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Par Leterrier, le 08/05/2010
Trois coussins jaunes de
Georges-André Quiniou
"Elle était comment ta poupée, avait demandé le monsieur en lui prenant la main ; c'était une belle poupée ?"
Agathe avait hoché la tête à plusieurs reprises, reniflant par à-coups.
"Mais elle était comment ? avait repris le monsieur.
- En chiffon, avait fait Agathe qui avait maintenant cessé de pleurer ; en chiffon avec des cheveux rouges, enfin roux, quoi ; et puis tu sais elle a une robe bleue avec des fleurs blanches jusqu'aux pieds ; elle a une autre robe aussi, pour l'hiver, c'est du velours marron avec de la dentelle ; celle-là c'est maman qui l'a faite ; et puis...
- Elle est grande ? l'avait interrompue le monsieur.
- Elle a trois ans, avait dit Agathe ; c'est déjà grand pour une poupée."
L'homme avait souri ; il s'était relevé pour s'asseoir près d'elle ; il avait posé sur le banc sa mallette de cuir noir et elles s'étaient poussées un peu toutes les deux, Cécile et elle, pour lui faire de la place. Elle était toute prête maintenant à bavarder.
"Ce n'est pas son âge que je te demande, avait repris le monsieur - et quand il avait commencé à parler le sourire était parti de ses lèvres mais on voyait bien qu'il était resté dans ses yeux -, je te demande si elle est grande : est-ce que c'est une grande ou une petite poupée ?
Agathe avait tendu sa main à la hauteur du siège sans une hésitation :
- Comme ça ; elle arrive juste là... Nunuche est un peu plus grande ; mais ça veut rien dire la grandeur des poupées, y'en a même des toutes petites, j'ai une copine à l'école...
- Bon, écoute, avait dit le monsieur, on va la chercher ensemble tous les trois; elle n'est sûrement pas très loin ; ça ne se sauve pas les poupées.
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Par Leterrier, le 07/05/2010
Le Paradise de
Georges-André Quiniou
C'est ce soir-là que j'ai rencontré Cynthia; donc le mardi 20 mars. J'ai déjà expliqué pourquoi je me souviens aussi précisément de cette date. Elle était habillée en lapin mais, sur le coup, je n'ai trouvé là rien d'étrange. D'ailleurs il n'y avait pas de confusion possible, il ne s'agissait que d'une vague évocation de lapin : au sommet d'un bonnet de fourrure synthétique rose, à poils ras - une sorte de passe-montagne plutôt -, oscillaient assez gentiment à chacun de ses mouvements deux lamentables oreilles de peluche grise, à l'intérieur blanc (dont l'une, intentionnellement cassée, était probablement censée faire encore plus "lapin"); une grosse houpette de fourrure, blanche elle aussi, mystérieusement fixée au bas des reins, rappelait la petite couette qui caractérise ces animaux-là, surtout dans les dessins animés. Mais les attributs la rattachant à la famille des léporidés se limitaient à cela car pour le reste (les incisives proéminentes sous un museau fendu en bec de lièvre, ces globes inexpressifs des yeux disposés chez les lapins de chaque côté de la tête), cela n'avait rien à voir : sa parfaite denture que révélait son sourire de commande, l'éclat enjoué de son regard étaient bien ceux d'une jeune femme tout à fait normale; et même un peu au-dessus de la normale, ajouterai-je.
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Par Leterrier, le 11/05/2010
Rendez-vous Place de la Victoire de
Georges-André Quiniou
Il s'est tu, et le silence a duré jusqu'à ce qu'il fasse mine de se lever en posant les mains sur ses cuisses :
« Eh bien voilà ! Tu sais tout... Ça en valait la peine, non ?
- Cette fille-là est une garce », ai-je fait sans réfléchir.
Ça l'a fait bondir :
« Ah, non ! Je ne veux pas qu'on pense ça ! Tout ce que tu voudras sauf une garce !
- Je ne te comprends pas, Philippe.
- Moi non plus », a-t-il répliqué durement.
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Par Leterrier, le 28/05/2013
Palace-Hôtel de
Georges-André Quiniou
« J’ai aussi reçu un autre coup de téléphone : d’Alfred... Vous saviez que Rémy Dorval avait été retrouvé sur la voie hier après-midi, entre Reims et Rethel ? Mort, bien entendu. »
Atterré, Jacques comprend que l’histoire qu’il allait raconter à Patrick a bien peu de chances de passer, même avec l’appui de Flora. D’ailleurs Flora continuera-t-elle à le soutenir quand elle aura appris la nouvelle ? Sentir que son désarroi lui donne l’air coupable, quoiqu’il puisse dire, ne fait qu’augmenter sa confusion et le rendre davantage suspect. Il faut dire la vérité, tout de suite ; il a les moyens de la prouver : l’enterrement de la tante Berthe, le curé, on peut aisément vérifier. Mais sous le coup de la révélation il murmure, incrédule :
« Un accident ? »
Patrick ne rit pas.
« Je ne connaissais pas Dorval, mais si j’en crois Alfred il n’était pas du genre à sauter tout seul d’un train en pleine vitesse. »
Jacques entrevoit la seule chance qu’il a de s’en sortir.
« Les deux types de la gare ?
— Peut-être... Vous les aviez repérés, non ?
— Je ne les ai jamais vus, je vous assure, c’est un malentendu. Je vous ai peut-être laissé croire... »
Mais Patrick ne lui permet pas d’achever.
« Qui êtes-vous ? »
Il ne le quitte pas des yeux et Jacques n’aperçoit pas tout de suite le petit automatique nickelé de la veille qu’il tient braqué sur lui. Il voudrait lever les mains comme on le voit dans les films, mais cela c’est justement dans les films et lui reste paralysé, les bras ballants le long du corps.
« Je m’appelle Jacques Dorival, parvient-il à articuler d’une voix ferme, mais je n’ai rien à voir dans tout cela. Je suis architecte.
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Par Leterrier, le 13/05/2010
LE REFUS de
Georges-André Quiniou
- Écoute, Michel, on s'en fiche des autres. Je te demande de venir pour moi, uniquement pour moi, tu peux bien faire ça ?
- Plus maintenant, ai-je dit.
- Alors laisse-moi au moins venir chez toi... t'expliquer...
- Non, ça ne servirait plus à rien.
Elle a attendu quelques secondes avant d'accepter mon verdict et a repris de sa voix normale, sans plus se soucier que les autres puissent l’entendre :
- Bon ; j'ai compris, tu sais. Je crois qu'on n'a plus rien à se dire...
Je ne sais pourquoi je lui ai soudain demandé de ne pas raccrocher tout de suite, pas avant que la chanson ne soit terminée. Elle n'a rien répondu mais j'ai entendu les bruits du bar et la voix de Piaf jusqu'à la fin, mêlés au souffle trop rapide de Sophie dans le microphone. "... Aujourd'huiii... ça commence avec toi !!!..." Je me suis figuré qu'elle pleurait, bien que rien ne m'ait permis de l'affirmer avec certitude. Après que se soient éteints les derniers flonflons de la chanson elle a simplement murmuré :
- Voilà, c'est fini...
Puis elle a raccroché.
J'ai raccroché à mon tour et je suis redescendu au jardin. Le soleil n'avait pas beaucoup baissé et la chaleur était toujours aussi étouffante.
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Par Leterrier, le 17/10/2010
Yasmina de
Georges-André Quiniou
L'idée lui était venue comme cela, sans réfléchir : "Je voudrais être roi, alors. Ouais, un roi comme ceux qu'on voit dans les magazines, tu sais Jour de France ou Point de vue, t'as jamais lu ça ? Des types qui passent leur temps dans les réceptions ou sur des yachts, avec plein de belles filles en robes longues, diamants et tout. Ils en fichent pas une rame et au moins ils ne sont pas comme nous dans la merde."
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Par Leterrier, le 07/05/2010
Lagadu de
Georges-André Quiniou
Lagadu - c'était le nom du lutin - n'avait pas remarqué l'irréversible transformation du bourg, même si, de temps à autre, il s'étonnait de la foule estivale toujours plus dense sur la grande plage et de la construction çà et là d'une maison nouvelle. Il se demandait bien parfois ce qui pouvait amener tous ces gens sur le sable et dans l'eau, d'autant plus que - vous le savez sans doute - les lutins ignorent le plaisir de la baignade, trouvant leur pleine satisfaction dans la contemplation de la mer et une jouissance affinée de l'air salin des grèves. Il se posait quelques vagues questions, mais n'étant pas, comme vous, naturellement porté aux spéculations économiques et sociales, n'avait jamais pris conscience des phénomènes de migration saisonnière, de congés payés ou de prolifération des résidences secondaires.
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