-
Par le_Bison, le 15/05/2013
Rhum express de
Hunter S. Thompson
- Euh, ça te dérange, si je me soûle tout nu ?
-
Par le_Bison, le 18/05/2013
Rhum express de
Hunter S. Thompson
C’était le genre de ville dans lequel vous vous preniez facilement pour Humphrey Bogart : vous arriviez dans un petit zinc cahotant, vous vous retrouviez comme par magie sur un balcon dominant tous les environs, vous preniez un siège et vous vous mettez à picoler en attendant que quoi que ce soit se passe. Je sentais une distance terrible entre moi et la réalité.
-
Par le_Bison, le 12/05/2013
Rhum express de
Hunter S. Thompson
Moberg n'était à San Juan que depuis quelques mois, mais Lotterman paraissait lui vouer une haine intense, une haine que le commun des mortels aurait mis des années à forger. C'était un dégénéré, à vrai dire. Petit, de rares cheveux blondasses, un visage livide et flasque. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un aussi enclin à l'autodestruction, ou plutôt à la destruction en général, la destruction de tout ce qui pouvait lui tomber sous la main. Un type répugnant de bout en bout. Il détestait le rhum et pourtant il liquidait une bouteille en dix minutes avant de se mettre à vomir partout et de s'écrouler. Il se nourrissait exclusivement de brioches et de spaghetti, qu'il rendait dès qu'il prenait une cuite. Il dépensait tout son argent en prostituées et corsait de temps à autre cette routine avec un travesti, juste pour la bizarrerie du truc.
> lire la suite
-
Par Woland, le 07/11/2010
Las Vegas parano de
Hunter S. Thompson
[...] ... [Le Docteur Gonzo] étouffa un rire : "En tant qu'avocat, je te conseille de ne pas t'en faire." Il montra la salle de bains de la tête : "Sers-toi un coup de ce qu'il y a dans le petit flacon marron qui est dans ma trousse de toilette.
- C'est quoi ?
- De l'adrénochrome," fit-il. "Il ne t'en faut pas beaucoup. Juste une pincée de rien du tout."
Je pris le flacon et y trempai la tête d'une allumette.
- "Il n'en faut pas plus," reprit-il. "La mescaline non coupée a l'air d'être du soda au gingembre à côté de ce truc-là. Tu deviens complètement dingue si t'en prends de trop."
Je passai le bout d'allumette sur ma langue.
- "Où as-tu trouvé ca ?" demandai-je. "On ne peut pas en acheter.
- Te tracasse pas ; c'est absolument pur."
Je hochai la tête tristement : "Seigneur, quel monstre de client as-tu dû dénicher ce coup-ci ? Ce truc ne peut provenir que d'une seule source ..."
Il opina de la tête.
- "La glande médullo-surrénale d'un corps humain vivant," dis-je."Ca ne vaut rien si ça vient d'un cadavre.
- Je sais bien," répliqua-t-il. "Mais le type n'avait pas d'argent en espèces. C'est un de ces mabouls branchés sur le culte de Satan. Il m'a offert du sang humain - m'a assuré que ça me défoncerait plus que je ne l'ai jamais été dans ma vie." Il riait. "J'ai cru qu'il blaguait, et je lui racontai que je préfèrerais autant avoir une petite trentaine de grammes d'adrénochrome pur - ou alors simplement une glande médullo-surrénale à mâcher !"
Je sentais déjà la camelote me travailler. La première vague me fit l'impression d'une combinaison de mescaline et de méthédrine. ... [...]
> lire la suite
-
Par Efeemer, le 05/10/2012
Rhum express de
Hunter S. Thompson
Comme presque tous mes semblables, j'étais un fouineur, un éternel insatisfait et parfois un fauteur de troubles inconscient. Je ne m'arrêtais jamais assez longtemps pour avoir le temps d'y réfléchir, mais mon instinct me semblait juste. Je partageais l'optimisme fantasque qui nous faisait croire que certains d'entre nous allaient de l'avant, que nous avions choisi la bonne voie et que les meilleurs du lot finiraient inévitablement par percer. Mais comme d'autres j'avais aussi le sombre pressentiment que la vie que nous menions était une cause perdue, que nous étions tous des acteurs qui nous abusions nous-même tous au long d'une absurde odyssée. Et c'était la tension entre ces deux extrêmes, idéalisme tapageur d'une part, hantise de l'échec imminent de l'autre, qui continuait à me pousser en avant.
> lire la suite
-
Par Woland, le 07/11/2010
Las Vegas parano de
Hunter S. Thompson
...] ... Les rédacteurs m'avaient également donné trois-cents dollars en liquide [dollars de 1971, bien entendu] que nous avions déjà presque entièrement dépensés pour acheter des drogues extrêmement dangereuses. Le coffre de la voiture ressemblait à un labo ambulant de la brigade des stupéfiants : nous avions deux sacoches d'herbe, soixante-quinze pastilles de mescaline, cinq feuilles d'acide-buvard carabiné, une demi-salière de cocaïne, et une galaxie complète et multicolore de remontants, tranquillisants, hurlants, désopilants ... sans oublier un litre de tequila, un litre de rhum, un carton de Budweiser, un demi-litre d'éther pur et deux douzaines d'ampoules de nitrite d'amyle.
On s'était levé ce gentil petit arsenal la veille au soir, en courant frénétiquement aux quatre coins du district de Los Angeles - de Topanga à Watts, on a raflé tout ce qui nous tombait sous la main. C'est pas qu'on avait besoin de tout ça pour notre petit voyage, mais une fois qu'on commence sérieusement une collection de drogues, on a tendance à vouloir la pousser jusqu'au bout.
La seule chose qui m'inquiétait vraiment, c'était l'éther. Il n'est rien au monde de plus désemparé et de plus irresponsable et de plus dépravé qu'un homme qui est dans l'éther jusqu'aux mirettes. Or, je me doutais bien qu'on ne tarderait pas à passer à cette saleté - dès la prochaine station-service, probablement. Nous avions goûté presque tout le reste et, ma foi ! l'heure était venue de se renifler un bon coup d'éther. Après, on ferait les cent-soixante bornes qui nous restaient dans un abominable état d'abrutissement entrecoupé de spasmes et de coulées de bave. La seule façon de rester éveillé à l'éther, c'est de s'envoyer un tas d'amyles - pas tout d'un seul coup, mais régulièrement, juste assez pour pas bouger du 140 en traversant Barstow. ... [...]
> lire la suite
-
Rhum express de
Hunter S. Thompson
Le "bonheur" ou l'"amour" font partie des termes que je n'ai jamais vraiment compris. Quand on gagne sa vie avec les mots, on finit par s'en méfier. A commencer par de "grands mots" tels que "Bonheur", "Amour", "Honnêteté", "Confiance" : ils sont bien trop évasifs et relatifs lorsqu'on en vient à les comparer à la précision méchante de "taré", "minable" ou "dingue".
-
Las Vegas parano de
Hunter S. Thompson
Là réside l’avantage principal de l’éther : il vous fait vous comporter comme le soûlard du village dans quelque primitif roman irlandais… perte totale de toutes les capacités motrices de base : vision embrouillée, aucun équilibre, langue paralysée — rupture de toute coordination entre corps et cerveau. Ce qui ne manque pas d’intérêt car le cerveau continue à fonctionner plus ou moins normalement… à dire vrai, vous vous voyez vous comporter de cette déplorable manière, mais vous ne pouvez rien y faire.
Vous arrivez au tourniquet d’entrée du Circus-Circus et vous savez bien qu’une fois là, vous devrez donner deux dollars au type pour pouvoir entrer… mais quand vous y arrivez, tout se passe mal : vous calculez mal la distance qui vous sépare du tourniquet et vous vous cognez dessus, vous rebondissez et vous vous rattrapez à une vieille dame pour ne pas vous casser la figure, puis quelque rotarien courroucé vous bouscule et vous pensez : Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Qu’est-ce qu’il y a ? Et puis vous vous entendez bafouiller : « Toutou a baisé le pape, c’est pas de ma faute. Attention ! Quoi, de l’argent ? Mais je m’appelle Brinks, je suis né… né ? Les brebis par-dessus bord… femmes et enfants dans le wagon blindé… ordres du capitaine Zip. »
Ah ! diabolique éther — complète drogue du corps. L’esprit recule d’horreur, incapable de communiquer avec la colonne vertébrale. Les mains s’agitent comme des démentes, incapables de sortir du fric de la poche… rires faux et chuintements de bouche… tout en souriant toujours.
L’éther est la drogue parfaite pour Las Vegas. Dans cette ville, ils adorent les pochards. C’est de la viande fraîche. Aussi ils nous firent passer le tourniquet et nous balancèrent à l’intérieur.
> lire la suite
-
Rhum express de
Hunter S. Thompson
« Puis midi arrivait et le matin miroitait comme un rêve déçu. La sueur devenait une torture et le reste de la journée était jonchée des cadavres de toutes les belles occasions qui auraient pu se présenter mais qui n’avaient pas réussi à survivre à la fournaise. En continuant à monter, le soleil carbonisait les dernières illusions et me donnaient à voir tout ce qui m’entourait sous son vrai jour, étriqué, maussade, vulgaire et je me disais que non, rien de bon pourrait m’arriver ici. » (p. 310 & 311)
> lire la suite
-
Par Alcapone, le 11/08/2010
Las Vegas parano de
Hunter S. Thompson
C’était perfide, stupide et dément à tous points de vue - mais il n’était pas possible de passer à côté de relents d’humour planant sur l’idée d’un journaliste à la gonzo et aux prises avec un épisode psychédélique virtuellement terminal qui serait invité à assurer le reportage sur la Conférence nationale des Procureurs sur les narcotiques et les drogues dangeureuses.p.84