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Par Woland, le 15/02/2011
Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... Le juge [Harbottle] était âgé, à l'époque, de quelque 67 ans. Il avait le visage gros, violacé, le nez proéminent, la bouche sévère et brutale. Mon père, qui était alors très jeune, crut n'avoir jamais vue physionomie plus redoutable : la forme et les rides du front trahissaient en effet la puissance intellectuelle ; la voix forte, dure, prêtait une efficacité plus grande au sarcasme qui était son arme habituelle à la Cour.
Ce vieux gentleman avait la réputation d'être l'homme le plus mauvais de l'Angleterre. Même à la Cour, il manifestait parfois son dédain de l'opinion. Il influait, disait-on, sur l'issue des procès, au mépris des conseils, des ordres et même de la volonté des jurés, grâce à un mélange de cajoleries, de violences, de duperies, qui parvenaient à confondre et à vaincre toute velléité de résistance. Il ne s'était jamais réellement compromis ... Il avait bien trop d'adresse pour cela. On ne l'en considérait pas moins comme un juge dangereux et sans scrupules. Mais cette réputation ne le troublait guère ; les partenaires qu'il choisissait pour charmer ses heures de loisir s'en souciaient aussi peu que lui. ... [...]
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Par Woland, le 15/02/2011
Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... J'ai dit que de nombreuses choses me plaisaient en [Carmilla].
D'autres m'étaient moins agréables.
Mais je dois d'abord la décrire. Elle était plus grande que la plupart des femmes, mince, et d'une grâce étonnante. Malgré la langueur - l'extrême langueur - de ses gestes, rien ne laissait supposer qu'elle fût malade. Elle avait un teint éclatant, des traits pleins de finesse, de grands yeux étincelants et sombres, des cheveux magnifiques. Jamais je n'en avais eu d'aussi épais, d'aussi longs, lorsqu'ils se déroulaient sur ses épaules. Combien de fois les ai-je retenus dans mes mains, m'émerveillant de leur poids ! Ils étaient délicieusement soyeux, et d'un brun chaud avec des reflets dorés. Auprès d'elle dans sa chambre, tandis qu'étendue sur une chaise longue, elle me parlait de sa voix basse et douce, j'aimais les dénouer en les emmêlant de mes doigts, puis les natter, les enrouler, les lisser, et jouer avec eux.
Pourtant, comme je viens de le dire, certains traits de son caractère me déplaisaient. Le premier soir, elle avait su me gagner par sa franchise ; depuis, je lui reprochais sa répugnance à parler d'elle-même et de tout ce qui avait trait à sa vie. J'aurais plutôt dû respecter la recommandation faite à mon père par la dame en noir [l'inconnue d'un certain âge qui a confié Carmilla au père de la narratrice], mais la curiosité est une passion dévorante. Quel mal y avait-il à me révéler ce que je désirais si ardemment savoir ? N'avait-elle pas confiance en moi, lorsque je lui jurais de ne divulguer à personne ce qu'elle pourrait me dire ?
Mais avec une obstination qui semblait au-delà de son âge, elle persistait dans son refus à me fournir la moindre lueur. Tout ce qu'elle m'apprit se résumait à quelques faits vagues. Elle s'appelait Carmilla, sa famille était de très ancienne noblesse, , elle habitait du côté de l'ouest. Mais elle ne mentionna ni son nom de famille, ni ses quartiers de noblesse, ni le nom de son domaine, ni même celui du pays où elle vivait. ... [...]
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Par Woland, le 15/02/2011
Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... - "Il était là et la méchanceté qui couvait auparavant sous son apparence abattue, se manifestait plus activement. A cette exception près, il n'avait changé en rien. Sa nouvelle énergie apparaissait dans ses gestes et dans ses regards : bientôt, elle prit d'autres aspects.
Comprenez-moi bien : pendant quelque temps, le changement ne fut perceptible qu'à sa vivacité plus grande et à son air de menace ; on eût dit qu'il concoctait constamment quelque plan atroce. Comme avant, ses yeux ne me quittaient pas.
- Est-il ici présent ? " demand[a le Dr Hesselius].
- "Non. Il est absent depuis quinze jours exactement. Il lui est déjà arrivé de m'abandonner pendant près de deux mois, ou même trois. Son absence excède toujours une quinzaine, ne fût-ce que de vingt-quatre heures. Quinze jours s'étant déjà écoulés depuis que je l'ai vu pour la dernière fois, il peut revenir incessamment.
- Son retour s'accompagne-t-il de quelque manifestation particulière ?
- Non. Il se contente d'être là. Soudain, je lève les yeux, ou je tourne la tête, du fauteuil où je suis assis à lire quelque ouvrage, et je le vois à sa place habituelle ; il y reste pendant le laps de temps qui lui est alloué. Jamais je n'en ai tant dit, tant précisé à personne." ... [...]
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Par Woland, le 15/02/2011
Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... Minuit avait sonné depuis longtemps quand Mr Barton prit congé et partit pour sa promenade solitaire. Il venait de pénétrer sur la route déserte, bordée de chaque côté par de petits murs inachevés qui indiquaient le tracé de la future rangée de maisons ; les rayons de la lune perçaient à travers le brouillard, et cette lumière imparfaite rendait encore plus lugubre la route sur laquelle il cheminait ; il y régnait ce profond silence auquel je trouve une qualité indéfinissablement excitante et qui faisait paraître le bruit de ses pas plus fort et plus distinct que nature.
Au bout d'un moment, il entendit soudain d'autres bruits de pas qui se maintenaient, eût-on dit, à distance constante derrière lui.
Il n'est jamais agréable de se sentir suivi, surtout dans un lieu si désert. Or, cette impression s'affirma si vigoureusement dans l'esprit du capitaine Barton qu'il se retourna pour faire face à son poursuivant. Mais bien que le clair de lune suffît à révéler tous les objets de la route, il n'y distingua aucune forme, humaine ou animale. ... [...]
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Par Woland, le 21/04/2011
La Maison près du cimetière de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... Entre-temps, Dangerfield avait atteint l'un de ces tendres pâturages, près de la berge de la rivière, qui, voir supra, ravissent le brave homme de pêcheur à la ligne ; son bouchon dansait déjà sur les rides du courant et la verte vallée, qu'il arpentait aux côtés de son compagnon, résonnait de temps à autre de son étrange rire rauque, dont Irons ne se risquait évidemment pas à demander la cause.
Il y a une toux de cimetière ... je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas un rire de cimetière. Il est certain que, dans celui de Dangerfield, il y avait un présage : une jubilation qui n'avait rien à voir avec l'allégresse, quelque chose qui vous mettait plus mal à l'aise que ses plus sévères remontrances. Si un homme n'est pas naturellement rieur, mieux vaut qu'il s'abstienne de rire. Les bipèdes qui aiment la chasse aux souris et aux charognes ont un chant à eux et personne n'y trouve à redire. On peut bien n'aimer ni la chouette ni le corbeau, n'empêche qu'on les respecte quand ils s'en tiennent à leur cri, croassement ou ululement, ce qui est loin d'être agréable, mais c'est de la nature sans artifice, et donc on s'y fait. Tout ce que l'on demande à ces oiseaux semblables à des gentilshommes, c'est de ne pas se tromper de chant : qu'ils n'aillent pas faire semblant d'être musiciens ou, s'ils jouent de la musique, nous infliger un pur chiqué en guise de gazouillis.
Irons, un éternel sourire spectral flottant sur ses lèvres minces, se tenait un peu en retrait avec une gaffe, une épuisette, une seconde gaule, un petit sac de vers et le reste de l'attirail, ne parlant qu'interpellé, ou pour suggérer un changement d'amorce ou de mouche, ou encore un lancer dans un endroit particulier, car Dangerfield était de l'avis de ce brave colonel Venables : il est bon que le sportif amateur s'associe à un honnête pêcheur expérimenté qui lui communiquera, sans réserve ni arrière-pensée, les arcanes de son art.
Dangerfield avait les yeux fixés sur le bouchon, mais ses pensées étaient ailleurs. Chaque fois que Sturk le rencontrait, pour dîner ou au club, envolés son arrogance de docteur et on organe de stentor ! il sombrait pour un bon moment dans une humeur ténébreuse et pensive. Lorsqu'il en sortait lentement, il ne pouvait parler qu'à l'homme aux binocles [= Dangerfield] mais s'arrêtait en chemin, redevenant songeur, comme errant dans un rêve qu'on ne se remémore qu'à demi ; puis, quand il prenait congé de Dangerfield, il ne le faisait qu'avec un regard qui s'attardait, un sombre repli sur soi, comme s'il avait encore un dernier mot à dire, après quoi il s'en allait, l'air vague et triste. Il était naturel que, avec les vues qu'il avait sur l'agence, Sturk lui portât un intérêt particulier. Mais il y avait quelque chose de plus et cela n'échappa pas à Dangerfield à qui, d'ailleurs, rien de ce qui le concernait n'échappait jamais. ... [...]
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Par Woland, le 21/04/2011
La Maison près du cimetière de
Joseph Sheridan Le Fanu
[...] ... A la lumière flamboyante de la bougie, elle jeta par dessus l'épaule des coups d'oeil inquiets à droite et à gauche dans l'escalier. Que la fenêtre du vestibule paraissait noire, avec les dessins blancs des flocons de neige qui se succédaient perpétuellement en glissant le long des carreaux. Qui pourrait dire quel visage horrible, caché derrière le rideau de dentelle blanche de la neige, était peut-être là, tout prêt, en train d'épier son passage ? Ainsi, d'un pas léger, avec agilité, Betty, la cuisinière, montait dans l'escalier.
Si ceux qui écoutent aux portes entendent rarement dire du bien d'eux, il arrive que les curieux voient plus que ce qu'ils désirent voir et, quand elle atteignit le palier, Betty, jetant un coup d'oeil de côté avec une curiosité de mauvais augure, contempla un spectacle qui la fit presque s'évanouir.
Rampant dans l'embrasure de la porte, à droite du vestibule, la cuisinière, dis-je, aperçut quelque chose - une forme, quelque ombre profonde, oui, seulement une ombre profonde ... à moins que ce ne fût un chien. Elle leva la chandelle, risqua un oeil sous le bougeoir : sur ma vie, ce n'était pas une ombre mais une forme parfaitement nette.
Une forme vêtue de noir, qui se faisait toute petite, le visage levé. C'était le visage de Charles Nutter [que tout le monde croit noyé], immobile et furtif. Le temps que dura la fascination - celui que vous prendriez à compter, en vous appliquant, jusqu'à trois -, les regards horrifiés se rencontrèrent. Mais il ne put y avoir aucune erreur. Elle aperçut le sombre visage austère aussi nettement que jamais. La lumière vacilla dans le blanc des yeux de l'apparition.
Se levant soudain, le spectre frappa la bougie d'un coup de chapeau. Poussant un hurlement, la fille lui balança à la figure le chandelier, qui s'écrasa avec un bruit d'enfer contre la porte et tout fut instantanément plongé dans les ténèbres. ... [...]
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Par Couperine, le 21/02/2011
Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
Les mots sont impuissants à décrire mon trouble. Bien entendu, j'avais, comme tout le monde, quelques notions des "illusions spectrales", pour reprendre les termes dont vous, médecins, vous vous servez pour désigner ces phénomènes. J'examinai ma situation et regardai mon malheur en face.
"J'avais lu que ces affections étaient, tantôt provisoires, tantôt obstinées. Mes lectures m'avaient appris l'existence de certains cas où l'apparition, d'abord inoffensive, se transformait, peu à peu, en quelque chose de sinistre et d'insupportable, qui finissait par user les nerfs de la victime. Debout sur cette route de campagne, seul avec mon bestial compagnon, je tentai de me réconforter en me répétant ces mots: "Il s'agit simplement d'une maladie, d'une affection physique bien connue, aussi distincte que la petite vérole ou les névralgies. Les médecins sont tous d'accord là-dessus. La philosophie le démontre. Je ne dois pas agir en imbécile. J'ai veillé jusqu'à des heures trop tardives, je digère mal. Mais ce n'est qu'un symptôme de dyspepsie nerveuse et, avec l'aide de Dieu, je serai bientôt guéri." Le croyais-je moi-même ? Non, je n'en pensais pas un mot, pas plus que n'y ont jamais cru les misérables êtres victimes de cette captivité satanique. En dépit de mes convictions, et même de mon savoir, je m'efforçais simplement de m'inspirer un faux courage.
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Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
Alors, ayant vraiment peur pour la première fois, je me mis à hurler de toutes mes forces. Nourrice, bonne et femme de charge entrèrent en courant. Après avoir entendu mon histoire, elles feignirent d’en faire peu de cas, tout en s’efforçant de me calmer par tous les moyens. Mais, malgré mon jeune âge, je discernai une expression d’anxiété inhabituelle sur leur visage blême, et je les vis regarder sous le lit, inspecter la chambre, jeter des coups d’œil sous les tables et ouvrir les armoires. Après quoi, la femme de charge murmura à l’oreille de la bonne : « Passez votre main dans ce creux sur le lit ; quelqu’un s’est bel et bien couché là, aussi vrai que vous avez omis de le faire : l’endroit est encore tiède. »
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Par wictoria, le 27/09/2008
Le Mystérieux Locataire et autres histoires d'esprits forts de
Joseph Sheridan Le Fanu
Je me demandais sans trêve pourquoi mon enfant, mon enfant innocent avait été frappé, envoyé au tombeau, et surtout pourquoi ma femme, que j'adorai et dont l'idéal, j'en suis certain, consistait à louer et à glorifier Dieu, son créateur, devait subir une telle torture et souffrir de cette calamité que seul un démon avait pu imaginer, non un Dieu ! Ce Dieu, si grande était ma torture morale, je le raillais et le blasphémais avec la rage et le désespoir impuissants d'un damné en proie à ses tourments éternels.
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Carmilla de
Joseph Sheridan Le Fanu
"Je croyais déceler une froideur qui n'était pas de son âge dans ce refus obstiné, mélancolique et souriant, de me montrer le plus faible rayon de lumière."