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Par mgeffroy, le 19/03/2008
Chourmo de
Jean-Claude Izzo
Place d’Aix, la Safrane passa le feu à l’orange. Bon, me dis-je, il est près de onze, j’ai une petite faim. Et soif. Je pris la rue Sainte-Barbe, sans mettre mon clignotant, mais sans accélérer non plus. Rue Colbert ensuite, puis rue Méry et rue Caisserie, vers les Vieux Quartiers, le territoire de mon enfance. Là où était née Gélou. Là où j’avais connu Manu et Ugo. Et Lole, qui semblait toujours habiter les rues de sa présence.
Place de Lenche, je me garai à la mode de chez nous, où c’est interdit, devant l’entrée d’un petit immeuble, ma roue droite tout contre la marche d’entrée. Il y avait bien une place de l’autre côté, mais je voulais que mon suiveur ait le sentiment que si je ne faisais pas de créneau, c’est parce que je n’allais pas m’absenter longtemps. On est comme ça ici. Parfois, même pour un petit quart d’heure, la double file, avec les warnings, c’était ce qui se faisait de mieux.
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Par mgeffroy, le 12/03/2008
Vivre fatigue de
Jean-Claude Izzo
Il s'assit au bout du quai. Les pieds ballants au-dessus de l'eau. Le J4, derrière lui, dressait sa silhouette sombre et grise. Le dernier fantôme de la ville. Il n'était pas nostalgique, Gérard. Triste seulement. Et fatigué. Les rêves de la ville n'épousaient plus ses rêves. Pour la première fois, ils se sentit étranger chez lui. Sur les quais. Et dans sa vie, forcément.
Il jeta sa cigarette dans l'eau, après avoir tiré une longue bouffée qui lui brûla les doigts. C'était une belle nuit d'automne, putain ! L'odeur qui montait de la mer était la plus belle odeur qu'il connaissait. Et ce soir, ça sentait particulièrement bon. Un gabian passa au-dessus de lui en gueulant.
Gérard plongea. Il ne savait pas nager. Il n'avait jamais su.
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Par mgeffroy, le 19/03/2008
Total Khéops de
Jean-Claude Izzo
Il n’y avait que son adresse. Rue des Pistoles, dans le Vieux Quartier. Cela faisait des années qu’il n’était pas venu à Marseille. Maintenant il n’avait plus le choix.
On était le 2 juin, il pleuvait. Malgré la pluie, le taxi refusa de s’engager dans les ruelles. Il le déposa devant la Montée-des Accoules. Plus d’une centaine de marches à gravir et un dédale de rues jusqu’à la rue de Pistoles. Le sol était jonché de sacs d’ordures éventrées et il s’élevait des rues une odeur âcre, mélange de pisse, d’humidité et de moisi. Seul grand changement, la rénovation avait gagné le quartier. Des maisons avaient été démolies. Les façades des autres étaient repeintes, en ocre et rose, avec des persiennes vertes ou bleues, à l’italienne.
De la rue des Pistoles, peut-être l’une des plus étroites, il n’en restait plus que la moitié, le côté pair. L’autre avait été rasée, ainsi que les maisons de la rue Rodillat. A leur place, un parking. C’est ce qu’il vit en premier, en débouchant à l’angle de la rue du Refuge. Ici, les promoteurs semblaient avoir fait une pause. Les maisons étaient noirâtres, lépreuses, rongées par une végétation d’égout.
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Par mgeffroy, le 19/03/2008
Total Khéops de
Jean-Claude Izzo
Chez Hassan, Bar des Maraîchers à la Plaine, ni raï , ni reggae, ni rock. Que de la chanson française, et presque toujours Brel, Brassens et Ferré. L’Arabe, il se faisait un plaisir en prenant les clients à contre-pied.
- Salut, Etranger, dit il en nous voyant entrer.
Ici, on étais tous l’ami étranger. Quelle que soit la couleur de la peau, des cheveux ou des yeux. Hassan s ‘était fait une belle clientèle de jeunes, lycéens et étudiants. De ceux qui taillent les cours, de préférence les plus importants. Il tchatchaient de l’avenir du monde devant un demi pression, puis, passées sept heures du soir, ils entreprenaient de le reconstruire. Ça ne changeait rien à rien, mais c’était bon par ou ça passait. Ferré chantait :
On n’est pas des saints.
Pour la béatitude, on n’a qu’Cinzano.
Pauvres orphelins.
On prie par habitude notr’Per’nod
Je ne savais que boire. J’avais sauté l’heure du pastis. Après un coup d’œil au bouteilles, j’optais pour un Glenmorangie. Pérol, pour un demi.
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Par mgeffroy, le 25/02/2008
Chourmo de
Jean-Claude Izzo
Il y avait peu de monde à cette heure. Des vieux. Une mère qui donnait le biberon à son bébé. Je me surpris à fredonner Chella Ila. Une vieille chanson napolitaine de Renato Carosone. Je retrouvais mes marques. Avec les souvenirs qui vont avec. Mon père m'avait assis sur la fenêtre du ferry-boat et il me disait : « Regarde, Fabio. Regarde. C'est l'entrée du port. Tu vois. Le fort Saint-Nicolas. Le fort Saint-Jean. Et là, le Pharo. Tu vois, et après c'est la mer. Le large.
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Chourmo de
Jean-Claude Izzo
Les quartiers nord, avec leurs milliers de fenêtres éclairées, ressemblaient à des bateaux. Des navires perdus. Des vaisseaux fantômes. C'était l'heure la pire. Celle où l'on rentre. Celle où, dans les blocs de béton, on sait que l'on est vraiment loin de tout. Et oubliés.
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Chourmo de
Jean-Claude Izzo
La saloperie du monde courait plus vite que nous. On pouvait l'oublier, la nier, elle nous rattrapait toujours au coin d'une rue.
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Par lisa3, le 02/12/2010
Le soleil des mourants de
Jean-Claude Izzo
Comment lui dire ce qu'il ressentait ? cette émotion, là, tout au fond de lui. Rico ne savait plus rien de ces choses, qui appartiennent aux sentiments. Les mots, les mots de l'amour, les je t'aime et tous les autres, mièvres, puérils, qu'on invente, s'étaient lentement effilochés. Ils n'évoquaient plus que des souvenirs, des lambeaux.
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Par mgeffroy, le 19/03/2008
Solea de
Jean-Claude Izzo
J’avais tourné la tête et laissé mon regard filer vers l’horizon. Là où la mer devient plus sombre. Plus épaisse. Je m’étais dit que la solution à toutes les contradictions de l’existence était là, dans cette mer. Ma Méditerranée. Et je m’étais vu me fondre en elle. Me dissoudre, et résoudre, enfin, tout ce que je n’avais jamais résolu dans ma vie, et que je ne résoudrai jamais.
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Par mgeffroy, le 25/02/2008
Total Khéops de
Jean-Claude Izzo
Il passa l'après-midi à repérer les lieux. Monsieur Charles, comme on l'appelait dans le Milieu, habitait une des villas cossues qui surplombent la Corniche, des villas étonnantes, avec clochetons ou colonnes, et des jardins avec palmiers, lauriers-roses et figuiers. Quitté le Roucas-Blanc, la rue qui serpente à travers cette petite colline, c'est un entrelacs de chemins, parfois à peine goudronnés. Il avait pris le bus, le 55, jusqu'à la place des Pilotes, en haut de la dernière côte. Puis il avait continué à pied. Il dominait la rade. De l'Estaque à la Pointe Rouge. Les îles du Frioul, du Château d'If. Marseille cinémascope. Une beauté. Il aborda la descente, face à la mer. Il n'était plus qu'à deux villas de celle de Zucca. Il regarda l'heure. 16 heures 58.
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Par mgeffroy, le 08/12/2007
La trilogie Fabio Montale : Total Khéops ; Chourmo ; Solea de
Jean-Claude Izzo
«Parfois, ce qu’on a sur le coeur s’entend mieux que ce qu’on dit avec la langue.»
«Un jour, on ne peut plus dire à l’autre qu’il est beau, parce que l’amour a foutu le camp et que l’on n’est plus désirable.» Extraits de Solea
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Par Trolly44, le 24/10/2011
Total Khéops de
Jean-Claude Izzo
La répression du grand banditisme est à Marseille une priorité. La seconde, c’est le maintien de l’ordre dans le quartier nord
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Par litolff, le 08/11/2010
Le soleil des mourants de
Jean-Claude Izzo
Il se leva péniblement, se traîna jusqu’au bout du quai. Là, il se faufila derrière la rangée de chaises en plastique, s’allongea sur le côté, la tête face au mur, puis il ramena le col de son manteau sur sa tête et ferma les yeux. L’hiver qui était en lui l’emporta.
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Par Seïla, le 16/12/2011
Le soleil des mourants de
Jean-Claude Izzo
C'est quand le ciel te tombe sur la tête, que tu découvres l'horreur. Que l'horreur existe dans le monde. Parce que tu bascules dans une autre vie, et que tu rencontres des gens dont t'imaginais même pas l'existence, ni la douleur...
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Par Rhl, le 17/08/2011
Chourmo de
Jean-Claude Izzo
Moi, je n'en attendais plus rien de la vie. Je l'avais juste envisagée pour elle-même un jour. Et j'avais fini par l'aimer. Sans culpabilité, sans remords, sans crainte. Simplement. La vie, c'est comme la vérité. On prend ce qu'on y trouve. On trouve souvent ce qu'on a donné.
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La trilogie Fabio Montale : Total Khéops ; Chourmo ; Solea de
Jean-Claude Izzo
Tous leurs traits étaient mous. Dans leurs yeux, fuyants, aucune lueur de révolte. Des aigris de naissance. Ils n'auront de haine que pour plus pauvres qu'eux. Et tous ceux qui boufferont leur pain; Arabes, Noirs, Jaunes. Jamais contre les riches.
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La trilogie Fabio Montale : Total Khéops ; Chourmo ; Solea de
Jean-Claude Izzo
Ce n'était pas par manque de courage. Je ne faisais pas confiance. Pas assez. Pas suffisamment pour mettre ma vie, mes sentiments entre les maiins de quelqu'un. Et je m'usais à essayer de tout résoudre par moi-meme. Une vanité de perdant.
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La trilogie Fabio Montale : Total Khéops ; Chourmo ; Solea de
Jean-Claude Izzo
Soléa
[Babette] n’était qu’un détonateur. Et moi, je me découvrais tel que j’étais en réalité. Inattentif aux autres, m^me à ceux que j’aimais. Incapable d’entendre leurs angoisses, leurs peurs. Leur envie de vivre, encore un peu, et heureux. Je vivais dans un monde où je ne leur faisais pas de place. Je els côtoyais, plus que je ne partageais. J’acceptais tout d’eux, avec indifférence parfois, laissant glisser, souvent par flemme, ce qu’ils pouvaient dire ou faire qui me déplaisait.
Lole, dans le fond, c’était pour ça qu’elle m’avait quitté. Pour cette manière que j’avais de passer à travers les êtres, avec indolence, insouciance. Inintéressé. Je ne savais pas montrer, même dans les pires moments, combien, en réalité, j’étais attaché à eux. Je ne savais pas le dire non plus. Je croyais que tout allait de soi. L’amitié. L’amour. Hélène Pessayre avait raison. Je n’avais pas tout donné à Lole. Je n’avais jamais tout donné à personne.
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La trilogie Fabio Montale : Total Khéops ; Chourmo ; Solea de
Jean-Claude Izzo
Chourmo
Ce n’était pas le choix qui déterminait tout, mais notre disponibilité devant les autres.
L’important, pour moi, était que l’on fasse des choses pour Marseille. Pas pour séduire Paris.
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Par mgeffroy, le 19/03/2008
Solea de
Jean-Claude Izzo
On ne comprend rien à cette ville si l’on est indifférent à sa lumière. Elle est palpable, même aux heures les plus brûlantes. Quand elle oblige à baisser les yeux. Marseille est ville de lumière. Et de vent. Ce fameux mistral qui s’engouffre dans le haut de ses ruelles et balaie tout jusqu’à la mer. Jusqu’au large de Pomègues et Ratonneau, les îles du Frioul. Jusqu’après Planier, le phare, aujourd’hui éteint, reconverti en école de plongée, qui indiquait à tous les marins du monde que Marseille était à portée de main, et que ses femmes, pute ou pas, leur feraient oublier la passion des mers et des îles lointaines.
Marseille, à vrai dire, on ne peut l’aimer qu’ainsi, en arrivant par la mer. Au petit matin. A cette heure où le soleil, surgissant derrière le massif de Marseilleveyre, embrase ses collines et redonne du rose à ses vieilles pierres.
Extrait du texte
"marseille"
Après une courte sieste, j’étais parti marcher vers les calanques. J’avais senti le besoin de laver ma tête à la beauté de ce pays. De la vider de ses sales pensées, et de la remplir d’images sublimes. Besoin aussi de donner un peu d’ai pur à mes pauvres poumons.
J’étais parti du port de calelongue, à deux pas des Goudes. Une balade facile, de deux heures à peine, par le sentier des douanes. Et qui offrait de magnifiques points de vue sur l’archipel de Riou et le versant sud des calanques. Arrivé au Plan des Cailles, j’avais tiré à flanc, non loin de la mer, dans les bois au-dessus de la calanque des Queyrons. Suant et soufflant comme un pauvre diable. J’avais fait une halte au bout du sentier en corniche qui surplombe la calanque de Podestat.
J’étais bien, là, face à la mer. Dans le silence. Ici, il n’y avait rien à comprendre, rien à savoir. Tout se donnait aux yeux dans l’instant où l’on en jouissait.