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Par Couperine, le 23/12/2010
Monsieur de bougrelon de
Jean Lorrain
Les deux filles s'étaient levées. Toujours campé dans l'embrasure de la porte,où sa silhouette grandissait encore, l'homme avait croisé les bras, et, son gourdin serré contre sa poitrine, maintenant, il se renversait en arrière et souriait. Eh ! mes petites chattes, grommelait une voix caverneuse, ne feriez-vous pas fête à mes friandises, aujourd'hui ? J'ai, pourtant, pour vous, des dragées ; je vous en sais gourmandes, à l'ordinaire. » Et, d'un geste de l'ancienne cour, ayant répandu sur le dos de sa main quelques menus grains de tabac, il replaçait dans son gousset une ignoble boîte en bois blanc, et, d'un reniflement de ses larges narines, humait la prise d'un seul trait.
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Par Couperine, le 23/12/2010
La Maison Philibert. de
Jean Lorrain
Nous tombions sur une partie de manille entre quatre déménageurs, déménageurs ou garçons bouchers, car la tenue est la même. En longues blouses bleues aux plis tombants sur le pantalon de velours, quatre robustes gars manipulaient fiévreusement les cartes. Leur jeu passionnait tout un groupes d'aminches en gilet de chasse ou en veste de toile ; vagues couvreurs, équivoques zingueurs, et plus sûrs marlous, appareillés par la même casquette et le même foulard noué coquettement autour du cou. La salle du marchand de vin, un peu en retrait sur l'alignement de la rue et surélevée de trois marches, à l'angle d'un passage, s'enfonçait en boyau jusqu'au comptoir du fond. C'était moins une salle qu'un long couloir étroit étranglé entre deux grands murs blanchis à la chaux. Des tables flanquées de banc s'étageaient parallèlement dans la profondeur de la salle, trois becs de gaz y sifflaient haut. D'autres consommateurs traînassaient sur les bancs et, avachis, le mégot au bec, s'accoudaient dans des poses esquintées, à l'angle des tables. Toute l'attention de l'assistance était sur les joueurs. Deux filles en cheveux causaient debout devant le comptoir ; le patron, une espèce de colosse aux bras violacés et velus, leur versait une seconde absinthe.
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Par Couperine, le 23/12/2010
Jean Lorrain. Les Lépillier : . Nouvelle édition de
Jean Lorrain
"Au revoir, Anastasie, et bien des choses à mademoiselle". "N'oubliez pas de dire que nous sommes venues, madame Lemastur et moi, toutes deux exprès de Saint-Craon pour la voir".
"Mademoiselle regrettera bien", et la vieille servante, espèce de gendarme en jupons, s'effaça pour laisser mesdames Lemastur et Froidmantel remonter en voiture.
Maintenant c'étaient cent minauderies entre les deux femmes; madame Lemastur voulait que madame Froidmantel s'installât la première, et madame Froidmantel, toute confite en cérémonies, prétendait n'en rien faire ; néanmoins madame Lemastur eut un « après vous, ma chère » si impérieusement sec, que l'autre se décida. "Maintenant à la maison, et vivement, Sénateur. Cette fois, il n'y avait pas à s'y tromper; au ton bref de la dame, la déférence d'Anastasie refermant la portière, madame Lemastur était bien la propriétaire du coupé, l'amie riche et daignant offrir une place dans sa voiture, tandis que Madame Froidmantel, et malgré ses dentelles et malgré son chapeau à balsamines rouges, n'était que l'amie pauvre, la très humble invitée et la très humble obligée de la richarde à l'équipage.
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Par Couperine, le 23/12/2010
Jean Lorrain. Les Lépillier : . Nouvelle édition de
Jean Lorrain
C'est que Mademoiselle de Cormon préoccupait alors toute la petite ville où elle était née, et non seulement toute cette ville, mais encore tous les environs et tous les châteaux à dix lieues à la ronde. On ne devient pas riche impunément en province, où toutes les fortune sont cotées, calculées et escomptées à l'avance, sa subite opulence éblouissait, pis, elle indignait, car elle dérangeait toutes les hypothèses on s'était accoutumé à la voir toujours pauvre, on l'avait classée dans les gens de tant et tant de rentes et de telle et telle situation, et voilà qu'elle en sortait brusquement, sans avertir, sans crier gare ; c'est plus qu'il n'en faut pour indisposer un pays ; encore un peu la ville eût crié au scandale, ses amis lui en voulaient.
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Par Couperine, le 23/12/2010
Monsieur de bougrelon de
Jean Lorrain
Déborah avait allumé une lampe; la dame en chapeau noir, elle, assise à l'écart, avait chaussé son nez d'une paire de besicles énormes et s'activait, le nez sur un tricot, à manœuvrer de longues et fines aiguilles; de temps à autre elle hasardait vers nous un petit regard discret, un sourire débonnaire, un muet « allez, mes enfants, ne vous gênez pas », qui rassurait et cotonnait l'atmosphère de quiétude et de tranquillité; (…) Oh ! le paisible et familial intérieur hollandais !
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Monsieur de Phocas de
Jean Lorrain
Ethal ne m’avait pas trompé. C’étaient bien les yeux de mon rêve, les yeux de mon obsession, les yeux d’angoisse et d’épouvante dont il m’avait prédit la rencontre, regards plus beaux que tous les regards d’amour, parce que, devenus décisifs, surnaturels et, enfin, eux-mêmes dans l’affre de la dernière minute à vivre. Et sa théorie m’apparaissait enfin justifiée par le talent et le génie du peintre. Je comprenais enfin la beauté du meurtre, le fard suprême de l’épouvante, l’ineffable empire des yeux qui vont mourir.