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Contre-jour de
Thomas Pynchon
On trouvait ici des Waziris venus du Waziristan qui s'enseignaient entre eux diverses méthodes pour assaillir le chaland, en lequel ils voyaient dans ce pays une source principale de revenus. Des indiens Tarahumaras du nord du Mexique étaient accroupis, visiblement nus, dans des répliques en lattes et enduites de plâtre des grottes de leur Sierra Madre natale, feignant de manger des cactus hallucinogènes qui les jetaient dans des convulsions spectaculaires fort peu différentes de celles du Geek commun, que connaissaient depuis longtemps les Américains amateurs de foires.
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V. de
Thomas Pynchon
Ce que sont pour le libertin les cuisses ouvertes, ce qu'est un vol d'oiseaux migrateurs pour l'ornithologue, ce qu'est la tenaille pour l'ajusteur, voilà ce qu'était pour le jeune Stencil la lettre V. Il rêvait, une fois par semaine, peut-être bien, que tout cela n'avait été qu'un rêve, et qu'à présent il se réveillait pour découvrir que la poursuite de V. n'était après tout qu'une recherche purement intellectuelle, une aventure de l'esprit, selon la tradition du Rameau d'or ou de la Déesse blanche.
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V. de
Thomas Pynchon
"Le tissu de l'histoire contemporaine, songeait Eigenvalue, doit être tout en fronces, si bien que pour les gens qui, comme Stencil, se trouve au creux d'une de ces fronces, il est impossible de discerner la chaîne, la trame ou le motif de l'ensemble. Néanmoins, le seul fait d'exister au creux d'une fronce fait supposer d'autres fronces semblables, chacunes enfermanée dans un cycle sinueux, et l'on en vient à prêter à ces cycles une importance plus grande encore qu'au tissage proprement dit et l'on abolit toute idée d'unité. C'est ainsi que nous sommes charmés par ces automobiles si drôles des années trente, par la mode si curieuse des années vingt, par les étranges pratiques morales de nos grands-parents. Nous sommes producteurs et spectateur de comédies musicales, dont ils sont les héros, et nous nous laissons embringuer dans une fausse représentation et une nostalgie bidon de ce qu'ils ont été. Et, conséquement, nous somme fermés à toute notion de tradition continue. Si nous avions vécu sur la crête de la vague, il en aurais été autrement. Au moins, nous aurions pu voir."
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Par SPQR, le 10/12/2007
Vente à la criée du lot 49 de
Thomas Pynchon
"Elle ne pouvait détacher son regard du sien. Il avait des yeux noirs, entourés de rides incroyablement serrées. On aurait dit un labyrinthe de laboratoire destiné à l'étude des larmes. Ces yeux semblaient savoir ce qu'elle voulait, alors qu'elle l'ignorait elle-même."
"Les mots, qui s'en soucie ? Ce ne sont que des bruits appris par cœur, pour franchir la barrière des os dans la mémoire des acteurs. C'est dans cette tête qu'est la réalité. Dans ma tête. Je suis le projecteur dans le planétarium, avec tout ce petit univers fermé visible dans le cercle de cette scène qui jaillit de ma bouche, de mes yeux et, parfois, d'autres orifices également."
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Par keisha, le 17/10/2010
Vente à la criée du lot 49 de
Thomas Pynchon
Que restait-il à hériter? Cette Amérique qui se trouvait codée dans le testament d'Inverarity, à qui appartenait-elle? Elle pensa à des wagons de marchandises immobilisés, où les gosses assis par terre, heureux comme Baptiste, chantaient en coeur le refrain des chansons que leur mère écoutait sur son transistor; à d'autres squatters, dressant des tentes derrière les vastes réclames le long des autoroutes, ou bien endormis dans les cimetières de voitures, à l'abri dans des carcasses de vieilles Plymouth, ou même qui n'hésitaient pas à passer la nuit en haut d'un poteau télégraphique dans les tentes qu'y installent les poseurs de ligne, comme des chenilles dans leurs cocons, à se balancer dans une toile d'araignée de fils téléphoniques, au sein d'un écheveau de fils de cuivre, celui du miracle séculaire des communications, sans se soucier du voltage qui filait tout au long de ces kilomètres de métal, transportant des milliers de messages à travers la nuit. Elle se souvint de ces errants qu'elle avait écoutés, des Américains qui parlaient la langue avec beaucoup de soin, en érudits, comme des exilés venus d'un autre monde invisible mais qui aurait été le double fantomatique du pays béni où elle vivait. Et ces ombres qui sillonnent les routes, la nuit, et qui surgissent tout à coup dans la lumière des phares, mais ils ne lèvent pas les yeux, et ils sont trop loin d'une ville quelconque pour aller vraiment quelque part.
Un après-midi d'été, Mrs Oedipa Maas rentra d'une réunion Tupperware où l'hôtesse avait peut-être mis trop de kirsch dans sa fondue pour découvrir qu'elle, Oedipa, venait d'être nommée exécuteur testamentaire, ou plutôt exécutrice, se dit-elle, d'un certain Pierce Inverarity, magnat californien de l'immobilier.
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V. de
Thomas Pynchon
Vénus était debout, dans ce qui semblait être la moitié d'une coquille scongille, grasse, blonde et, le Gaucho, tedesco de tempérament, la trouvait à son goût. Mais il ne comprenait pas ce qui se passait dans le reste du tableau. Il semblai y avoir un conflit quelconque autour de la question: fallait-il ou non voiler sa nudité? Sur la droite, une dame piriforme, à l'oeil vitreux, cherchait à l'envelopper d'une couverture mais, sur la gauche, un coléreux jeune homme, avec des ailes dans le dos, souflait à pleins poumons, afin que le vent de son haleine emportât ladite couverture, cependant qu'une jeune personne à peine vêtue s'enroulait littéralement autour de lui, dans l'espoir, sans doute, de le calmer et de le ramener au lit. Pendant que cette étrange engeance se chamaillait, Vénus restait là, les yeux fixés au loin sur on ne sait trop quoi, tout en drapant autour d'elle ses longs cheveux torsadés. Aucun de ces personnages ne semblait regarder aucun autre. Un tableau déconcertant. Le Gaucho ne pouvait imaginer pourquoi signor Mantissa y tenait, mais cela n'était pas l'affaire du Gaucho.
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V. de
Thomas Pynchon
Le désert envahit la terre de l'homme subrepticement. Celui-ci n'est pas fellah, mais il possède tout de même un bout de terrain. Il l'avait possédé. Encore tout jeune garçon, il avait réparé le mur, l'avait cimenté, avait transporté des pierres aussi lourdes que lui, les avait soulevées, les mises en place. Mais le désert pénètre malgré tout. Le mur est-il traître, pour laisser passer le désert de la sorte? A moins que le jeune garçon ne soit possédé par djinn qui sabote le travail de ses mains? Ou la puissance du désert est-elle si grande que ni le garçon, ni le mur, ni le père, ni la mère décédés ne peuvent rien contre lui?
Non. Le désert envahit. C'est un fait; rien de plus. Aucun djinn ne possède le garçon, aucune traîtrise n'habite le mur, aucune hostilité le désert. Rien.
Bientôt, il n'y aura rien. Bientôt, le désert seulement.
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Vineland de
Thomas Pynchon
Sur l'écran, Zoyd bondit à travers sa vitre, accompagné du son doublé d'une vraie devanture en train de s'écrouler. Les voitures de police et celles des pompiers apportaient la note joyeuse des chromes. Zoyd se regarda atterrir sur le sol, rebondir, rebondir, se relever, se précipiter sur la caméra, montrant les dents et hurlant. On avait coupé les formalités policières, mais il fut ravi de voir comme la robe rendait bien à l'image, Day-glo orange, rouge violacé à la limite de l'ultraviolet, avec une touche de vert acide, un point de magenta, dans un imprimé rétro de perroquets et de danseuse hawaïennes de hula-hoop, elle ressortait terrible. Sur une des chaînes de San Francisco, ils repassèrent la bande au ralenti, avec la trajectoire qui formait comme les millions de gouttes cristallines d'un jet d'eau, et Zoyd en plein vol tournoyant sur lui-même dans toutes sortes d'attitudes qu'il ne se rappelait pas avoir prises et dont beaucoup, en plan fixes, auraient décroché la timbale dans des concours de photos. On passa ensuite un montage de ses tentatives précédentes, et, à chaque fois que l'on remontait d'un an en arrière, la qualité de la couleur et de la technique empirait, ensuite il y eut un débat, avec un professeur de physique, un psychiatre, un entraîneur d'athlétisme en direct et sans rapport avec les jeux olympiques de Los Angeles, et il fut question de l'évolution de la technique de Zoyd au cours des années, avec des considérations passionnantes sur la différence entre la personnalité de défenestré, qui saute par la fenêtre ouverte, et celle du transfenestré, qui préfère passer au travers, ce qui montre deux contextes psychiques parfaitement différents, et c'est là que Zoyd et Prairie commencèrent à perdre le fil.
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V. de
Thomas Pynchon
Rachel, qui voyait la glace sous un angle de 45°, pouvait observer les deux cadrans, celui tourné vers la salle et l'autre, reflété dans le miroir; elle avait sous les yeux le temps et le temps à rebours, coexistant, et s'annulant parfaitement. Trouvait-on, de par le monde, beaucoup de ces points de référence, ou seulement en des endroits-noeuds tels que celui-ci, qui abrite une population en transit d'imparfaits et d'insatisfaits? Est-ce que le temps réel plus le temps virtuel (ou temps-miroir) équivalaient à zero, confirmant ainsi quelque principe moral à moitié compris?
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V. de
Thomas Pynchon
Raoul écrivait des scénarios pour la télévision, respectant et vitupérant tout à la fois les tabous des bailleurs de fonds, comme il sied dans cette industrie.