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Nous, les héros : Version sans le père de
Jean-Luc Lagarce
Demain, nous fuirons, mais ce soir encore, nous faisons semblant puisque nous ne savons rien faire d'autre.
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Ebauche d'un portrait de
Jean-Luc Lagarce
au bord des larmes, nous y sommes perdus – on ne sait plus comment se débattre, on voudrait s'enfuir de sa propre vie, on donne des coups de téléphone désordonnés, on cherche à obtenir des nouvelles de celui-là qu'on aime et qu'on voudrait, juste, rien que cela, juste savoir vivant ; on appelle son propre numéro, on cherche partout et c'est votre propre voix – bêtement et calmement – un autre jour – enregistrée, qui vous répond.
On pleure.
Et on se console et on tente de se rassurer, de se caresser la nuque puisque personne ne le fera pour vous.
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Juste la fin du monde de
Jean-Luc Lagarce
Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu'ils veulent entendre, mais souvent, tu ne sais pas, je me taisais pour donner l'exemple.
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Par brigetoun, le 20/08/2011
Derniers remords avant l'oubli de
Jean-Luc Lagarce
Hélène : Je mentais.
Je mentais, peut-être ai-je toujours menti, je ne sais pas, c'est possible. Peut-être ce n'est pas très agréable à entendre, mais lorsque je vous revis, là, aujourd'hui, peut-être ai-je compris ça, au moins ça : je mentais tout le temps, tellement.
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Par Trissotin, le 20/04/2012
Trois recits : l'apprentissage - le bain - le voyage a la haye de
Jean-Luc Lagarce
On photographie mon buste, on me tient debout car je ne peux le faire tout seul, avec des sangles, on m’immobilise et on photographie mon buste contre une plaque de métal glacée et noire. On me parle fort en articulant les mots, très fort, comme ils le font tous, comme on le fait aux sourds, aux imbéciles et aux vieux, devenus vieux sans qu’on le sache. On parle de moi à la troisième personne, on dit « il » en me parlant à moi-même et on dit ce que je fais lorsque je le fais.
« Il se met contre la plaque noire »
Et je me mets contre la plaque noire.
« Il ne bouge plus »
Et je ne bouge plus.
[L'Apprentissage]
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Par brigetoun, le 20/08/2011
Derniers remords avant l'oubli de
Jean-Luc Lagarce
Pierre : ... Ce n"était pas prévu, cela n'était pas prévu, et je n'ai rien préparé ; et aussi, il faut que vous entendiez cela, aussi, oui, je n'ai rien à dire, pas maintenant, aussitôt, pas aussitôt. Cela ne va pas commencer.
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Par brigetoun, le 20/08/2011
Derniers remords avant l'oubli de
Jean-Luc Lagarce
Lise : Ils ont un peu tout fait ; ils sont assez représentatifs, famille de la bourgeoisie naissante provinciale et commerçante, Poitiers, Dijon, Rouen, le triangle terrible, études larvaires, revendications diverses postadolescentes, montée vers la capitale, tentatives artistiques; littérature allemande et cinéma quart-monde, revendications diverses préadultes, fuite de la capitale, descente, l'air pur, "la vraie vie", alternatives animales, mauve et rose tyrien, le bonheur, le paradis, cette maison-ci, puis éclatement encore..
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Ebauche d'un portrait de
Jean-Luc Lagarce
Ce pays qui ne semblait qu'à un doigt de sombrer dans la xénophobie la plus triviale trouve là la nourriture qu'il aime : chacun voit désormais dans l'Arabe ou le simple basané portant un sac en papier un terroriste assassin, ivre de sang.
Ce n'est pas tant la peur de mourir écrasé sous les décombres d'un supermarché qui serre la gorge, c'est bien plutôt le sentiment de voir apparaître une nouvelle mentalité, de voir naître de nouvelles valeurs épouvantables qui, elles, resteront, certaines de leur bon droit.
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Par Trissotin, le 20/04/2012
Trois recits : l'apprentissage - le bain - le voyage a la haye de
Jean-Luc Lagarce
On m’enfile un tuyau dans le nez et un autre dans la bouche et on introduit des liquides et je crois que mon cœur va lâcher ; les deux filles rousses, l’une avec le tuyau pour le nez et l’autre avec celui de la bouche, les deux filles rousses continuent leur conversation, c’est de leurs enfants, elles ont des enfants, c’est de leurs enfants qu’elles parlent, elles continuent leur conversation, elles parlent de leurs enfants et font passer de force des liquides dans mon nez et dans ma bouche, elles remplissent mes poumons et je ne sais quoi d’autre, elles me remplissent tout en parlant de leurs enfants et que j’étouffe ou que je crache ou que je pleure, cela ne change rien, tout mon corps va exploser, ce n’est rien, les sangles me tiennent parfaitement immobilisé, mon cœur va lâcher, je crois cela, je pense cela, je suis en train de penser ça, mon cœur va lâcher au beau milieu de leurs conversations sur leurs enfants, sans même qu’elles le voient, sans même qu’elles s’en rendent compte et plus tard, lorsque je suis revenu - c’est moi qui raconte - plus tard, on me répond avec négligence
« Le cœur, c’est-ce qui lâche en dernier »
[L’Apprentissage]
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Par Trissotin, le 20/04/2012
Trois recits : l'apprentissage - le bain - le voyage a la haye de
Jean-Luc Lagarce
On me lave. Elles font ça machinalement, elles vous assoient sur le bord de la baignoire carrée, elles font tenir le sac d’os et elles le lavent machinalement. J’ai froid au cul et j’ai mal d’être posé ainsi en équilibre. Elles partent du côté droit dessus le bras, dessous le bras, elles descendent le long des côtes, elles recommencent sur côté gauche, dessus le bras, dessous le bras, machinalement, elles font toutes les mêmes mouvements, une technique, cela doit s’apprendre, il doit y avoir des cours d’apprentissage de nettoyage de sac.
Elles nettoient le sexe brutalement, elles empoignent le sexe, cette pauvre petite chose ridicule, maintenant, elles le décalottent et le nettoient, elles font ça machinalement, puis elles descendent le long des cuisses, côté droit, l’intérieur, l’extérieur, puis côté gauche l’intérieur, l’extérieur. Elles font basculer le corps et s’occupent du dos, du cul.
On n’est rien, on est l’objet de tous les soins, on doit être quelque chose.
[L’Apprentissage]
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