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Par litolff, le 11/10/2010
La Chambre de
Françoise Chandernagor
Il vivra dix ans et trois mois. Mais toute vie achevée est une vie accomplie : de même qu'une goutte d'eau contient déjà l'océan, les vies minuscules, avec leur début si bref, leur infime zénith, leur fin rapide, n'ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter. L'enfant de la Tour est un vieillard parce qu'à son échelle il a tout vécu. Il ne lui reste ni illusions ni appétit. Sa mesure est comble.
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Par morin, le 14/05/2012
Les dames de Rome de
Françoise Chandernagor
Séléné a vu disparaître la digue de Baïès et la masse sombre du cap Misène. Aussi longtemps qu'elle a cru pouvoir deviner au loin la pointe de Baulès, elle est restée à l'arrière du navire. Puis elle est descendue dans l'entrepont.
De son passé, elle n'emporte que le gobelet de Césarion - en bois de Maurétanie-, la bague "Méthès", son vieux Pygmée, et une statue sans tête du pharaon Thoutmosis dont elle ne connaît même pas le nom;
Elle se répète les imprécations de Didon : "Lève-toi, inconnu né de mes os, mon vengeur !"
La vie est devant elle. Sur l'autre rive.
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Par morin, le 14/05/2012
Les dames de Rome de
Françoise Chandernagor
Ni accolade, ni baiser. Vers elle, vers son corps, il n'a pas eu le moindre geste d'homme, quoique, certainement, il éprouve à son égard beaucoup d'affection. Elle se dit qu'il trouve, non sans raison, qu'elle porte mal son nom -Cléopâtre-LUne, mais une "Cléopâtre" sans charmes et une "lune"voilée
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Par Reka, le 25/12/2008
La voyageuse de nuit de
Françoise Chandernagor
Maman, qu'est ce qui est le plus important? Les yeux fermés, le visage immobile, elle semblait ne pas avoir entendu ma question ; mais je croyais pouvoir anticiper sa réponse, elle allait me dire "la famille", "ce que l'on a bâti, transmis"... Elle se taisait ; j'insistai : "Hein? Qu'est ce qu'il y a de plus important dans la vie? - La vie..."
Le mot fut chuchoté - ses lèvres avaient à peine remué -, mais il me foudroya. Ce qu'il y a de plus important dans la vie, la vie? La vie tout court? Car elle ne m'avait pas dit "profiter des bons moments" ; ça, encore, j'aurais compris ! C'était "la vie", rien que la vie, la vie n'importe comment et à n'importe quel prix. Sa vie, donc, telle qu'elle était aujourd'hui, douleurs et morphine, suffocations, nausées, paralysie, dépendance, désintérêt, vide affectif. Une vie aveugle et muette, dont seule la souffrance lui permettait encore, par intermittence, de prendre conscience. Pire : si la vie n'avait d'autre objet que la poursuite de la vie, si l'on ne devait vivre que pour vivre, alors elle allait tout perdre !
Je restai pétrifiée devant l'ampleur de son malheur et la brutalité du désaveu qu'elle m'infligeait : j'avais toujours cru que la vie n'est pas une fin mais un moyen, que ma vie, la sienne, s'inscrivait dans une lignée et un projet, qu'elle s'ennoblissait de n'être que des passages s'ils menaient vers un monde moins laid. J'avais toujours cru que la vie d'un homme s'agrandissait du futur des autres. J'avais cru aussi que c'étaient ma mère et Micha qui me l'avaient appris... Sa phrase me niait, la niait, rideau ! (p. 130-131)
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Par Sallyrose, le 16/03/2012
L'allée du roi de
Françoise Chandernagor
...ce qu'il y a de bon à la prison c'est que, si l'on n'y fait point sa volonté, au moins l'on n'y fait pas celle d'autrui ; c'est toujours la moitié de gagné. Votre mère me donne trop souvent à regretter mon cachot.
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La Chambre de
Françoise Chandernagor
La bêtise "au commencement", la paresse, la négligence ? Le jaune, le beige, le fadasse ? Allons donc ! Le rouge oui. Le sang. Au commencement était le sang. La haine. La violence, la guerre, le crime ; puis la revanche de la défaite, le châtiment de l'assassinat ; et la revanche de la revanche, le châtiment du châtiment...
Tuer était bon, les hommes s'aperçurent que c'était bon - agréable, facile : il n'y fallait que du sentiment... Tous les lieux, tous les outils faisaient l'affaire ; quant aux prétextes, on n'en manquait jamais : race, religion, parti, nation, autre. Les hommes savaient pourquoi ils tuaient ; ils comprenaient aussi, même quand ils le regrettaient, pourquoi ils mouraient : chacun était l'autre d'un autre.
Mais leurs enfants, qu'est-ce qu'ils comprenaient les enfants ? Des enfants qui ignoraient jusqu'à leur nom, et ne distinguaient pas leur corps du corps qui les avait portés, et ne séparaient pas encore le dedans du dehors, et ne démêlaient pas l'amour de soi de l'amour du prochain, et se fondaient dans l'univers comme un sucre fond dans l'eau, les enfants ne comprenaient rien. Ils ouvraient des yeux étonnés. De grands yeux d'ombre. Fixaient le ciel, ou les murs. Fuyaient dans le ciel, rentraient dans le mur. Et c'était le ciel qu'on fusillait, le mur qu'on étranglait.
Ainsi périrait un jour la chambre fermée. Lentement, très lentement, elle disparaîtrait au fond des yeux d'un enfant. Lentement, avec l'enfant étouffé, la chambre asphyxiée.
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Par torezu, le 24/10/2010
L'allée du roi de
Françoise Chandernagor
Les « bleues » me font sainte, et mes ennemis Carabosse, mais tous s’accordent à me vouloir une quand, au vrai, je fus plusieurs. Francine, Bignette, « la belle indienne », Madame Scarron, Lyrianne, la marquise de Maintenon, l’épouse du roi… J’ai porté bien des noms en ce monde et revêtu bien des visages; je suis une multitude, je suis une femme qui a vécu quatre-vingt-quatre années.
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L'allée du roi de
Françoise Chandernagor
J'ai eu froid toute ma vie. Il est des enfants qu'on voue à la Vierge ou à quelque saint au jour de leur naissance ; on m'a vouée au froid un jour de novembre dans une cellule sans feu de la prison de Niort, et ce patron là ne m'a plus quittée. Il m'a suivie à Mursay dans cette petite chambre qu'on ne chauffait jamais pour que je ne prisse pas goût à des douceurs au-dessus de ma condition ; il m'a rattrapée à La Rochelle, en cet automne pluvieux que j'allais pieds nus dans les rues pour avoir du pain ; il m'a enveloppée un soir d'hiver comme on portait en terre le cercueil de mon frère ; il m'a séduite à Paris quand, chaussée de souliers percés, je m'essayais à tenir le haut du pavé sans glisser ; il m'a épousée à Versailles tandis que le vent s'engouffrait par les fenêtres grandes ouvertes de ma chambre.
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Par torezu, le 24/10/2010
L'allée du roi de
Françoise Chandernagor
« je ne me soucie que de vous plaire »: deux mois plus tôt, c’était à madame de Montespan qu’il disait la même chose en lui offrant mon renvoi; après cela faîtes fond, s’il vous plaît sur la constance des hommes.
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Par Sallyrose, le 14/03/2012
L'allée du roi de
Françoise Chandernagor
...tout au plus puis-je lui reconnaître qu'il agit en père juste, répartissant également entre ses enfants une indifférence dont mes deux frères prirent largement leur part.