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> Françoise d'Aubigné Maintenon (Antécédent bibliographique)

ISBN : 2260002609
Éditeur : Julliard (1993)


Note moyenne : 4.03/5 (sur 314 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
De sa naissance dans une prison de Niort à sa mort dans le doux asile de Saint-Cyr, de l'obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d'un poète infirme et libertin à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lencl... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Zebra, le 10 juin 2013

    Zebra
    Grand classique du roman historique, « L’allée du Roi » est une biographie romancée de l’histoire personnelle de Mme de Maintenon. Publié en 1981, cet ouvrage de Françoise Chandernagor vous plonge au cœur de la Cour du Roi Soleil : faste, plaisirs, coutumes, traits d’esprit, indiscrétions, rivalités, jeux, misères, complots, drames et guerres se succèdent au fil des pages et des années. L’auteure a pris le parti d’entrer dans la peau de Mme de Maintenon, l'une des femmes les plus célèbres du XVIIe siècle. Courageuse, persévérante et dotée d’un incroyable instinct de survie politique, cette femme qui sut ravir le cœur de Louis XIV, imposer sa présence et son style si particulier à la Cour, prend donc sa plume et raconte, au soir de sa vie, ce que fut son existence pendant quarante ans, avant d’être Reine de France, puis aux côtés du Roi. Au moment où elle écrit, Mme de Maintenon, Reine de France, a 77 ans. Elle se raconte avec sensibilité et beaucoup de naturel, écrivant ses mémoires dans le style littéraire ampoulé de l'époque, ce qui accentue l'authenticité du récit. Avec « L’allée du Roi », Françoise Chandernagor vous fait également entrer dans le contexte politique, religieux et social de l'époque. L'ouvrage est dense (631 pages) et sa lecture reste agréable, malgré quelques longueurs, car ce texte -qui est le résultat d’un incroyable travail de recherche - nous fait partager l’intimité d’une Mme de Maintenon bien vivante, évoluant dans un cadre historique fidèlement restitué.
    Jugez-en plutôt ! Les moniales glissaient dans les couloirs du couvent avec leurs longues robes d’étamine (page 18). Les bonnes sœurs préféraient les gredines qui payaient bien aux belles âmes qu’il fallait sauver gratis (page 70). Épuisé de misères et de pillages, le peuple vivait de racines et se livrait parfois à ces actes d’anthropophagie (page 91). Un habitant sur deux ne survivait plus que par l’aumône des pains d’avoine (page 22) et de seigle (page 23). La famille ne survivait que par les distributions de « blé du Roi », lesquelles ne se faisaient que certains jours au Louvre (page 180). On trouvait dans le royaume quantité de nobles sans le sou (page 431). Des veuves d’officiers morts pour le Roi restaient sans pistole pour nourrir leurs enfants (page 431). Deux souliers coutaient le prix d’un mouton (page 31). Dans les campagnes, les paysans étaient ruinés par la guerre et l’impôt (page 489) ; le défaut d’instruction des gens était patent, eux qui ne savaient ni A ni B et qui n’entendaient souvent rien à leur catéchisme (page 323). A la Cour du Roi, les jeux de l’enfance abondaient : cligne-musette, colin-maillard, la mouche, les barres, les quilles, les osselets et les jonchets (page 63). Les portraits étaient le genre à la mode (page 101) et pour « tenir salon », il convenait de rassembler des gens d’épée et de robe, aussi bien que des hommes de plume (page 103). Il y avait une certaine distance entre les marquises et les duchesses (page 195) mais le commérage faisait l’essentiel des conversations (page 302). Lors des fêtes galantes, souvent assorties de loteries (page 464), les courtisanes avançaient le visage masqué de velours noir pour éviter le hâle et pour ne pas être reconnues (page 109). Il se faisait un usage immodéré des liqueurs, même chez les duchesses de quinze ans (page 385). Un regard, un mot du Roi, un sourire fournissaient la conversation pour la semaine, voire le mois (page 264). Le Roi avait une vive passion pour la musique et jouait de la guitare comme un maitre (page 275). Le protocole du Roi s’imposait à toutes et à tous (page 288). Une dame de qualité se devait d’avoir un directeur (de conscience) et un cocher (page 214). Les bâtiments de certains châteaux étaient une véritable horreur (page 265). En fait de déplacements en carrosse, la poussière dévorait tout ce qui se trouvait à l’intérieur (page 252). Il y avait des poursuites contre les faux nobles (page 205) et l’homosexualité était punie du bucher (page 128). Dans l’appartement de la Reine, l’odeur de l’ail le disputait au parfum du chocolat (page 318). Manger des petits pois, voilà quelque chose qui fut à la mode (page 530). Mme de Montespan buvait des pintes de vinaigre pour se faire maigrir (page 300) : pas dévote, pas bonne, capricieuse, extravagante et débauchée (page 317), elle réclama l’absolution, ce que lui refusa l’Église (page 322). Le Roi finit par règlementer la vente des poisons (page 394) et entreprit des persécutions contre les huguenots, les obligeant à se convertir par milliers (page 400). Le Roi avait fondé une Caisse des Conversions qui donnait de l’argent à chaque nouveau converti (page 447). En 1708, la glace prit les fleuves et la mer, puis se fut la disette : le pain vint cruellement à manquer (page 569). Le Roi Soleil portait (pourtant) un habit d’étoffe or et noir, brodé de douze millions cinq cent mille livres de diamants. Joli contraste, ne trouvez-vous pas ?
    Mais l’ouvrage donne également l’occasion d’entrer dans la personnalité de Mme de Maintenon. Elle a grandi dans la ferme de Mursay, parlant le poitevin, sa langue maternelle (page 27). Sa mère avait un esprit solide, une obstination surprenante et un courage peu commun (page 36). Mme de Maintenon affectionnait l’écriture et adorait les enfants qui venaient la voir, comme une souris grise qui aurait pénétré dans sa chambre (page 18). Elle regrettait que son père ait condamné sa mère à la ruine et qu’elle ait du se mettre à l’aumône dans un couvent (page 39). Sa tante était une sainte fée : elle retrouvait en elle le gout de vivre et la force d’aimer (page 63). A seize ans, Mme de Maintenon avait déjà le souci de sa gloire et de sa réputation (page 83). Elle était fière d’être demoiselle (page 38). Elle recevait trois ou quatre fois la semaine le petit abbé de Boisrobert (lequel venait avec un ou deux petits laquais qui le servaient en tout et lui servaient de tout !). Triste et farouche dans la solitude, elle devenait enjouée et bavarde dès qu’elle était en compagnie (page 101). Ses œillades et ses charmes faisaient dans le Marais plus de blessés que toutes les campagnes de Flandre (page 110). Elle était une aguicheuse et fière de l’être (page 120) mais ce n’était que coquetterie sans suites (page 128). Être aimée du monde lui était devenu une seconde nature (page 141) mais elle voulait également de l’honneur et de la gloire (page 142). Les images pieuses et les reliques étaient à ses yeux un reste de calvinisme propre à séduire les païens (page 168). La politique n’était pas son fort (page 451) parce qu’elle ne goutait pas ce qui était périlleux (page 186), et parce qu’elle avait avant tout un fort besoin d’être aimée et louangée (page 208). A la Cour, elle comprit que le secret de la conversation c’était de paraitre écouter l’autre avec plaisir, les gens étant unis par une longue complicité d’habitudes et de services rendus (page 380). Vers la fin de sa vie, devenue bigote, Mme de Maintenon, la Reine, voit son existence personnelle mise en danger à cause d’une sombre affaire de « quiétisme » : heureusement, le Roi intervient et le quiétisme est balayé (page 513). Vieillissant, le Roi n’est plus à ses yeux qu’un tyran (page 593) et elle rame pour amuser un homme envers lequel elle n’éprouve plus que du désamour. Le Roi s’éteint et meurt. Mme de Maintenon s’efface et entre dans l’Histoire.
    Au final, un magnifique travail d’historienne et un vrai tour de force littéraire ! Le lecteur y trouvera son compte : il s'instruira sur la vie de Mme de Maintenon comme sur le contexte dans lequel elle évoluait et il pourra apprécier les qualités d'écriture de l'auteure. Françoise Chandernagor a fait un superbe travail d’enquêteur ; elle a fait un travail complet sur les faits, cherché à connaitre et à nous faire partager « le dessous des cartes » ; elle a comblé les « blancs » de l’Histoire en les reconstituant avec le souci d’une certaine objectivité et elle a fait l’effort d’écrire dans le style « Grand Siècle », accentuant ainsi l'authenticité du récit.
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    • Livres 3.00/5
    Par boudicca, le 14 septembre 2012

    boudicca
    Inutile aujourd'hui de présenter « L'allée du roi » tant l'ouvrage de Françoise Chandernagor s'est imposé depuis quelques années parmi les romans historiques comme un véritable classique du genre. L'auteur nous propose une plongée au cœur de la cour du roi soleil, son faste, ses plaisirs, ses jeux et ses drames, le tout à travers le parcours de l'une des femmes les plus célèbres du XVIIe siècle, Mme de Maintenon. de sa présentation à la cour, à son rôle auprès des enfants du roi, en passant par la passion grandissante entre la jeune femme et le souverain, son mariage secret avec celui-ci, son influence à la cour..., F. Chandernagor nous raconte par le menu ce que fut la vie de cette femme qui sut ravir le cœur de Louis XIV et imposer sa présence et un style très particulier à la cour.
    Outre ce parcours atypique et fascinant, ce roman est l'occasion pour le lecteur de découvrir un aperçu de la vie de la cour française du XVIIe siècle et du contexte politique et religieux de l'époque. L'ouvrage fourmille ainsi d'informations et de détails sans que la lecture ne soit pour autant rébarbative ou indigeste (et ce malgré un nombre de pages plus que conséquent). Un mot enfin sur le personnage de Mme de Maintenon qui, à défaut d'être véritablement attachante en raison de son austérité et sa trop grande piété, n'en suscite pas moins l'intérêt, voire parfois l'admiration, du lecteur. Un excellent roman donc, et surtout un magnifique portrait de femme. A noter que cette œuvre a fait l'objet d'une adaptation télévisuelle en 1995 avec Dominique Blanc dans le rôle titre.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ode, le 04 novembre 2012

    Ode
    « Francine, Bignette, "la belle Indienne", Madame Scarron, Lyriane, la marquise de Maintenon, l'épouse du Roi... J'ai porté bien des noms en ce monde et revêtu bien des visages ; je suis une multitude, je suis une femme qui a vécu quatre-vingt-quatre années. Dieu jugera si, dans sa diversité, cette femme-là fut vraie. »
    Est-ce grâce à leur prénom commun que Françoise Chandernagor s'est glissée avec autant de naturel dans la peau de Madame de Maintenon pour écrire ces brillantes mémoires, dans le style de l'époque ? Fondée sur un incroyable travail de recherche, cette remarquable biographie romancée, publiée en 1981, a depuis été rendue célèbre par son adaptation télévisée avec Dominique Blanc.
    Ce qui est frappant dans l'ascension de Françoise d'Aubigné, née en 1635 dans une prison de Niort, c'est qu'elle semble s'être déroulée presque malgré elle. Quand d'autres intriguaient à tout va, elle qui connut la pauvreté dans son enfance resta fidèle à ses convictions, conservant piété et modestie, ainsi qu'une bonté d'âme qui lui permit de s'ouvrir aux milieux les plus divers.

    Ainsi parvint-telle à s'accommoder de bien des situations, même les plus pénibles, comme son terrible mariage, à seize ans, avec le vieux Scarron, poète infirme. Pendant cette union qui dura huit ans, elle reçut dans son salon les esprits les plus influents de son temps et se fit remarquer pour son charme et son intelligence, ce qui la lança dans le monde. Au fil de diverses rencontres, elle se lia avec la marquise de Montespan, jusqu'à devenir la gouvernante des bâtards royaux. Son dévouement envers les enfants la rapprocha du roi, lui si extravagant et séducteur, elle si raisonnable et dévote. Leurs entretiens quotidiens se transformèrent en un attachement sincère et durable, si bien qu'il l'épousa en secret en 1683, peu après la mort de la reine Marie-Thérèse.
    Après plus de trente ans dans les fastes de Versailles - qu'à l'entendre, elle goûta bien peu - le décès de Louis XIV, en 1715, lui permit de se retirer définitivement auprès de "ses" petites filles, dans l'institution de Saint Cyr qu'elle avait créée pour leur éducation.
    Ce portrait de Madame de Maintenon est si précis, si vivant, que je serais à peine surprise de la croiser, un dimanche, au détour d'une allée des jardins de Versailles... Cette fameuse Allée du Roi, aussi fréquentée de nos jours qu'au temps de sa splendeur, par une foule encore plus bigarrée que celle des courtisans.
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  • Par kuroineko, le 21 novembre 2012

    kuroineko
    Sous la plume de Françoise Chandernagor prend vie celle qui fut la seconde épouse, morganatique, du Roi Soleil.
    On suit avec grand intérêt les tours et détours de Françoise, née d'Aubigné, depuis la prison de Niort où elle voit le jour en 1635, jusqu'à sa réclusion à Saint-Cyr, comme Marquise de Maintenon. Descendante d'une famille huguenote, elle influencera pourtant Louis XIV dans sa révocation de l'Edit de Nantes qui avait mis fin aux guerres de religion qui ont déchiré protestants et catholiques au XVIème siècle.
    L'auteur s'est appuyée pour rédiger son roman sur la volumineuse correspondance de son héroïne. Elle nous offre ainsi un magnifique portrait de femme à la vie romanesque.
    L'autre grande qualité de cette biographie romancée tient dans son cadre historique. En effet, à-travers les péripéties de Françoise, c'est tout le Grand Siècle qui jaillit sous nos yeux, avec ses fastes, ses misères, ses guerres, ses esprits...
    En sa compagnie, on apprend les us et coutumes de la cour à Versailles, tout comme les rivalités y régnant. L'histoire tourne beaucoup d'ailleurs autour de la dualité entre Mme de Maintenon et la plus célèbre des favorites, Mme de Montespan.
    Ce roman permet de se plonger dans une époque palpitante. On côtoie grands événements et indiscrétions, sombres complots et émerveillement devant les spectacles versaillais. le tout servi par une belle écriture.
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    • Livres 4.00/5
    Par dedanso, le 07 avril 2014

    dedanso
    Comme souvent, c'est le film qui m'a donné envie de lire le livre. Et, comme souvent dans ces cas-là, celui-ci est encore meilleur que celui-là!
    Je ne présenterais pas le livre, d'autres l'ont déjà très bien fait. Je me contente donc d'en livrer mon ressenti.
    Moi qui aime beaucoup lire sur la période du Roi-Soleil, mon "chouchou", je suis comblée par cette lecture! le livre peut faire peur avec ses quelques 600 pages d'une écriture travaillée et dans un style désuet (puisque c'est Mme de Maintenon qui est censée rédiger son mémoire).
    Que nenni!! Sa vie est tellement trépidante que l'on se laisse porter par le récit de son ascension à la cour de Louis XIV!! Il y a tellement de rebondissements; on peut se croire dans une romance, parfois un thriller, un livre historique et même politique, bref, le mélange des genres n'est pas pour rien dans l'attrait qu'exerce ce livre passionnant.
    A la fin de ma lecture, je n'en revenais toujours pas de ce que cette femme avait vécue en presque 90 ans!
    Cette biographie romancée n'est toutefois pas à mettre entre toutes les mains : il faut avoir un goût certain pour L Histoire et l'écriture travaillée de Françoise Chandernagor pourrait être un frein pour des lecteurs peu avertis.
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Citations et extraits

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  • Par dedanso, le 07 avril 2014

    Un jour, j'apprenais que les maîtresses avaient ôté aux petites filles les dés que je leur avais donnés, avec d'autres jeux, pour leur récréation et la raison en était, me disait-on, que les dés avaient joué un rôle dans la Passion de Notre-Seigneur. Je convoquai aussitôt mon chapitre : "Fort bien, Mesdames, leur dis-je, je pense que vous ne vous arrêterez pas en si bon chemin et que, dès demain, vous ôterez les clous de toutes vos portes et les épines de vos rosiers. Car, si je ne m'abuse, ces choses aussi ont servi à la Passion de Jésus-Christ!".
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  • Par dedanso, le 07 avril 2014

    A Vaugirard, je repris ma vie de recluse. Je n'avais commerce avec aucun mortel, hors Monsieur de Louvois, et je n'écrivais de lettres à personne, excepté mon frère. Dans cette demeure magnifique et cachée, les jours ressemblaient aux jours mais j'avais trop à faire pour m'ennuyer. Mon bonheur eût été parfait sans l'infirmité de mon petit prince : j'avais des livres, des arbres et des enfants; il ne m'en jamais fallu davantage pour louer Dieu de sa création et faire monter à mes lèvres des chants d'allégresse.
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  • Par Zebra, le 02 juin 2013

    page 265
    [...] Je ne rencontrais point non plus de divertissement à mon ennui dans le charme des lieux : j'avais le château de Saint-Germain en horreur. Non point les entours et l'emplacement, qui offrent des merveilles à la vue, mais les bâtiments me déplaisaient. L'architecture en est sans grâce, la brique de médiocre apparence, la cour du château-vieux parfaitement laide, et les intérieurs des deux palais les plus incommodes du monde.
    Les fêtes brillantes qu'on y donnait sans cesse pour amuser le courtisan, les bals, les opéras, les feux d'artifice, les comédies ne pouvaient masquer ce que l'endroit avait de dégoutant, une fois les lumières éteintes : on ne pénétrait dans la grande cours qu'en défilant entre les échoppes et les éventaires où les "officiers du serdeau" vendaient à leur profit les restes de "la Bouche du Roi"; pour parvenir aux magnifiques appartements d'apparat du monarque et des princes, il fallait d'abord fendre la foule des courtisans démunis et du menu peuple qui se pressaient autour de ces baraques branlantes, affronter les odeurs de graillon, et piétiner allègrement os de poulets, reliefs d'ortolans, et quignons de pain; cela fait, on avait le plaisir de monter encore quelque sombre escalier bien puant du soulagement qu'y prenaient les chiens et les gentilshommes, de traverser des paliers couverts d'ordures et des antichambres où régnait le "parfum" lourd des garde-robes et des privés. [...] Si l'on avait ensuite le bonheur d'échapper aux coupe-bourses et aux tire-laine, qui patrouillaient en liberté dans les salons, et qu'on n'avait laissé dans l'aventure ni les perles de son collier ni les franges et les dentelles de sa robe, on pouvait espérer de se retirer enfin dans un appartement, qui n'était d'ordinaire que d'une seule chambre, sans air, sans vue, et sans feu.
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  • Par Zebra, le 25 mai 2013

    page 100
    [...] La galerie serait incomplète, enfin, sans les portraits de Potel-Romain et de Raincy, qui pensaient sacrifier aux plaisirs de l'élégance et de la beauté. Potel-Romain était un poètereau noir et gros, la bouche enfoncée et les yeux de travers; il venait, lorsque je le connus, de quitter la perruque et, n'ayant point trop de cheveux de son cru, croyant élégant d'y mêler trois ou quatre moustaches postiches de chaque côté afin de s'étoffer; avec cela, tout hérissé de galants rouges, jaunes et bleus, la rhingrave trop courte, et le genou cagneux enserré dans deux rotondes de dentelles dont le tour aurait passé celui de la Table Ronde. Quant à Raincy, c'était un muguet issu de la finance, qui ruisselait d'écus et de parfums, d'or et de pierreries. Il avait toujours sur lui tant de brocarts et de rubans qu'on eût dit d'une châsse à la Fête-Dieu. Il est vrai qu'il était assez fou pour donner parfois dans un genre plus dépouillé : certaines nuits, il se glissait nu sous un drap; il allait, ainsi vêtu, aux abords de la Place Royale, et dévoilait aux dames attardées l'excès de ses appâts, pour leur faire peur ou pour leur faire envie. [...]
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  • Par Ode, le 05 novembre 2012

    Le Roi hésita un moment sur la déclaration de ce mariage. Je vis bien qu'il la craignait ; cependant, il me l'offrit. Je lui représentai alors qu'il ne fallait pas qu'il fît pour moi une chose si au-dessus de moi, et qu'il ne faisait que trop déjà en m'épousant ; qu'enfin, il valait mieux, de tout point, garder ce mariage secret. Il se rendit fort aisément à mes raisons.
    Il m'avait fallu paraître mariée avec Monsieur Scarron quand je ne l'étais guère ; maintenant que je serais bien mariée, il me faudrait jouer les veuves. C'était mon sort apparemment que de ne pouvoir être mariée à la façon commune.
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La chronique de Gérard Collard - Prix Goncourt
Pour cette rentrée littéraire, notre chroniqueur-libraire Gérard Collard réagit à l'annonce de la première sélection de livres susceptibles de remporter le Prix Goncourt 2011. Pour information le jury de l'académie Goncourt est composé d'Edmonde Charles-Roux, Jorge Semprun, Régis Debray, Françoise Mallet-Joris, Robert Sabatier, Patrick Rambaud, Bernard Pivot, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Didier Decoin. Voici leur sélection : rom@ de Stéphane Audeguy aux éditions Gallimard Limonov d'Emmanuel Carrère aux éditions POL Retour à Killybegs de Sorj Chalandon aux éditions Grasset Dans un avion pour Caracas de Charles Dantzig aux éditions Grasset Les Souvenirs de David Foenkinos aux éditions Gallimard L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni aux éditions Gallimard Jayne Mansfield 1967 de Simon Libérati aux éditions Grasset Un sujet français d'Ali Magoudi aux éditions Albin Michel Du Domaine des Murmures de Carole Martinez aux éditions Gallimard Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé aux éditions L'Olivier Le système Victoria d'Eric Reinhardt aux éditions Stock Monsieur le commandant de Romain Slocombe aux éditions Nil Tout, Tout de Suite de Morgan Sportès aux éditions Fayard La belle amour humaine de Lyonel Trouillot aux éditions Actes Sud Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan aux éditions JC Lattès











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