au fil de ses lectures. Il y avait d'abord eu l'image d'Alice se haussant sur la pointe des pieds pour serrer la mains de Humpty Dumpty ; ensuite la petite Fatima dessinée par Arthur Rackham, son doux visage mat, les pièces autour de son front, son pantalon bouffant et son manteau brodé. Son visage d'enfant brillait d'excitation alors qu'elle introduisait la clef dans la serrure. "Non !" lui avait-il crié un jour à haute voix, souffrant le martyre.
A Londres, il se rendait tous les samedis matins à la bibliothèque municipale afin de contempler une image de Lorna Doone. Certaines fois, elle n'y était pas, et il repartait en se demandant qui l'avait empruntée, quel genre de maison l'accueillait ce week-end-là. Le dernier samedi avant le déménagement, il était allé lui dire au revoir, mais le livre n'était pas en rayon : il s'était donc assis à une table pour attendre son retour. Juste avant la fermeture de midi, il s'était approché de l'étagère, avait embrassé les deux livres qui encadreraient sa Lorna lorsqu'elle reviendrait et, après ce message d'adieu, il était rentré chez lui, en retard pour le déjeuner, le coeur vide. ... [...]
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Par Woland, le 22/05/2012
Chez Mrs Lippincote de
Elizabeth Taylor
[...] ... [Rodney] aurait voulu que le lieutenant-colonel rentre chez lui. Il était grand temps, outre le fait qu'Edwards et certains autres devenaient un peu bruyants et trop confiants. Mrs Fielding, le regard vitreux et accablé, demeurait assise, fascinée par Mrs Mallory, écoutait, comptait les perles, se trompait, écoutait, perdait le fil ... La tête de Roddy, quant à elle, tentait de s'envoler de ses épaules.
- "Boire ne nous intéresse pas," répliqua le lieutenant-colonel avec un égotisme magnifique. Julia fit pivoter son verre vide sur ses genoux. "Nous avons une conversation intime." Mais Roddy n'eut pas l'intelligence de s'en aller. Il ne lui venait jamais à l'esprit que sa présence pouvait parfois être indésirable.
- "J'essayais de découvrir quelque chose," dit le lieutenant-colonel, non parce qu'il s'était adouci envers Roddy mais parce qu'il savait exprimer de manière détournée ce qu'il ne pouvait dire carrément. "Votre femme me paraît mystérieuse. J'espérais découvrir le secret, ou un indice." Il regardait Julia tout en parlant.
- "Nous n'essayons pas de percer les secrets de Julia," déclara Roddy. "C'est elle qui essaie de percer les nôtres."
Pour la première fois, le lieutenant-colonel la vit affectée, contrariée. Ses mains tremblèrent sur ses genoux et se raidirent contre le pied du verre ; une marque rouge apparut sur sa joue comme si Roddy l'avait giflée. Pour atténuer sa fureur muette, Mallory s'abaissa à plaisanter. "Oh, ma chère, dites-moi quel est mon vice caché, selon vous.
- L'opium, sans aucun doute," parvint-elle à répondre d'un ton léger. ... [...]
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Par Woland, le 20/02/2012
Papier tue-mouches (le) de
Elizabeth Taylor
Le Papier Tue-Mouches :
[...] ... Il était très propre et bien mis mais sa voix nasillarde avait un son nerveux. Depuis qu'elle était montée dans le bus, il tenait une cigarette à la main, qu'il agitait en parlant, sans avoir une seule fois tenté de l'allumer.
- "Je parie qu'à l'école, tu chantes "Qui est Sylvia ?" Pas vrai ? Une belle chanson."
Elle acquiesça sans le regarder et, à sa grande horreur, il entonna, d'une voix chevrotante : "Qui est Sylvia ? Qui est-el...le ?"
Une dame, assise un peu plus loin, se retourna et lui lança un regard sévère.
Il est fou, se dit Sylvia. Elle était gênée mais pas inquiète, pas inquiète du tout dans ce bus rempli de voyageurs, malgré les recommandations de sa grand-mère qui lui avait répété si souvent de ne pas adresser la parole à des inconnus.
Il chantait toujours, marquant la mesure de sa cigarette.
La dame se retourna de nouveau et le foudroya du regard. Une femme toute simple, décida Sylvia, malgré les racines noires qui perçaient sous ses cheveux blonds. Elle se comportait de façon protectrice, rassurante, comme si elle surveillait la situation dans l'intérêt de Sylvia.
L'homme cessa soudain de chanter et la dévisagea à son tour. "J'ai l'impression, madame, que vous n'appréciez pas de m'entendre," déclara-t-il brusquement.
- "Le lieu ne s'y prête guère, c'est tout", remarqua-t-elle d'un ton sec. Et elle détourna la tête.
- "Le lieu ne s'y prête guère !" répéta-t-il à mi-voix, avec un étonnement feint. "Par un bel après-midi d'été, tandis que nous roulons joyeusement sur les chemins. Le lieu ne s'y prête guère - pour exprimer sa joie de vivre ! Je suis navré," dit-il à Sylvia d'une voix plus forte. "Je ne m'étais pas rendu compte que nous allions à un enterrement."
Sylvia, soulagée, constata qu'ils approchaient des faubourgs de la ville. C'était une petite ville et les faubourgs étaient très paisibles.
- "Ca ne t'ennuie pas que je te parle, j'espère ?" dit l'homme à Sylvia. "J'aime beaucoup les enfants. On dit que je sais m'y prendre avec eux. Tout le monde le dit. Je les traite d'égal à égal, je trouve ça normal." ... [...]
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Par Woland, le 20/02/2012
Papier tue-mouches (le) de
Elizabeth Taylor
Soeurs :
[...] ... De son enfance, [Mrs Mason] avait gardé essentiellement, comme tout le monde, les après-midi silencieux et chauds, les bleuets, les chardons et les mourons rouges, les herbes qui éraflaient ses jambes nues lorsqu'elle descendait à la plage avec ses soeurs. De façon moins nette, elle se souvenait des soirées durant lesquelles les ombres s'allongeaient, et des voix lointaines qui s'interpellaient dans le jardin. Elle revoyait l'image de la maison aux fenêtres ouvertes, des serviettes et des maillots de bain qui séchaient sur les appuis des fenêtres d'en-haut et des sandales en toile, fraîchement blanchies, qui séchaient elles aussi pour la partie de tennis du lendemain. Tout était familier et apaisant : mais sa soeur, Marion, qui trouvait cela ennuyeux, avait été assez ingrate pour s'en irriter, faire des scènes et se révolter - en se servant toutefois de l'ensemble (non sans le déformer), dans les années qui suivirent, afin de se faire un nom. Rien n'avait jamais été tel qu'elle l'avait décrit - jamais. Quant à Mrs Mason, la petite Cassie de ses livres, elle n'avait jamais été non plus une enfant de ce genre. Plus de quarante ans plus tard, elle se cabrait encore devant le passage qui la décrivait s'accroupissant pour faire pipi dans une flaque d'eau entre deux rochers sous le regard d'un petit garçon que Marion avait inventé. "Cassie ! Cassie !" s'étaient écriées ses soeurs, apparemment consternées. Mais c'était Marion elle-même qui s'était conduite ainsi, fort probablement. Mrs Mason songea sombrement qu'elle aussi aurait pu raconter bien des histoires au sujet de Marion, si elle n'avait pas répugné à exposer la famille à la honte. L'épisode de la flaque dans les rochers était vraiment mineur, comparé à d'autres inventions de sa soeur - les "expériences sexuelles", comme les qualifiaient les critiques dans les journaux de l'époque. On aurait dit que Marion avait été contrainte de situer ses élucubrations malsaines dans un environnement qu'elle connaissait.
Le visage de Mrs Mason vira lentement à un pourpre qui se confondit avec son rouge à joues, et le jeune homme (= une sorte de journaliste en peine d'un article savoureux à écrire), nonchalamment adossé au fauteuil, sentit qu'il avait assez attendu. De toute évidence, quelques souvenirs venaient d'être réveillés. Il interrogea d'une voix douce, afin qu'elle eût l'impression que ses paroles venaient habiller ses propres pensées : "Quelques détails, à présent, s'il vous plaît. Etait-ce une enfance heureuse ?
- Oui. Non. Une enfance ordinaire, c'est tout.
- Avec un tel génie parmi vous ? Voilà qui paraît formidablement intéressant !
- Elle n'avait rien de différent de nous."
Elle était pourtant différente, et de façon déplaisante, comme l'avenir l'avait montré. ... [...]
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Par gilanso, le 14/03/2008
Mrs Palfrey Hôtel Claremont de
Elizabeth Taylor
Une tâche épuisante, vieilir. C’est comme être un bébé, mais à l’envers. Dans la vie d’un nourrisson, chaque jour représente une nouvelle petite acquisition ; et pour les vieux, chaque jour représente une nouvelle petite perte. On oublie les noms, les dates ne signifient plus rien, les événements se confondent, les visages s’estompent. La petite enfance et la vieilesse sont des périodes harassantes.
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Par Woland, le 07/02/2012
Cher Edmund de
Elizabeth Taylor
Le Rouge au Front :
[...] ... Un lundi matin, Mrs Lacey était plus en retard que d'habitude. Jamais elle n'avait été très ponctuelle, et les excuses ne lui manquaient pas : sa bicyclette avait crevé, Maureen [l'une de ses filles] n'allait pas bien, etc ... En l'attendant, Mrs Allen tria tout le linge à laver. Quand elle regarda l'heure à la pendule, elle se dit qu'il était beaucoup trop tard pour qu'elle vînt désormais. Depuis quelque temps déjà, Mrs Lacey avait l'air mal fichue, déprimée. Ses paupières, toujours chroniquement enflammées, paraissaient plus agressivement rouges que jamais, et, devant son évier ou sa planche à repasser, il lui arrivait de rester étrangement silencieuse, d'oublier des choses, de soupirer à tout propos. Elle avait toujours aimé parler du "changement", mais elle l'évoquait maintenant avec une sorte d'espérance éperdue.
- "Vous m'excuserez si je suis mal fichue", dit-elle à Mrs Allen le lendemain matin. "Je me sens encore bizarre. De ces brûlures d'estomac ... C'est pas bon signe, vous savez. J'ai envie que de manger des noix, exactement comme quand j'attendais Maureen. J'aime pas du tout ça, pas du tout. J'crois bien que je me jetterai à l'eau si ça recommence."
Mrs Allen, stupéfaite, était d'humeur combative.
- "Pas à votre âge, quand même !" lança-t-elle sans aménité.
- "Vous pouvez pas être plus surprise que moi," lança Mrs Lacey dans un rot sonore. "Oh ! pardon, je peux pas me retenir ..."
Incapable de se retenir, elle rotait et hoquetait toujours quand elle ouvrit les robinets et versa la poudre à récurer dans la bassine de la vaisselle. Cela décida Mrs Allen à sortir promener le chien. Elle se sentait irritée, hautaine, et, en traversant les champs, essaya de toutes ses forces de ne plus penser à Mrs Lacey et à ses ennuis. Mais sans succès. La pauvre malheureuse, se répétait-elle avec une animosité où entrait de l'amertume. ... [...]
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Par Woland, le 07/02/2012
Cher Edmund de
Elizabeth Taylor
Une Tare Héréditaire Peut-Etre :
Citation:
[...] ... A six heures tapantes, Mr Midwinter alla étancher sa soif, et proclamer tout le mal qu'il pensait du mariage de son fils, au Bar des Courses. L'air dépité, il raconta à ses copains qu'on avait osé leur servir du cordial à l'orange. Ils furent scandalisés.
- "Pauvre Geoff, comment qu'il va faire avec une belle-famille comme ça ?" fit la serveuse.
- "Ca ne lui fera ni chaud, ni froid. Il est bien le fils de son père, croyez-moi. Pas le genre à demander la permission s'il a envie de s'en jeter un."
Mrs Midwinter était restée toute seule. Son mari n'avait pas eu l'idée qu'elle pouvait se sentir vidée après une journée pareille. Elle n'avait rien osé dire elle-même, sachant très bien que le problème était insoluble. Pas question de l'emmener au cinéma puisque, depuis toujours, il allait au pub le samedi soir, et même si elle aurait aimé boire une bière avec lui, elle savait que c'était hors de question. Au Bar des Courses, il ne buvait jamais que dans la partie réservée aux hommes. "Tu ne voudrais quand même pas que j'aille boire avec des putes !" lui répétait-il. Cela ne lui laissait pas vraiment le choix. ...
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Hester Lilly de
Elizabeth Taylor
La première chose que Muriel ressentit fut un soulagement railleur. Le nom – Hester Lilly- lui avait évoqué une fragilité souffreteuse, préraphaélite. Associée à la jeunesse, une telle vulnérabilité peut, par son aspect attendrissant, représenter un danger pour n’importe quelle épouse.
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Hester Lilly de
Elizabeth Taylor
Elle traversa le vestibule en hâte et appuya sa joue contre celle de la jeune fille avec un murmure affectueux. L’illusion les enveloppa
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Par zazimuth, le 02/10/2010
Cher Edmund de
Elizabeth Taylor
Il ne parle d'abaondance que pour dissimuler sa répugnance à parler ; ses manières charmantes, sa constante courtoisie (...) semblent proclamer qu'il est très loin de vous, incapable d'aimer, d'être aimé, ou tout simplement de nouer avec les autres des relations qui ne soient pas de pure politesse et de courtoisie. (p.23)