-
Aral de
Cécile Ladjali
Toutes les névroses, toutes les peurs, toutes les angoisses viennent de l'attente, de l'épuisement de ce travail de titan qui consiste à émettre des sons dans la béance des vides, à colorer les trous noirs de la mémoire, à inventer des dialogues, des causeries magnifiques, des chuchotements aimants, là où, à l'origine, il y a l'absence de tout.
-
Aral de
Cécile Ladjali
On s'habitue aux fins du monde quand soi-même on considère la vie comme un purgatoire.
-
Par Sly, le 22/11/2011
Les Souffleurs de
Cécile Ladjali
Parfois on se fait la guerre parce qu'on s'est aimé plus qu'on aurait dû.
-
Aral de
Cécile Ladjali
On s'est rhabillés dans la lumière de la nuit, sous les yeux des constellations enfilées comme des perles autour du cou du ciel voyeur. Sur la plage, j'observais nos corps gris qui ressemblaient à de la pierre ponce."
-
Ordalie de
Cécile Ladjali
Je ne parlais toujours pas. J'avais envie de pleurer.De joie? De rage? Les deux. Elle m'aimait. Mais pas du même amour que moi.
(...)
Dans l'objectif, son corps était renversé. Ainsi offerte, elle rencontrait mon propre bouleversement. Celui que je ne pouvais pas vouer. J'avais alors dix-huit ans. Je serais bientôt un homme et je ferais bien mieux dans la vraie vie de de prendre des clichés de femmes.
> lire la suite
-
Par Seraphita, le 10/07/2012
Aral de
Cécile Ladjali
Immergée jusqu’aux hanches, elle regarde le large où s’épanouit la corolle orange d’un nuage magnifique. Une sorte de champignon ou de méduse stellaire, sans doute le fait d’un orage chez nos amis russes. Je la rejoins et vois ses épaules, tout son dos qui reste dans l’ombre du contre-jour que son propre corps crée par sa rencontre avec le soleil. Fission.
-
Par Seraphita, le 10/07/2012
Aral de
Cécile Ladjali
Quant à la musique, je crois qu’elle n’est rien d’autre que le souvenir du silence, la mémoire du bruit minuscule qu’a fait une fleur en perçant la neige. Le silence appelle inévitablement une suite car il se fonde sur le regret de ce qui n’a pas été entendu. Or ma vie est un regret immense : celui de la musique des gens normaux.
-
Par jalibert, le 21/05/2012
Aral de
Cécile Ladjali
Jusqu'à quatorze ans, je parvenais à entendre certaines des paroles prononcées par Zena. Les plus basses seulement. Puis j'ai fini par lui en vouloir car j'ai cru qu'elle avait compris ma tactique et qu'elle s'était mise à parler plus haut pour me faire de la peine. Commencer à m'oublier. En fait, je me trompais. C'est moi qui n'entendais plus rien. Je voyais le mal partout et je devenais fou en regardant la jolie bouche me parler sans que n'en sorte aucun son. Le visage splendide de Zena crachait du silence et semblait mourir derrière une vitre. J'avais l'impression qu'elle se noyait alors que c'était moi qui m'asphyxiais.
> lire la suite
-
Ordalie de
Cécile Ladjali
Dans la beauté d'Ilse, je devinais quelque chose de décalé. Ses bas filés me chantournaient l'âme, et, au lieu d'y déceler la nervosité de mon adorée qui se cognait à tous les meubles, j'y inventais une faille, une prédisposition chez elle pour moi, pour mon malaise (...) Ilse était belle et sa beauté me faisait mal. J'aurais voulu lui rendre cette douleur. Mais je restais dans un coin de la cuisine, les bras ballants, la bouche pâteuse, à m'imaginer ce que j'aurais pu vivre si j'avais eu le courage de la prendre contre moi.
> lire la suite
-
Par jalibert, le 21/05/2012
Aral de
Cécile Ladjali
Dans la cabane, c'est pire encore que sous la neige. Nos coeurs sont deux chambres froides. Un jour en miettes passe par la fenêtre. La pénombre est lente.Oui lente. Il fait si peu clair que c'est comme si le contour des choses se diluait non dans l'espace mais dans le temps. Un temps blême. Sans profondeur. Mes émotions n'ont plus aucune épaisseur. Notre sortie dans la ville infectée m'a rendu gourd. L'impression d'avoir respiré de l'ether. Froid dans les narines. Oubli du reste. Je vacille. Assis sur les bords du lit, nous nous observons, Zena et moi. On guette les plaques rouges qui seraient apparues sur notre peau, on cherche une buée suspecte installée sur le cristallin de nos yeux. Les traces de la maladie. Les prémices de l'agonie. Mais rien.
> lire la suite