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Par Yumiko, le 11/12/2012
Les Chroniques du soupir de
Mathieu Gaborit
- Ils avaient des mauvaises intentions?
- Les hommes?
- Oui. Peut-être voulaient-ils juste... communiquer?
- Ce sont des hommes, bon sang, grince-t-il.
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Par Lefso, le 05/02/2012
Les Chroniques des Féals, Tome 1 : Coeur de Phénix de
Mathieu Gaborit
Lentement, le maître tourna la tête de manière à embrasser l’assemblée tout entière. Puis, sans qu’aucun bruit ne perturbe cet examen matinal, il entreprit de dévisager chaque disciple. L’acuité de ce regard aveugle les obligeait à baisser les yeux pour ne pas l’affronter. Même Sildinn dut céder, les lèvres pincées, et inclina la tête en maugréant.
Un seul y résista. Le cœur ouvert, Januel rencontra pleinement les yeux blancs du doyen et eut l’impression de s’y engouffrer.
Il tressaillit mais ne put s’en détacher. Il ressentit aussitôt de plein fouet le profond désarroi que couvait ce regard. Ce n’était pas la première fois. En pareil moment, il se sentait capable de distinguer la vie au-delà de ce voile vitreux qui avait scellé les yeux du phénicier. Contrairement aux autres disciples, il lisait le cœur du vieil homme et non ce qu’il représentait.
Le doyen s’attarda sur lui durant de longues secondes. Se rendait-il compte de ce qui se passait ? Le prenait-il pour un insolent ? Les questions résonnaient dans l’esprit de Januel, comme à chaque fois que cela se produisait. Avec la plus pure spontanéité, il pénétrait un interdit et bravait tacitement le pouvoir d’Ignence. La honte et la crainte s’insinuèrent dans l’esprit du jeune homme. Quelle audace ! Il n’arrivait cependant pas à s’en effrayer. C’était si naturel… Du reste, il n’en avait parlé à personne, ni à son ami Sildinn et encore moins à maître Farel.
Januel sortit brusquement de sa torpeur et manqua de se lever, de bousculer tables et chaises pour rejoindre le vieillard mais une main glacée avait soudain croché son bras et dissipé l’enchantement.
- Qu’est-ce qui te prend ? grommela Sildinn.
Il ne répondit pas, son attention tout entière captée par le mouvement silencieux des lèvres du doyen. Il crut un moment que le vieillard lui parlait mais le lien était rompu. La nacre de ses yeux ne reflétait plus rien, telle la telle la surface d’une eau troublée par un jet de pierre.
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Par Nepenthes, le 09/11/2012
Les Chroniques du soupir de
Mathieu Gaborit
Un, elle te cherche,
Ne respire plus.
Deux, elle te trouve,
Ne respire plus.
Trois, elle t'embrasse,
Ne respire plus.
Quatre, tu es mort.
Respire.
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Par Lefso, le 29/02/2012
Les Chroniques des Féals, Tome 3 : Le roi des cendres de
Mathieu Gaborit
Il était revenu sur les lieux pour prier.
Prier le désert des larmes, prier les dunes errantes. Prier sa terre, son enfance. Il ignorait de quoi pouvait être fait cet attachement viscéral à la mer de sable. Peut-être était-ce dû à leur nature, à la simple idée que chaque grain de sable était une larme des Origines. Une larme en devenir, une larme laissée en héritage aux Licornéens afin qu’ils étanchent leur soif et, qu’à chaque gorgée, ils aient conscience qu’il en était ainsi grâce aux larmes versées par les Licornes des Origines.
Un cycle s’achevait mais il ignorait si un autre pouvait commencer. Tout comme les Féals avaient pleuré sur la mort d’un monde, il pleurait désormais sur le sien. La mort du M’Onde. Pour autant, il savait que Januel représentait un espoir. La nouvelle s’était propagée d’un bout à l’autre des terres. Ce jeune homme, dont le cœur abritait un Phénix, s’était dressé face à l’avancée de la Charogne et avait conquis ce qu’il restait de sa Guilde. Quelques compagnons se rangeaient à ses côtés, de sinistres guerriers étaient lancés à sa poursuite, mais le mot d’ordre de Januel avait essaimé de par le M’Onde. Il incarnait une toute petite chance d’inverser le cours inexorable du temps. Comme un grain de sable dans l’immense rouage de la Charogne.
L’image lui plut. Oui, Januel pouvait bien être de ce désert. Une larme, une goutte d’eau inspirée par les Ondes.
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Par TwiTwi, le 19/11/2011
Les Chroniques du soupir de
Mathieu Gaborit
Le premier cadavre gît au pied de l'escalier. Un jeune milicien vautré contre un mur, le menton sur la poitrine, les deux jambes repliées sous les fesses. Cerne le saisit par les cheveux pour relever son visage. Sa bouche est ouverte sur un cri muet, le cou violacé. A l'aide de son poignard, Cerne arrache les boutons du surcot et dévoile la torse du défunt. Dans un réflexe de survie, la fée a tenté de sortir en grattant la poitrine du malheureux de l'intérieur. Entre les deux lèvres de l'entaille pointe une main de la taille d'un ongle.
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Par Acr0, le 28/01/2012
Les Chroniques des Féals : L'intégrale de
Mathieu Gaborit
Le comportement de ses maitres, le départ de son ami, la force renouvelée de ses cauchemars... autant d'entailles dans le bois nu de son existence.
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Par Lefso, le 19/02/2012
Les Chroniques des Féals, Tome 2 : Le fiel de
Mathieu Gaborit
Quand bien même il aurait une chance de pénétrer dans la citadelle, il devait ensuite trouver la draguéenne et la faire sortir. Pour cela, il misait sur les égouts qui formaient un réseau cohérent de galeries et de puits aux mains d’une redoutable milice impériale. Formée exclusivement de vétérans de l’armée, elle occupait, en surface, des dizaines de tours de guet. Elle administrait et utilisait les égouts afin d’intervenir rapidement aux quatre coins de la cité.
Tshan aimait surprendre son ennemi, l’attaquer là où il s’y attendait le moins. Il avait une chance infime de réussir mais il concevait volontiers l’éventualité de mourir cette nuit-là au nom d’un idéal. L’excitation qui précédait les expéditions de la compagnie des Archers Noirs coulait à nouveau dans ses veines comme un précieux élixir.
Torse nu, il gonfla ses poumons. Il ne redoutait rien, excepté d’être trahi par son propre corps, par cette main diminuée qui lui avait valu l’exil et une mort lente dans un tripot d’Alguediane.
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Les Chroniques du soupir de
Mathieu Gaborit
Cerne porte une vieille houppelande grise qui traîne jusqu'au sol. Ses bottes légères se meuvent en silence sur les pavés qui mènent jusqu'au taudis. Ses cheveux noirs tombent en mèches plates sur ses épaules, collées à son crâne par la pluie. Ses yeux, deux perles cramoisies, se détachent comme deux tisons sur son visage émacié. Il a le teint pâle, les joues creusées et les narines légèrement dilatées.
Le souffle qui s'échappe de ses lèvres forme un linceul vaporeux autour de sa silhouette comme s'il se mouvait dans le brouillard. Les rares mendiants vautrés dans la ruelle ne détectent qu'un vague mouvement, une ombre furtive qui se confond avec la pierre.
Cerne s'immobilise devant une porte branlante. Sa bouche s'arrondit. Sur sa langue, le souffle s'aiguise pour devenir un courant d'air : la porte tremble et s'ouvre devant lui.
Une pièce unique abrite la famille. Un père, une mère et leur fils qui dorment sur la même paillasse. Contre un mur, une table étroite et trois tabourets. Près de la fenêtre, une armoire rongée par l'humidité et posée sur des cales.
La famille se réveille en sursaut et cligne des yeux à l'éclat de la lanterne que Cerne brandit devant lui.
- Debout, dit-il.
La famille s'exécute. Une fois levée, la mère attire le garçon contre elle et pose les mains sur ses épaules. Les traits tirés, elle garde le silence.
Cerne lève sa lanterne. La mère tremble, le regard voilé par une profonde tristesse. Le père, lui, s'est laissé choir sur un tabouret et garde les yeux baissés, les mains entortillées entre ses genoux.
- Cent écus, dit Cerne en déposant une bourse sur la table.
La mère sursaute et murmure :
- Vous n'allez pas lui faire du mal, n'est-ce pas ?
- Je l'achète, lâche Cerne.
La mère resserre un peu plus l'enfant contre elle.
- Il a dix ans. C'est un bon garçon.
Cerne jette un regard derrière lui puis reporte son attention sur la mère.
- Cent écus, répète-t-il avec une pointe d'impatience. Le père se lève et délie la cordelette qui enserre l'extrémité de la bourse.
- C'est ce qui était convenu, soupire-t-il en cherchant l'approbation de sa femme.
Cerne tend la main vers le garçon.
- Approche, dit-il.
L'enfant renifle et s'essuie le nez d'un revers de manche.
- Vas-y, mon garçon, souffle le père, les poings serrés.
La mère frissonne et recule d'un pas avec son fils. Cerne émet un petit claquement de langue irrité et fait mine de reprendre la bourse. Le père s'interpose et attrape l'enfant par la main pour le soustraire à sa femme.
- Non ! crie-t-elle.
L'enfant hésite.
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Par ricou, le 05/10/2012
Les Chroniques des Féals : L'intégrale de
Mathieu Gaborit
Il était aussi convaincu d'une chose : ces hommes venaient les tuer!
Les assassins se confondaient avec la nuit. Au nombre de treize, ils se glissaient jusqu'à la roulotte et l'encerclaient à pas lents. D'une main, ils brandissaient leurs torches, de l'autre, ils s'accrochaient fermement à la garde ouvragée d'une épée d'onyx. Comme pour accomplir un rituel magique, ils abattirent chacun de leurs flambeaux à un coin de la roulotte et regardèrent monter les flammes dans un silence absolu.
L'enfant s'éveilla en sursaut et flaira d'instinct le danger.
- Maman?, gémit-il.
La jeune femme était déjà réveillée, accroupie au centre de la pièce, immobile comme une louve prête à bondir. Elle avait raflé l'épée courte qu'elle posait chaque soir sur le coffre qui contenait ses précieux grimoires. Elle adressa un geste rapide à son fils, lui intimant de ne pas bouger.
Les mystérieux assaillants s'étaient regroupés dans l'axe de la porte et frémissaient sous leurs capes bercées par le vent.
La meute s'impatientait.
Le meneur récita une incantation entre ses dents. La magie lui coulait des lèvres. Un son rauque jaillit finalement de sa gorge et donna le signal de l'attaque. Au même moment, la teinte des flammes, qui commençaient à ronger les flancs de la roulotte, vira au vert sombre. Le feu des ténèbres.
À la lueur des flammes impies, l'homme révéla sa face cadavérique. Il recula pour prendre son élan et se jeta de toutes ses forces contre la porte, qui céda avec un craquement sinistre. Sa silhouette noire se découpa dans le rectangle lunaire de la porte. Les yeux agrandis par la terreur, l'enfant chercha la main de sa mère et ne rencontra que du vide.
Elle se dressa entre son fils et l'adversaire, la lame pointée devant elle. Puis elle vit les complices de l'assassin pénétrer à leur tour dans la roulotte, trois, puis quatre. Ils lui barraient l'entrée. Elle se dirigea aussitôt vers la lucarne, mais un rideau de flammes s'y engouffra, accompagné d'une épaisse fumée opaque. Impossible de sortir par là aussi. Ils étaient pris au piège.
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Par Taraxacum, le 03/01/2013
D'Une Rive à l'autre de
Mathieu Gaborit
La loi des Morts...
En ce moment même, le corps du défunt devait être exposé sur un catafalque tandis que les ducs voisins tremblaient en sentant le vent se lever. De sa force dépendraient les limites du duché de Galidea. Dans l'Empire de Sienne, les frontières se renouvelaient en fonction de l'odeur de putréfaction exhalée par le corps du défunt. Si le vent se voulait clément à l'égard du mort et si le soleil, lui aussi, daignait accorder ses faveurs, les frontières s'élargiraient et provoqueraient à coup sûr colère et ressentiment dans les rangs des ducs voisins.
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