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Par mgeffroy, le 09/03/2008
Le Bal des débris de
Thierry Jonquet
Je suis affecté au service de rééducation. Mon port d'attache en quelque sorte. N'allez pas croire ça, il ne s'agit pas de coller les vieux dans un lit et d'attendre qu'ils claquent ! Ah non, non, non ! Avant, il faut qu'on les opère, qu'on les irradie, qu'on essaie sur eux les nouveaux médicaments, et surtout qu'on les rééduque ! Manquerait plus qu'à 90 ans ils marchent de travers ! Marcher droit, bouffer droit, crever droit, et qu'ça saute, une, deux !
Le service de rééducation, c'est du moderne. Il y a des cages avec des poulies, des sacs de sable, des haltères et des poids. C'est pas parce qu'on est vieux qu'on ne doit plus porter de poids. [...]
Mon boulot, c'est d'aller dans les étages et de virer les vieux de leur lit douillet, de le hisser sur mes chariots, et de les expédier au rez-de-chaussée, dans les bras des kinés. Dans les gros bras pleins de poils des kinés.
Et les kinés les rectifient : T'as le col du fémur en cale sèche ? Te bile pas grand-père, en deux coups les gros, je te masse, je te secoue, je t'articule ! Hop ! A raison d'un vieux par demi-heure et par kiné, ça carbure, mes chariots !
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Par nikita, le 11/11/2010
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de
Thierry Jonquet
Département du 9-3, septembre 2005. Anna Doblinsky, une jeune diplômée d'un IUFM, rejoint son premier poste au collège Pierre-de-Ronsard à Certigny. HLM, zone industrielle, trafics de drogue, bagarres entre bandes rivales et influence grandissante des salafistes, le décor n'est pas joyeux.
Dès le premier jour, Anna est brutalement rappelée à sa judéité par des élèves mus par un antisémitisme banal et ordinaire. Lakdar Abdane, un jeune beur particulièrement doué, ne demanderait, lui, pas mieux que d'étudier, mais n'y arrive pas depuis qu'il a perdu l'usage d'une main.
Tout serait-il écrit ? Certes non, mais une fois enclenchées, il est des dynamiques qui ne s'arrêtent pas aisément. Et la mort est au bout.
Commencé bien avant les émeutes des banlieues et le meurtre d'Ilan Halimi, ce roman dit des territoires que la République se doit de reprendre au plus vite à la barbarie.
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Par mgeffroy, le 28/01/2008
Le Manoir des immortelles de
Thierry Jonquet
Numéro 52 était un petit bonhomme rondouillard, au crâne chauve protégé de la froidure par une toque d'astrakan noire. Numéro 52 ignorait qu'il était ainsi affublé d'un numéro.
Il rajusta sa mise en examinant sa silhouette boudinée dans la vitrine d'un pressing. Un vent glacial soufflait dans la rue. Un manteau en poil de chameau, ainsi que des sous-vêtements de tissu thermolactyl tenaient bien chaud à Numéro 52. Il était donc là, Numéro 52, à contempler son image dans le miroir qu'offrait la devanture d'une boutique de nettoyage automatique, un jeudi de novembre (...).
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Par mgeffroy, le 12/03/2008
Moloch de
Thierry Jonquet
Ils étaient là, pataugeant dans la boue, hébétés, certains pleurant, d'autres hagards, les mains tremblantes, la gorge nouée par le dégoût, la pitié, la colère, la honte, un mélange confus de ces sentiments si voisins, tous à scruter le ciel gris-bleu, dans ce matin de printemps, tous à songer à ce qu'ils avaient fait une demi-heure, une heure plus tôt, quand le téléphone avait sonné chez eux pour les tirer du sommeil et les convoquer devant cette maisonnette d'apparence si banale, dressée au fond d'un terrain vague (...).
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Par mgeffroy, le 28/01/2008
Les Orpailleurs de
Thierry Jonquet
- Je vous préviens, c'est un véritable poème... murmura Dimeglio.
Il tenait sa main plaquée sur le bas de son visage. Son teint, d'ordinaire rubicond, était livide.
- Faites attention en montant, c'est pourri ! ajouta-t-il d'une voix étouffée.
Rovère haussa les épaules et continua seul l'ascension. À partir du troisième, l'escalier était à claire-voie. Penché sur les marches gluantes de crasse humide, il constata que certaines d'entre elles avaient été sciées en leur milieu et laissées ainsi, dans l'espoir évident de piéger les intrus suffisamment imprudents pour se risquer jusque-là (...).
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Par mgeffroy, le 28/01/2008
Mygale de
Thierry Jonquet
Richard Lafargue arpentait d'un pas lent l'allée tapissée de gravier qui menait au mini-étang enchâssé dans le bosquet bordant le mur d'enceinte de la villa. La nuit était claire, une soirée de juillet, le ciel parsemé d'une pluie de scintillements laiteux.
Embusqué derrière un bosquet de nénuphars, le couple de cygnes dormait d'un sommeil serein, le cou replié sous l'aile, la femelle, gracile, douillettement blottie contre le corps imposant du mâle (...).
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Mon vieux de
Thierry Jonquet
Il se rendit au guichet d'accueil et, sitôt entré dans le hall où se trouvaient le kiosque à journaux et la cafétéria, il eut un rapide aperçu de ce qui l'attendait. Des vieillards des deux sexes erraient en robe de chambre, aggripés à leur déambulateur. D'autres végétaient sur des bancs, le regard vide et le menton dégoulinant de bave, leur bouche édentée grande ouverte. Sans le moindre signe d'agacement, de révolte. Ils tuaient le temps en attendant que le temps les tue.
Perdu au milieu d'eux, Alain eut l'impression d'avoir été convoqué pour une figuration dans un clip gore inspiré d'un tableau de Goya. Il lui était souvent arrivé d'effectuer une rapide apparition dans des téléfilms dont il avait signé le scénario, juste pour s'amuser, tantôt chauffeur-livreur, tantôt gendarme, tantôt infirmier. Il sentit un frisson lui parcourir l'échine. Erreur de casting ! L'espace d'un instant, l'envie lui prit de déguerpir au grand galop et d'oublier cette vision de cauchemar.
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Par Malaura, le 20/10/2011
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de
Thierry Jonquet
Extrait du Poème de Victor Hugo dont l'un des vers sert de titre au roman :
Étant les ignorants, ils sont les incléments
Hélas combien de temps faudra t-il vous redire
À vous tous que c’est à vous de les conduire
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité
D’une tutelle avare, on recueille les suites
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes,
les problèmes, les angoisses,
et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions ?
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Par mgeffroy, le 16/12/2007
Mémoire en cage de
Thierry Jonquet
Il est neuf heures. C’est le moment de prendre mon poste, comme tous les matins. Pour voir arriver l’autre ordure. Il y a beaucoup de bruit. Les gosses. Ils arrêtent pas de crier en courant dans les couloirs. Quand ils tombent, ça fait un bruit de ferraille. C’est leurs appareils, qui font ça. Mais ils se font pas mal, en tombant. Ils se relèvent et repartent en rigolant.
Il fait très beau, c’est le 3 juillet. La mardi 3 juillet. Hier soir, c’était le fête de l’école. Et aujourd’hui, les gosses attendent que leurs parents, qui viennent les récupérer, pour les vacances. Certains, c’est pas leurs parents, qui viennent, c’est les moniteurs d’une colo (...)
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Par mgeffroy, le 28/01/2008
La Bête et la Belle de
Thierry Jonquet
Les cordes crissaient sur le bois du petit cercueil. Les deux employés municipaux se tenaient de chaque côté de la fosse et hissaient la charge en cadence. Après deux ou trois mouvements, le cercueil fut posé sur le sol, près de la plaque tombale de granit.
— Alors ? demanda l'un des employés. Il s'essuya le front du revers de la manche, rejetant sa casquette en arrière.
Rolland Gabelou eut un instant de passage à vide. Il ne regardait pas la tombe ouverte, la terre remuée, ni les croix des autres sépultures alentour (...).