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Citations de Gérard de Nerval (172)

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  • Par Cularo, le 23/12/2011

    Les filles du feu - Les chimères de Gérard de Nerval

    "Je suis le veuf,l'inconsolé,le prince d'Aquitaine à la tour abolie,
    Ma seule étoile est morte et mon luth constellé,
    Porte le soleil noir de la mélancolie"Nerval

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  • Par Poiesis, le 26/09/2011

    Aurelia - La Pandora - Les Nuits d'Octobre - Promenades et souvenirs de Gérard de Nerval

    Avec le temps, la passion des grands voyages s'éteint.

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  • Par zohar, le 18/05/2011

    Aurélia de Gérard de Nerval

    Rien n'est indifférent, rien n'est impuissant dans l'univers ; un atome peut tout dissoudre, un atome peut tout sauver.

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  • Par LydiaB, le 01/06/2010

    Les filles du feu - Les chimères de Gérard de Nerval

    Les filles du feu ; Isis

    Avant l’établissement du chemin de fer de Naples à Résina, une course à Pompéi était tout un voyage. Il fallait une journée pour visiter successivement Herculanum, le Vésuve, — et Pompéi, situé à deux milles plus loin ; souvent même on restait sur les lieux jusqu’au lendemain, afin de parcourir Pompéi pendant la nuit, à la clarté de la lune, et de se faire ainsi une illusion complète. Chacun pouvait supposer en effet que, remontant le cours des siècles, il se voyait tout à coup admis à parcourir les rues et les places de la ville endormie ; la lune paisible convenait mieux peut-être que l’éclat du soleil à ces ruines, qui n’excitent tout d’abord ni l’admiration ni la surprise, et où l’antiquité se montre pour ainsi dire dans un déshabillé modeste.

    Un des ambassadeurs résidant à Naples donna, il y a quelques années, une fête assez ingénieuse. Muni de toutes les autorisations nécessaires, il fit costumer à l’antique un grand nombre de personnes ; les invités se conformèrent à cette disposition, et, pendant un jour et une nuit, l’on essaya diverses représentations des usages de l’antique colonie romaine. On comprend que la science avait dirigé la plupart des détails de la fête ; des chars parcouraient les rues, des marchands peuplaient les boutiques ; des collations réunissaient, à certaines heures, dans les principales maisons, les diverses compagnies des invités. Là, c’était l’édile Pansa, là Salluste, là Julia-Felix, l’opulente fille de Scaurus, qui recevaient les convives et les admettaient à leurs foyers. — La maison des Vestales avait ses habitantes voilées ; celle des Danseuses ne mentait pas aux promesses de ses gracieux attributs. Les deux théâtres offrirent des représentations comiques et tragiques, et sous les colonnades du Forum des citoyens oisifs échangeaient les nouvelles du jour, tandis que, dans la basilique ouverte sur la place, on entendait retentir l’aigre voix des avocats ou les imprécations des plaideurs. — Des toiles et des tentures complétaient, dans tous les lieux où de tels spectacles étaient offerts, l’effet de décoration, que le manque général des toitures aurait pu contrarier ; mais on sait qu’à part ce détail, la conservation de la plupart des édifices est assez complète pour que l’on ait pu prendre grand plaisir à cette tentative palingénésique. — Un des spectacles les plus curieux fut la cérémonie qui s’exécuta au coucher du soleil dans cet admirable petit temple d’Isis, qui, par sa parfaite conservation, est peut-être la plus intéressante de toutes ces ruines.

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  • Par LydiaB, le 31/05/2010

    Les filles du feu - Les chimères de Gérard de Nerval

    Les Filles du feu ; Angélique.

    En 1851, je passais à Francfort. — Obligé de rester deux jours dans cette ville, que je connaissais déjà, — je n’eus d’autre ressource que de parcourir les rues principales, encombrées alors par les marchands forains. La place du Rœmer, surtout, resplendissait d’un luxe inouï d’étalages ; et près de là, le marché aux fourrures étalait des dépouilles d’animaux sans nombre, venues soit de la haute Sibérie, soit des bords de la mer Caspienne. — L’ours blanc, le renard bleu, l’hermine, étaient les moindres curiosités de cette incomparable exhibition ; plus loin, les verres de Bohême aux mille couleurs éclatantes, montés, festonnés, gravés, incrustés d’or, s’étalaient sur des rayons de planches de cèdre, — comme les fleurs coupées d’un paradis inconnu.

    Une plus modeste série d’étalages régnait le long de sombres boutiques, entourant les parties les moins luxueuses du bazar, — consacrées à la mercerie, à la cordonnerie et aux divers objets d’habillement. C’étaient des libraires, venus de divers points de l’Allemagne, et dont la vente la plus productive paraissait être celle des almanachs, des images peintes et des lithographies : le Wolks-Kalender (Almanach du peuple), avec ses gravures sur bois, — les chansons politiques, les lithographies de Robert Blum et des héros de la guerre de Hongrie, voilà ce qui attirait les yeux et les kreutzers de la foule. Un grand nombre de vieux livres, étalés sous ces nouveautés, ne se recommandaient que par leurs prix modiques, — et je fus étonné d’y trouver beaucoup de livres français.

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  • Par Grapheus, le 26/01/2009

    Gérard de Nerval : Oeuvres, tome I de Gérard de Nerval

    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    El Desdichado,
    Les Chimères

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Le relais.

    En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
    Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
    Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
    L’oeil fatigué de voir et le corps engourdi.

    Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
    Une vallée humide et de lilas couverte,
    Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, -
    Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

    On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
    De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
    Et sans penser à rien on regarde les cieux…
    Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    La grand’mère.

    Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
    La bonne femme, – et, quand on l’enterra,
    Parents, amis, tout le monde pleura
    D’une douleur bien vraie et bien amère.

    Moi seul j’errais dans la maison, surpris
    Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
    De son cercueil, – quelqu’un me fit reproche
    De voir cela sans larmes et sans cris.

    Douleur bruyante est bien vite passée :
    Depuis trois ans, d’autres émotions,
    Des biens, des maux, – des révolutions, -
    Ont dans les murs sa mémoire effacée.

    Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
    Depuis trois ans, par le temps prenant force,
    Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
    Son souvenir se creuse plus avant !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    La cousine.

    L’hiver a ses plaisirs ; et souvent, le dimanche,
    Quand un peu de soleil jaunit la terre blanche,
    Avec une cousine on sort se promener…
    - Et ne vous faites pas attendre pour dîner,

    Dit la mère. Et quand on a bien, aux Tuileries,
    Vu sous les arbres noirs les toilettes fleuries,
    La jeune fille a froid… et vous fait observer
    Que le brouillard du soir commence à se lever.

    Et l’on revient, parlant du beau jour qu’on regrette,
    Qui s’est passé si vite… et de flamme discrète :
    Et l’on sent en rentrant, avec grand appétit,
    Du bas de l’escalier, – le dindon qui rôtit.

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Gaieté.

    Petit piqueton de Mareuil,
    Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,
    Que ta saveur est souveraine !
    Les Romains ne t’ont pas compris
    Lorsqu’habitant l’ancien Paris
    Ils te préféraient le Surène.

    Ta liqueur rose, ô joli vin !
    Semble faite du sang divin
    De quelque nymphe bocagère ;
    Tu perles au bord désiré
    D’un verre à côtes, coloré
    Par les teintes de la fougère.

    Tu me guéris pendant l’été
    De la soif qu’un vin plus vanté
    M’avait laissé depuis la veille ;
    Ton goût suret, mais doux aussi,
    Happant mon palais épaissi,
    Me rafraîchit quand je m’éveille.

    Eh quoi ! si gai dès le matin,
    Je foule d’un pied incertain
    Le sentier où verdit ton pampre !…
    - Et je n’ai pas de Richelet
    Pour finir ce docte couplet…
    Et trouver une rime en ampre.

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Espagne.

    Mon doux pays des Espagnes
    Qui voudrait fuir ton beau ciel,
    Tes cités et tes montagnes,
    Et ton printemps éternel ?

    Ton air pur qui nous enivre,
    Tes jours, moins beaux que tes nuits,
    Tes champs, où Dieu voudrait vivre
    S’il quittait son paradis.

    Autrefois ta souveraine,
    L’Arabie, en te fuyant,
    Laissa sur ton front de reine
    Sa couronne d’Orient !

    Un écho redit encore
    A ton rivage enchanté
    L’antique refrain du Maure :
    Gloire, amour et liberté !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Érythréa.

    Colonne de Saphir, d’arabesques brodée
    - Reparais ! – Les Ramiers pleurent cherchant leur nid :
    Et, de ton pied d’azur à ton front de granit
    Se déroule à longs plis la pourpre de Judée !

    Si tu vois Bénarès sur son fleuve accoudée
    Prends ton arc et revifts ton corset d’or bruni :
    Car voici le Vautour, volant sur Patani,
    Et de papillons blancs la Mer est inondée.

    Mahdéwa ! Fais flotter tes voiles sur les eaux
    Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux :
    La neige du Cathay tombe sur l’Atlantique :

    Cependant la prêtresse au visage vermeil
    Est endormie encor sous l’Arche du Soleil :
    - Et rien n’a dérangé le sévère portique.

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Dans les bois.

    Au printemps, l'oiseau naît et chante:
    N'avez-vous jamais ouï sa voix ?...
    Elle est pure, simple et touchante
    La voix de l'oiseau -- dans les bois !

    L'été, l'oiseau cherche l'oiselle;
    Il aime, et n'aime qu'une fois !
    Qu'il est doux, paisible et fidèle
    Le nid de l'oiseau -- dans les bois !

    Puis, quand vient l'automne brumeuse
    Il se tait... avant les temps froids.
    Hélas! qu'elle doit être heureuse
    La mort de l'oiseau -- dans les bois !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Les Cydalises.

    Où sont nos amoureuses ?
    Elles sont au tombeau!
    Elles sont plus heureuses
    Dans un séjour plus beau !

    Elles sont près des anges,
    Dans le fond du ciel bleu,
    Et chantent les louanges
    De la mère de Dieu!

    Õ blanche fiancée !
    Õ jeune vierge en fleur !
    Amante délaissée,
    Que flétrit la douleur !

    L'éternité profonde
    Souriait dans vos yeux...
    Flambeaux éteints du monde,
    Rallumez-vous aux cieux !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Une allée du Luxembourg.

    Elle a passé, la jeune fille
    Vive et preste comme un oiseau :
    A la main une fleur qui brille,
    A la bouche un refrain nouveau.

    C'est peut-être la seule au monde
    Dont le coeur au mien répondrait,
    Qui venant dans ma nuit profonde
    D'un seul regard l'éclaircirait !

    Mais non, ma jeunesse est finie...
    Adieu, doux rayon qui m'as lui,
    Parfum, jeune fille, harmonie...
    Le bonheur passait, il a fui !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Fantaisie.

    Il est un air, pour qui je donnerais,
    Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber.
    Un air très vieux, languissant et funèbre,
    Qui pour moi seul a des charmes secrets !

    Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
    De deux cents ans mon âme rajeunit...
    C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
    Un coteau vert, que le couchant jaunit;

    Puis un château de brique à coins de pierre,
    Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
    Ceint de grands parcs, avec une rivière
    Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs;

    Puis une dame à sa haute fenêtre,
    Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
    Que dans une autre existence peut-être,
    J'ai déjà vue...et dont je me souviens !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Vers dorés.

    Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

    Respecte dans la bête un esprit agissant :
    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
    Un mystère d'amour dans le métal repose ;
    " Tout est sensible ! " Et tout sur ton être est puissant.

    Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie :
    A la matière même un verbe est attaché...
    Ne le fais pas servir à quelque usage impie !

    Souvent dans l'être obscur habite un dieu caché ;
    Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
    Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Le Christ aux Oliviers.

    I

    Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
    Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
    Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
    Et se jugea trahi par des amis ingrats ;

    Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
    Rêvant d'être des rois, des sages, des prophètes...
    Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
    Et se prit à crier : " Non, Dieu n'existe pas ! "

    Ils dormaient. " Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
    J'ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
    Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

    Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
    Le dieu manque à l'autel où je suis la victime...
    Dieu n'est pas ! Dieu n'est plus ! " Mais ils dormaient toujours !


    II

    Il reprit : " Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ;
    Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
    Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
    Répand des sables d'or et des flots argentés :

    Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
    Des tourbillons confus d'océans agités...
    Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
    Mais nul esprit n'existe en ces immensités.

    En cherchant l'oeil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite
    Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
    Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours ;

    Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
    Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,
    Spirale engloutissant les Mondes et les Jours. "


    III

    " Immobile Destin, muette sentinelle,
    Froide Nécessité !... Hasard qui, t'avançant
    Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
    Refroidis, par degrés, l'univers pâlissant,

    Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
    De tes soleils éteints, l'un l'autre se froissant...
    Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
    Entre un monde qui meurt et l'autre renaissant ?

    O mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
    As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
    Aurais-tu succombé sous un dernier effort

    De cet ange des nuits qui frappa l'anathème ?...
    Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
    Hélas ! et, si je meurs, c'est que tout va mourir ! "


    IV

    Nul n'entendait gémir l'éternelle victime,
    Livrant au monde en vain tout son coeur épanché ;
    Mais prêt à défaillir et sans force penché,
    Il appela le seul - éveillé dans Solyme :

    " Judas lui cria-t-il, tu sais ce qu'on m'estime,
    Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
    Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché...
    Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! "

    Mais Judas s'en allait, mécontent et pensif,
    Se trouvant mal payé, plein d'un remords si vif
    Qu'il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites...

    Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
    Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
    " Allez chercher ce fou ! " dit-il aux satellites.


    V

    C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime...
    Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
    Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
    Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !

    L'augure interrogeait le flanc de la victime,
    La terre s'enivrait de ce sang précieux...
    L'univers étourdi penchait sur ses essieux,
    Et l'Olympe un instant chancela vers l'abîme.

    " Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
    Quel est ce nouveau dieu qu'on impose à la terre ?
    Et si ce n'est un dieu, c'est au moins un démon... "

    Mais l'oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
    Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
    - Celui qui donna l'âme aux enfants du limon.

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Artémis.

    La Treizième revient... C'est encor la première;
    Et c'est toujours la seule, ou c'est le seul moment;
    Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
    Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

    Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
    Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :
    C'est la mort, ou la morte... O délice ! ô tourment !
    La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

    Sainte Napolitaine aux mains pleines de feux,
    Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule :
    As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

    Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux,
    Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
    - La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !

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  • Par NuitDeChine, le 20/04/2014

    Les Chimères : La Bohême galante, Petits châteaux de Bohême de Gérard de Nerval

    Delfica.

    La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
    Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
    Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
    Cette chanson d'amour qui toujours recommence ?...

    Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
    Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
    Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
    Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?...

    Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !
    Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
    La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

    Cependant la sibylle au visage latin
    Est endormie encor sous l'arc de Constantin
    - Et rien n'a dérangé le sévère portique.

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