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Par litolff, le 03/02/2012
Les séparées de
Kéthévane Davrichewy
Les pensées d'Alice se heurtaient désormais à l'écho. Peut-être le miroir grossissant, le reflet rassurant mais déformé qu'elles se tendaient l'une à l'autre, était-il nuisible ? Qui a besoin de se voir de si près ? Leurs images réfléchies devenaient obscènes, elles avaient tenté en vain de se ressembler puis elles avaient aspiré à la différence, à l'indépendance. Leur amitié ne s'en était pas remise.
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Par kathel, le 30/01/2012
Les séparées de
Kéthévane Davrichewy
Lorsque Cécile rencontra Eric, une nouvelle ère commença. Alice passa beaucoup de temps avec le couple, puis on lui présenta Patrick. Ils se plurent tout de suite. Leur relation fut houleuse. Ils se disputaient. Il aimait séduire, elle était jalouse et lui faisait des scènes interminables. Quand cela prenait fin, exsangue, elle lisait et relisait Proust, les pages qui ne parlaient que de ça, la jalousie de Swann, celle du narrateur, les mensonges d’Odette et d’Albertine. Elle lisait L’ennui de Moravia. La littérature densifiait ce qu’elle vivait, lui donnait de la valeur.
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Par kathel, le 12/09/2010
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
Le jour se lève. Elle le sent sous ses paupières closes. Le bruit de la rue lui parvient de très loin. Plus près, un chien aboie. Un oiseau chante. Un enfant pleure, ou bien rit. Les contours sont flous. Un parfum de fleurs, les effluves du jardin. Il faudrait ouvrir à la chienne. Elle tente de repousser les draps, de se redresser, mais son corps reste inerte. Une ombre incertaine s’agite. Elle ouvre les yeux. Réveillée maintenant. Elle ne bouge pas. Pas encore. Ni jardin. Ni chienne. Elle détaille la chambre. Les murs jaunis, le vieux fauteuil au pied du lit, les quelques vêtements, abandonnés la veille. La commode recouverte de livres et de bibelots amassés. Elle ne les supporte plus. Il faudrait les faire disparaître, ne garder que les livres.
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Les séparées de
Kéthévane Davrichewy
Les méfaits du temps courent,cimentent,perdurent.
Pourtant,c'est vers toi que je tends.Je cherche un sens à notre lien,un tissu rare,déchiré au centre.Irrécupérable.Une quête dérisoire.
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Les séparées de
Kéthévane Davrichewy
Les disparus surgissent quand on ne les attend pas et ne répondent pas quand on les espère.
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Par litolff, le 16/11/2010
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
Je voudrais trouver un travail pour apporter un peu d'argent à la maison. Mais Déda exige que j'étudie jusqu'à ma majorité. Elle aide à la crémerie et fait des ménages. Elle reste belle. Peu à peu, elle retrouve son éclat, je dirai même une sorte de gaieté que je ne lui ai jamais vue. Se battre pour nous est son moteur. Elle est très appréciée dans le quartier. Ses sourires distribués à tous m'irritent. Près d'elle, je fais souvent mine d'être absorbée par un journal. Les commerçants sont habitués à mes bouderies, ils s'adressent à Théa qui joue parfaitement son rôle de fille.
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Par Nanne, le 30/03/2010
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
Tamaz vient aujourd'hui. Enfin. Commencer à y penser. Pour la joie et la douleur d'y penser. Il sera là ce soir. Elle remue un peu les orteils, remonte les draps sur son menton, laisse retomber sa tête sur l'oreiller. Elle referme les yeux, sent Pacha sauter sur sa poitrine. Le chat se couche contre son oreille et se met à ronronner. Tout redevient flou. Le silence de la pièce sans appareil en marche. Elle s'assoupit. Dans son sommeil, elle voit surgir le champ de blé derrière la maison. Tamaz l'appelle. Elle sursaute mais ne répond pas. Elle dort.
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Par litolff, le 16/11/2010
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
Les saisons à Tbilissi étaient de vraies saisons. A la fin du printemps, la ville devenait colorée, poussiéreuse, bruyante.
Nous gardons les portes ouvertes, la chaleur entre chez nous. Mes cousins habitent la maison d’à côté, la rue devient notre rue. Des fragments dans ma mémoire. On nous laisse plus libres. Je cours jusqu’au marchand de fruits, il me donne des cerises, nous nous cachons pour les manger, nous nous déshabillons pour ne pas tacher nos vêtements et fâcher Bébia, notre grand-mère. Quand nous avons tout fini, nous envoyons le plus petit, Gougou, en chercher d’autres. L’épicier l’aime bien, il lui donne un sac plein. Les fruits s’écrasent au fond du sac, ils ont le goût de l’humidité de la cachette sous les escaliers près du vieux mur. Nous sommes six, mes cousins, mes cousines, ma sœur et moi, serrés contre le mur qui s’effrite dans nos dos.
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Par Zazette97, le 19/06/2011
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
Elle tente de revoir les visages, ceux de Théa, de Nora, et celui de Tamaz, leurs traits sont flous.
Et leurs voix ? Seule celle de Tamaz résonne encore. Les voix s'effacent d'abord. C'est douloureux mais ce qui l'est plus encore, c'est le moment où elles vous reviennent de plein fouet, fugitivement mais aussi clairement qu'un morceau de verre.
Le téléphone sonne. Elle n'a pas envie de décrocher. Elle préfère l'immobilité. Elle a souvent préféré l'immobilité. Son goût pour la contemplation et la rêverie l'a conduite vers sa maladie.
Sa maladie lui ressemble. Cela lui paraît réconfortant.
Parfois, la réalité et l'imaginaire, le passé et le présent se confondent dans ce monde immobile.
C'est ce qu'elle a toujours souhaité. Que ses vies multiples forment un tout. p.110
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Par litolff, le 16/11/2010
La mer noire de
Kéthévane Davrichewy
J'arrive en avance et m'assieds sur une chaise au soleil. Près de l'endroit où mon père et moi, nous étions assis il y a déjà quelques années. Cette époque me paraît lointaine. J'en garde une blessure qui ne cicatrise pas. Sa silhouette me fait de l'ombre. Tamaz se penche et me saisit les mains.
Comme je suis heureux de te voir.
Je réponds simplement : moi aussi.