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Par Lucie16, le 31/10/2010
Je ne veux pas mourir seul de
Gil Courtemanche
Je viens de passer trois saisons sans toi. Je ne les ai pas vues naître ni mourir. Tout m'est familier, mais je navigue lourdement en pays étranger, passager d'une sorte de vaisseau fantôme qui revient sur un océan qu'il avait déjà traversé. Tout m'est familier, mais je ne suis pas chez moi. Tu es mon pays, ma ville, mon quartier, ma rue et ma maison. Je suis un habitant de toi.
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Par iarsenea, le 25/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Je m'appelle Méthode, cadre à la Banque populaire, disc-jockey les week-ends à la discothèque de Lando. Ma musique préférée est le country et les chansons sentimentales. Je suis tutsi, vous le savez, mais avant tout, je suis rwandais. Je vais mourir dans quelques heures, je vais mourir du sida, une maladie qui n'existait pas il y a quelques années selon le gouvernement, mais qui déjà me défaisait le sang. Je ne comprends toujours pas très bien comment la maladie fonctionne, mais disons que c'est comme un pays qui attrape tous les défauts des gens les plus malades qui le composent et que ces défauts se transforment en maladies différentes qui s'attaquent à une partie du corps ou du pays. Voilà à peu près ce que j'ai compris de la maladie, c'est une forme de folie du corps humain qui succombe morceau par morceau à toutes ses faiblesses.
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Par iarsenea, le 27/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Au début des massacres, presque tous les Tutsis avaient eu le même réflexe. Les miliciens n'oseraient pas s'attaquer à la maison de Dieu. Par dizaines de milliers, de toutes les collines et de tous les hameaux, ils avaient couru, marché dans la nuit, rampé, et avec un grand souffle de soulagement s'étaient accroupis dans le choeur d'une église, dans l'entrée d'un presbytère ou dans une classe sur laquelle le crucifix veillait. Dieu, le dernier rempart contre l'inhumanité. En ce doux printemps, Dieu et surtout la plupart de ses pieux vicaires avaient abandonné leurs brebis. Les églises devinrent les chambres à gaz du Rwanda.
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Par iarsenea, le 27/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Seules quelques femmes acceptaient de parler, à voix basse, les yeux plantés dans le sol et qui y restaient longtemps après qu'elles avaient terminé la description, presque clinique (car elles ne possédaient que des mots concrets), de l'assassinat de leur mari, de leurs fils. Les viols, ces femmes tellement prudes et timides, elles les décrivaient avec un luxe de détails qui donnaient le frisson, comme si elles rédigeaient leur propre autopsie. Elles évoquaient les pires mutilations et les plus perverses agressions avec un calme, une distance qui les rendaient encore plus atroces.
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Par iarsenea, le 25/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Moi je vous dis, et c'est pour cela que je veux vous parler avant de mourir, que nous serons des millions à mourir. Du sida, bien sûr, de la malaria aussi, mais surtout d'une maladie pire, contre laquelle il n'existe pas de capote ou de vaccin. Cette maladie, c'est la haine. Il y a dans ce pays des gens qui sèment la haine comme les hommes inconscients sèment avec leur sperme la mort dans le ventre des femmes qui la portent ailleurs, dans d'autres hommes et dans les enfants qu'elles conçoivent.
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Par iarsenea, le 27/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Sur les collines, dans les petits villages, dans les lieux-dits, aux carrefours où s'organisent les marchés et les rencontres, les histoires se répétaient. Des voisins, des amis, parfois des parents étaient venus et ils avaient tué. Dans le désordre peut-être, mais efficacement. On les connaissait, on les nommait. Chaque cadavre possédait son assassin connu. Dans les petites villes et les chefs-lieux, le génocide avait été plus systématique. On avait organisé des réunions, lancé des mots d'ordre, donné des directives, tracé des plans. Si les méthodes paraissaient aussi inhumaines, si les assassins tuaient avec une telle sauvagerie, ce n'est pas qu'ils agissaient dans l'improvisation et le délire, c'est tout simplement qu'ils étaient trop pauvres pour construire des chambres à gaz.
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Par SosoB21, le 19/04/2012
Une belle mort de
Gil Courtemanche
Je me suis trompé, mon père n'était pas Staline, mais un dictateur faible et dépourvu de certitude. Sa violence ne disait que sa faiblesse et sa peur de la vie. (page174)
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Par iarsenea, le 25/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Chez vous, on meurt par accident, parce que la vie n'a pas été généreuse et qu'elle se retire comme une femme infidèle. Vous pensez que nous respectons moins la valeur de la vie que vous. Alors, dis-moi, Valcourt, pourquoi, pauvres et démunis que nous sommes, recueillons-nous les orphelins de nos cousins, pourquoi nos vieux mourent-ils entourés de tous leurs enfants ?
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Par iarsenea, le 25/12/2010
Un dimanche à la piscine à Kigali de
Gil Courtemanche
Nous sommes toujours prisonniers de nos paroles.
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Par SosoB21, le 19/04/2012
Une belle mort de
Gil Courtemanche
Quant à l'orgueil, voilà une qualité et un défaut que partageaient la majorité des hommes de sa génération. Il nous voulait mieux que les autres et plus grands que lui, ce qui n'était pas peu. (page 13)