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ISBN : 2290335363
Éditeur : J'ai Lu (2003)


Note moyenne : 3.55/5 (sur 3187 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
On sait tout de Candide, sauf une chose : quel rapport l'auteur avait-il avec ses personnages? Les a-t-il imaginés ou connus? A-t-il partagé certaines de leurs aventures ? Est-il caché dans un coin du roman pour les observer ? Ce regard que Voltaire pouvait porter de l'... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 16 juillet 2014

    Nastasia-B
    Quel est le degré d'ironie contenu dans la fameuse ritournelle de Pangloss : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » ? Non, non, je ne plaisante pas, aussi étonnante et indéfendable que cela puisse paraître, je pose sérieusement la question.
    Lorsque j'étais lycéenne (Oh ! pour elle, ça date ! comme disait Anouar), on m'a présenté Candide comme l'un des textes fondamentaux de Voltaire où celui-ci démolit Leibniz en le ridiculisant sous les traits d'un vieux philosophe gâteux et complètement à côté de la plaque nommé Pangloss. Il est vrai qu'à l'époque on n'avait pas pris le temps de me présenter les travaux de Leibniz ou de Rousseau ni même d'autres textes de Voltaire, au premier rang desquels on pourrait placer le Monde Comme Il Va.
    Ainsi, j'en étais restée, dans mes années lycée, à une sorte de règlement de comptes entre philosophes dont Voltaire était sorti grand vainqueur en dégainant ce seul Candide. Mais maintenant que ma peau est beaucoup moins lycée, qu'on peut même avouer sans honte qu'elle se fait chaque jour plus ridée, j'ai une vision très différente de Candide et qui m'est plus personnelle.
    Il convient, avant de vous noyer sous une quelconque opinion individuelle toujours sujette à caution, de vous parler un peu de l'écrit lui-même. Il s'agit d'une narration de taille modeste, segmentée en trente courts chapitres dans lesquels Voltaire fait endurer à son héros un rude voyage initiatique aux quatre coins de la planète.
    Candide, fils illégitime issu de la noblesse Westphalienne se voit chassé du château où il a toujours vécu pour avoir osé poser les mains sur sa délicieuse cousine Cunégonde, qui elle ne s'en offusquait pas. Candide se retrouve alors sur les routes poussiéreuses qui ne tardent pas à le conduire là où il y a la guerre. C'est l'occasion pour le jeune héros de méditer les épigrammes et dogmes de Pangloss, maître de philosophie dans le château dont il vient d'être expulsé.
    Chaque situation est un prétexte à étriller, qui la noblesse, qui tel ou tel ordre religieux. Les références de Voltaire à l'actualité de son temps sont omniprésentes et ne font plus toujours sens de nos jours. Néanmoins, ce conte philosophique est un exemple de limpidité d'écriture, facile à lire à tout âge et à toute époques, hier bien entendu, mais aujourd'hui encore et ce pour bien des siècles à venir.
    On a tendance à souligner les nombreuses infortunes de Candide et de ses compagnons (car en route il se fait une demi-douzaine de compagnons qui ont des visions diverses de l'existence et qui disputent avec lui). Or, Candide, à de nombreux moments de l'histoire, jouit de véritables coups de chance. L'auteur s'en donne à cœur joie sur la mauvaise façon qu'à le jeune et naïf héros d'interpréter ces quelques instants de fortune, comme étant la preuve irréfutable de la validité de la thèse de Pangloss.
    D'Europe de l'est en Pays-Bas, en passant par le Portugal puis l'Amérique du sud, la France bien entendu, l'Angleterre, Venise ou enfin Constantinople, de fortunes en infortunes, Candide apprend peu à peu ce que c'est vraiment que la vie et surtout, à se méfier des formules toutes faites du très docte Pangloss… Il va perdre beaucoup de ses illusions, rencontrer beaucoup de coquins, mais aussi, il faut bien l'admettre, deux compagnons valables, que sont Cacambo, le pragmatique et Martin, le sage désenchanté, l'un et l'autre étant, à n'en pas douter, des avatars de Voltaire lui-même.
    Ce que je vois maintenant dans Candide, à l'aune de ma peau aussi fripée que celle de Cunégonde en fin d'ouvrage, à chaque coin de page, sous chaque allusion, au creux de chaque moquerie, c'est une bourrade farouche contre la religion. Et si moquerie il y a, si dénonciation de ridicule il y a dans la vision optimiste du monde, telle que défendue par Alexander Pope, Gottfried Wilhelm Leibniz ou Jean-Jacques Rousseau notamment, c'est dans la naïveté de croire qu'il existe un dieu juste et rédempteur, avec une finalité nécessairement bonne et positive. Ce n'est pas tant l'homme Leibniz, ou le philosophe qui sont cibles selon moi, mais bel et bien la religion. Ce qui horripile Voltaire, c'est de vouloir à tout prix faire coller une réflexion philosophique (par essence alerte et indépendante) à un dogme religieux (par essence sclérosé et indéboulonnable).
    Pour Voltaire, l'homme est viscéralement pourri, incurable et bouffé de vices, son mal est insoluble. Soit l'on se résout à l'accepter comme tel, soit l'on abrège d'urgence ses souffrances à l'aide d'une lame tranchante ou d'une corde au cou. Et si optimisme il peut y avoir, c'est que sachant cela, connaissant l'homme tel qu'on le connaît, on puisse malgré tout, de temps en temps, en attendre de belles surprises, des élans de beauté et de grandeur dont on ne le jugerait pas capable.
    J'en suis désormais portée à croire qu'à l'opposé d'un Leibniz, qui dans son Théodicée s'évertuait à faire le grand écart entre les incohérences soulevées par sa pensée philosophique et l'idéal d'un dieu juste et bon, qui en venait à justifier le mal du monde par le fait qu'un Dieu de perfection n'autorisait le maléfice que pour libérer un bienfait subséquent et supérieur au mal enduré, Voltaire nous dit deux choses dans son Candide :
    1°) Eu égard à l'humain tel qu'il est constitué, aussi vil et pendable qu'il puisse être, l'équilibre atteint, malgré ses nombreuses imperfections, est quasiment ce qu'on peut attendre de mieux. Derrière chaque corruption, derrière chaque acte malveillant, chacun en tirant à soi la couverture crée une sorte d'équilibre « vivable », qui tient en respect les penchants abjects des autres, lesquels penchants pourraient s'épanouir librement si notre propre mal potentiel n'exerçait point de menace.
    (D'où ma question du départ à propos du degré d'ironie contenu dans la formule : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pour Leibniz, c'est le meilleur des mondes possibles car c'est le monde créé par un dieu parfait, pour Voltaire, c'est le meilleur des mondes possibles car il est le résultat d'une neutralisation, une forme d'équilibre instable mais acceptable des penchants malsains et hautement imparfaits de chacun.)
    2°) N'attendez rien d'un dieu quelconque. Voltaire, par son final, reprend à son compte le fameux proverbe « Aide-toi et le ciel t'aidera ». En bref, « Retrousse tes manches, bonhomme, compte sur toi-même et ton seul travail. Tantôt tu auras un coup de pouce de la chance, tantôt une belle tuile au coin de la gueule. N'y vois rien de divin, seulement les hauts et les bas de la roue de la Fortune. Pouvoir, Argent, Beauté, Gloire de quelque nature qu'elle soit, tout cela ce sont des futilités, justes bonnes à te rendre malheureux, bonhomme. Ce qui compte, c'est d'avoir une petite vie simple, les pieds sur terre, côtoyer les gens que tu apprécies, sans en attendre des miracles de bonté, de beauté ou d'esprit et de surtout rester toujours loin, très loin de ce qui brille. »
    J'en terminerai en vous disant simplement que j'ai aimé ce conte, alors que j'étais jeune et naïve et que je l'aime encore, sans doute pour des raisons différentes, en étant moins jeune et moins naïve. Alors, il n'y a vraiment pas de raison d'hésiter si vous avez peur des vieilleries, peur d'être déçus, peur de je-ne-sais-quoi-encore, Candide, c'était, c'est et ça restera du solide. Mais bien sûr, ceci n'est pas le meilleur avis qu'on puisse imaginer dans le meilleur des mondes possibles, c'est juste un avis, un tout petit avis, un grain de sable sur la plage, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Hugo, le 16 février 2014

    Hugo
    Madame est servie, engrossée jusqu'au bout des nichons, madame se prélasse son cul enfoncé dans le canapé pendant que monsieur se la joue « Tony micceli », persécuté par la modernité d'une femme émancipée par des années d'une lutte acharnée, pour enfin pouvoir se reposer en se trifouillant le périnée… Bande de « chaudasse »… Bientôt la Binouse remplacera les régimes Ô combien nécessaire après quelques années pour faire plaisir aux gros hommes raffinés…
    Alors moi sexy avec mon chiffon et mon éponge imbibée, récurant l'évier et javellisant la cuvette des WC pour mon plaisir maniaque de part ma mère, ma soeur et ma grand-mère, je chantonne au rythme des coups d'aspirateur sur une musique entrainante…. et je le fais tous les dimanches, tu parles d'un homme tiens…
    « Mais tout va le mieux qu'il soit possible… »
    Mais Candide-t-on de moi quand on en parle ?
    - behh on n'en parle pas voilà tout…
    Comment ça ? moi qui rêvasse de jour comme de nuit de ma vie qui passe, depuis le jour de ma naissance, bénit officiellement un dimanche, moi qui fût baptisé trop jeune pour me sauver, par un travesti en robe blanche engagé par notre père… d'après cet affreux, nous étions frère, heureusement que maman fût courageuse pour me faire en deuxième, ce premier étant curé et visiblement pédé, mieux valait oublier le premier, et arroser le deuxième au son des cloches…
    - Mais on s'en fout voilà tout…
    Traumatisé trop jeune, j'ai continué un moment dans cette débauche de vérités au nom du père, de son fils et d'un saint esprit… alors « queue » mon père qui cultivait le poivrot d'une façon fâcheuse et titubante m'enseigna le « sein » d'une manière plus alléchante et d'une chatte bien léchée, il avait une préférence pour la marie couche toi là : toujours « prêtre » à ne piper mot pour toucher la croix à la « Sein-Claude »… après quelques dérapages de mon paternel sur le parquet, ma bourgeoise de mère décida de me poser sur le siège de sa 2 chevaux, et tira sur les rênes pour m'emmener voir du pays chez sa maraichère de mère, une vieille dame en guenille qui voulait absolument être ma grand-mère…
    - Je m'endors voyez-vous..
    Allons bon, j'ai fini par pousser sur mes deux jambes, catholique convaincu jusqu'à mes 12 ans…ensuite c'était pire, à 13 ans mes jambes ont arrêté de pousser et ma pensée s'est affûtée…
    - Enfin me direz-vous…
    Et la guerre a continué, des familles ont été massacrées, des gens ont été torturés, des femmes ont été lapidées ou violées… la famine a stagné, les catastrophes naturelles ont empiré, les riches ont ignorés, les pauvres ont espéré, les riches ont rigolé, les pauvres ont pleuré… des choses se sont améliorées, mais surtout pour les gens bien nés…. les autres n'ont pas regardé…
    Mais tout va bien dans le meilleur des mondes… surtout quand on est Candide..
    Voltaire était drôle, mon CFA d'ébénisterie se trouvait Boulevard Voltaire, pourtant j'étais plus intéressé par le cul des tapissières, que par le nom de la rue dans laquelle j'apprenais mon métier, mais grâce à vous je me plonge aujourd'hui dans la prose de l'artiste…. un délice d'ironie dénonçant tout l'absurdité qui caractérise l'humanité, complètement d'actualité, à croire que rien n'a vraiment changé :
    Alors enculé un jour, enculé toujours…
    Et pour les siècles des siècles…
    A plus les copains…
    Ps souvenir : http://www.youtube.com/watch?v=jfbdxxRKj9Q
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    • Livres 5.00/5
    Par juliette2a, le 02 septembre 2012

    juliette2a
    Candide est un vrai coup de coeur ! Tout simplement magique. Je connaissais ce roman mais je n'avais jamais eu le plaisir de le lire. Voilà chose faite ! Candide est le héros de ce conte philosophique, c'est un personnage qui porte bien son nom, qui se veut optimiste et qui croit en la vie. Nous savons qu'il est né en Westphalie, un royaume allemand, et est le fils de la soeur de monsieur le baron de Thunder-ten-tronckh. Ce dernier va l'élever auprès de sa fille, Mademoiselle Cunégonde, de sa femme et d'un philosophe, Pangloss, dont la morale est "tout va pour le mieux en ce monde". Toutefois, à cause d'un baiser donné à Cunégonde, Candide est mis dehors à coup de pied et se retrouve seul dans ce monde immense où l'attendent de nombreuses péripéties, les unes catastrophiques, les autres héroïques. Notre héros va devoir affronter la vanité des hommes pour retrouver Cunégonde. La rencontre avec des personnages philosophes, comme Martin, Cacambo, et surtout le Turc lui révèlera les secrets du bonheur : "Il faut cultiver son jardin" ou encore "Travailler sans raisonner"...La morale de l'histoire est d'ailleurs si juste puisqu'elle traduit la pensée suivante : "La seule façon d'échapper au malheur ou à l'ennui est de passer de la réflexion philosophique (comme l'a fait Candide) à des actions concrètes respectant nos limites".
    Jamais je n'aurais imaginé que ce livre me plairait autant ! Voltaire nous dépeint tellement bien les revers de la société, critique si majestueusement les hommes mais aussi l'esclavage, l'argent, la possession, les marchés noirs, le pouvoir et bien d'autres horreurs que l'on est transporté immédiatement aux côtés de Candide en effectuant avec lui le voyage de la vie.
    Un vrai coup de coeur, tellement passionnant et si sincère. A dévorer !
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    • Livres 5.00/5
    Par mellah, le 01 février 2013

    mellah
    Ce conte philosophique est une vraie révélation pour moi .C'est une attaque très bien illustrée cotre le fatalisme et l'existence du mal que prônait Leibniz. Candide, jeune Allemand à l'esprit simple naïf, est l'élève de Pangloss, un philosophe partisan du leibnizisme « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Cette doctrine et sa candeur , font de lui un optimiste sans borne. Surpris par le baron entrain de baiser la main de sa fille cunégonde . il le chassa du château .
    accompagné de plusieurs personnages philosophiques notamment(cacambo , martin , vieille ) Candide fait un long périple qui le mène a Westphalie (Allemagne) . Hollande . Lisbonne (Portugal) . Cadix (Espagne) . Buenos Aires (Argentine) . Paraguay . Eldorado (Pérou) . Suriname . Bordeaux . Paris . Angleterre . Venise Constantinople (Turquie) , cherchant sa bien aimée et fuyant les représailles, Candide y endure et découvre l'amertume de la vie des gens . Selon pangloss ; le malheur n'est que l'apparence d'une cause qui est bonne ! mais il y a trop de malheur pour qu'il en produise du bien ?.
    Voltaire dénonce l'esclavagisme( Suriname) . le fatalisme religieux , l'autorité excessive de l'église , la vanité de la noblesse , l'intolérance .la superstition, l'absolutisme ...
    Dans l'étape de l'eldorado Candide découvre qu'il n' y a pas un monde idéal sur terre ou tout fonctionne a la perfection , toutefois il faut travailler pour un monde meilleur et ne pas sombrer dans le pessimisme que voulait lui inculquer martin , c'est ça le message de Voltaire.
    Dans sa quête pour trouver un model procurant le bonheur Candide découvre un turc qui vit paisiblement de la sueur de son front en labourant sa terre et en chérissant sa famille . Candide et pangloss avaient compris que le travail est le bonheur . "Il faut cultiver notre jardin".
    Bien qu'il contienne 132 pages le livre est condensé d'idées , chaque page est garnie d'une nouveauté .les chapitres sont courts , précis et bien détaillés , un autre auteur aurait mis 300 pages, ou plus .

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    • Livres 4.00/5
    Par Gwen21, le 03 février 2014

    Gwen21
    Comme pour beaucoup d'entre vous, il s'agit d'un souvenir de collège.
    Contrairement à la plupart de mes lectures de collège, il s'agit d'un bon souvenir de lecture.
    Des quatre Contes philosophiques de Voltaire qu'il m'a été donné de lire, "Micromégas", "L'Ingénu", "Zadig" et "Candide", j'en ai apprécié la moitié, les deux derniers.
    C'est sans doute grâce à mon naturel optimiste que "Candide" m'a favorablement marquée. J'y ai retrouvé un ton et une audace d'expression qui m'avait déjà interpellée dans "L'île des esclaves" de Marivaux (pièce écrite plus de trente ans auparavant).
    Candide est un jeune homme plein de naturel et de bon sens, non corrompu par la société, en un mot innocent (ou naïf ?). L'amour qu'il éprouve pour Cunégonde, sa cousine, va déclencher une série d'aventures fracassantes et invraisemblables qui lui feront parcourir le monde et serviront à Voltaire à illustrer ses thèses philosophiques en contradiction avec la pensée leibnizienne alors en vogue.
    Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si seulement je n'étais pas aussi ignare et barbare et si, plutôt que de m'intéresser à la seule beauté du style littéraire d'un des plus grands écrivains français, je prenais la peine de réfléchir aux allusions et aux idées qui transparaissent entre ses lignes... Mais voilà, ainsi suis-je faite, j'ai toujours été plus "liseuse" que "penseuse".
    Ceci dit, j'aime beaucoup cultiver mon jardin, moi aussi.
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 06 octobre 2014

    Pococurante, en attendant le dîner, se fit donner un concerto. Candide trouva la musique délicieuse. « Ce bruit, dit Pococurante, peut amuser une demi-heure ; mais s’il dure plus longtemps, il fatigue tout le monde, quoique personne n’ose l’avouer. La musique aujourd’hui n’est plus que l’art d’exécuter des choses difficiles, et ce qui n’est que difficile ne plaît point à la longue.
    J’aimerais peut être mieux l’opéra, si on n’avait pas trouvé le secret d’en faire un monstre qui me révolte. Ira voir qui voudra de mauvaises tragédies en musique, où les scènes ne sont faites que pour amener très-mal à propos deux ou trois chansons ridicules qui font valoir le gosier d’une actrice ; se pâmera de plaisir qui voudra ou qui pourra, en voyant un châtré fredonner le rôle de César et de Caton, et se promener d’un air gauche sur des planches. »

    Chapitre XXV : VISITE CHEZ LE SEIGNEUR POCOCURANTE, NOBLE VÉNITIEN.
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  • Par Nastasia-B, le 18 septembre 2014

    Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes, et les perroquets, sont mille fois moins malheureux que nous ; les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

    Chapitre XIX : CE QUI ARRIVA À SURINAM, ET COMMENT CANDIDE FIT CONNAISSANCE AVEC MARTIN.
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  • Par Nastasia-B, le 25 août 2014

    Je fus mise en prison. Mon innocence ne m’aurait pas sauvée si je n’avais été un peu jolie. Le juge m’élargit, à condition qu’il succéderait au médecin. Je fus bientôt supplantée par une rivale, chassée sans récompense, et obligée de continuer ce métier abominable qui vous paraît si plaisant à vous autres hommes, et qui n’est pour nous qu’un abîme de misère. J’allai exercer la profession à Venise. Ah ! monsieur, si vous pouviez vous imaginer ce que c’est que d’être obligée de caresser indifféremment un vieux marchand, un avocat, un moine, un gondolier, un abbé ; d’être exposée à toutes les insultes, à toutes les avanies ; d’être souvent réduite à emprunter une jupe pour aller se la faire lever par un homme dégoûtant ; d’être volée par l’un de ce qu’on a gagné avec l’autre ; d’être rançonnée par les officiers de justice, et de n’avoir en perspective qu’une vieillesse affreuse, un hôpital, et un fumier, vous concluriez que je suis une des plus malheureuses créatures du monde.

    Chapitre XXIV : DE PAQUETTE, ET DE FRÈRE GIROFLÉE.
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  • Par Nastasia-B, le 06 septembre 2014

    Bientôt après, mes sens accablés se livrèrent à un sommeil qui tenait plus de l’évanouissement que du repos. J’étais dans cet état de faiblesse et d’insensibilité, entre la mort et la vie, quand je me sentis pressée de quelque chose qui s’agitait sur mon corps ; j’ouvris les yeux, je vis un homme blanc et de bonne mine qui soupirait, et qui disait entre ses dents : O che sciagura d’essere senza coglioni !
    [...] Il m’emporta dans une maison voisine, me fit mettre au lit, me fit donner à manger, me servit, me consola, me flatta, me dit qu’il n’avait rien vu de si beau que moi, et que jamais il n’avait tant regretté ce que personne ne pouvait lui rendre.
    « Je suis né à Naples, me dit-il ; on y chaponne deux ou trois mille enfants tous les ans ; les uns en meurent, les autres acquièrent une voix plus belle que celle des femmes, les autres vont gouverner des États. On me fit cette opération avec un très-grand succès, et j’ai été musicien de la chapelle de Mme la princesse de Palestrine.
    — De ma mère ! m’écriai-je.
    — De votre mère ! s’écria-t-il en pleurant ; quoi ! vous seriez cette jeune princesse que j’ai élevée jusqu’à l’âge de six ans, et qui promettait déjà d’être aussi belle que vous êtes ?
    — C’est moi-même ; ma mère est à quatre cents pas d’ici, coupée en quartiers sous un tas de morts… »

    Chapitres XI et XII.
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  • Par Nastasia-B, le 17 juillet 2014

    Les vingt janissaires avaient juré de ne se jamais rendre. Les extrémités de la faim où ils furent réduits les contraignirent à manger nos deux eunuques, de peur de violer leur serment. Au bout de quelques jours ils résolurent de manger les femmes.
    « Nous avions un iman très-pieux et très-compatissant, qui leur fit un beau sermon par lequel il leur persuada de ne nous pas tuer tout à fait. « Coupez, dit-il, seulement une fesse à chacune de ces dames, vous ferez très-bonne chère ; s’il faut y revenir, vous en aurez encore autant dans quelques jours ; le Ciel vous saura gré d’une action si charitable, et vous serez secourus. »
    [...] À peine les janissaires eurent-ils fait le repas que nous leur avions fourni, que les Russes arrivent sur des bateaux plats : pas un janissaire ne réchappa. Les Russes ne firent aucune attention à l’état où nous étions. Il y a partout des chirurgiens français ; un d’eux, qui était fort adroit, prit soin de nous, il nous guérit, et je me souviendrai toute ma vie que, quand mes plaies furent bien fermées, il me fit des propositions. Au reste, il nous dit à toutes de nous consoler ; il nous assura que dans plusieurs sièges pareille chose était arrivée.

    Chapitre XII : SUITE DES MALHEURS DE LA VIEILLE.
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