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Par Penelope, le 19/07/2010
Les âmes mortes de
Nikolai Gogol
Un autre sort attend l'écrivain qui ose remuer l'horrible vase des bassesses où s'enlise notre vie, plonger dans l'abîme des natures froides, mesquines, vulgaires – que nous rencontrons à chaque pas au cours de notre pèlerinage terrestre, parfois si pénible, si amer, - et d'un burin impitoyable met en relief ce que nos yeux indifférents se refusent à voir ! Il ne connaîtra pas les applaudissements populaires, les larmes de reconnaissance, les élans d'un enthousiasme unanime ; il ne suscitera nulle passion héroïque dans les coeurs de seize ans, ne subira pas la fascination de ses propres accents ; il n'évitera pas enfin le jugement de ses hypocrites et insensibles contemporains, qui traiteront ses chers créations d'écrits misérables et extravagants, qui lui attribueront les vices de ses héros, lui dénieront tout cœur, toute âme et la flamme divine du talent. Car les contemporains se refusent à admettre que les verres destinés à scruter les mouvements d'insectes imperceptibles valent ceux qui permettent d'observer le soleil ; ils nient qu'une grande puissance de pénétration soit nécessaire pour illuminer un tableau emprunté à la vie abjecte et le hausser à la beauté d'un joyau de création ; ils nient qu'un puissant éclat de rire vaille un beau mouvement lyrique et qu'un abîme le sépare de la grimace des historions ! Niant tout cela, les détracteurs tourneront en dérision les mérites de l'écrivain inconnu ; nulle voix ne répondra à la sienne : il demeurera isolé au beau milieu du chemin. Austère est sa carrière, amère sa solitude.
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Par Penelope, le 19/07/2010
Les âmes mortes de
Nikolai Gogol
Heureux l'écrivain qui fuit les plats caractères dont la trop réelle banalité rebute et accable, pour s'adonner à la peinture des âmes nobles, honneur de l'humanité ; qui, dans le tourbillon d'images continuellement changeantes, choisit quelques rares exceptions ; qui ne trahit jamais le ton élevé de sa lyre, ne s'abaisse point vers les humbles mortels et plane loin de la terre dans la région du sublime. Doublement enviable apparaît son sort magnifique : il se trouve comme en famille parmi ces êtres d'élite, et les échos de sa gloire retentissent dans tout l'univers. Il flatte et enivre les hommes en leur voilant la réalité, en dissimulant les tares de l'humanité pour n'en faire voir que la grandeur et la beauté. Tous lui battent des mains et font cortège à son char de triomphe. On le proclame grand poète, on affirme qu'il dépasse en génie les autres beaux esprits, comme l'aigle l'emporte sur tous les oiseaux de haut vol. A son nom les jeunes cœurs tressaillent, des larmes de sympathie brillent dans tous les yeux. Personne ne l'égale en puissance ! ...
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Par Penelope, le 19/07/2010
Les âmes mortes de
Nikolai Gogol
Quant à moi, je le sais, une puissance supérieure me contraint à cheminer longtemps encore côte à côte avec mes étranges héros, à contempler, à travers un rire apparent et des larmes insoupçonnées, l'infini déroulement de la vie. Le temps est encore lointain où l'inspiration jaillira à flots plus redoutables de mon cerveau en proie à la verve sacrée, où les hommes, tremblants d'émoi, pressentiront les majestueux grondements d'autres discours...
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Par Penelope, le 19/07/2010
Vij de
Nikolai Gogol
Le philosophe ne pouvait reprendre ses sens ; il regardait avec terreur le coffre étroit et long dans lequel elle s'était étendue. Tout à coup le cercueil s'élança de sa place, et se mit à voler par toute l'église avec un sifflement aigu. Thomas le voyait par moments presque sur sa tête; mais il s'apercevait bien en même temps qu'il ne pouvait franchir le cercle tracé au-dessus de lui. Il se mit à répéter ses exorcismes; le cercueil se précipita avec fracas au milieu de l'église, et resta de nouveau immobile à sa place. Le cadavre alors se souleva, devenu d'un vert livide ; mais à cet instant même retentit le chant lointain du coq. La morte se recoucha, et le couvercle, qui pendait à côté, se posa de lui-même sur le cercueil.
Le philosophe sentait son cœur battre violemment, et il était tout baigné de sueur; mais, rassuré par le chant du coq, il reprit sa lecture avec plus de courage. Aux premières lueurs du jour, un diacre vint le remplacer assisté du vieux lavtoukh qui, pour le moment, remplissait les fonctions de sacristain.
De retour à la maison, le philosophe ne put de longtemps s'endormir; mais la fatigue le vainquit, et il ne se réveilla plus jusqu'au dîner. Quand il ouvrit les yeux, toute cette aventure nocturne lui parut un songe. Il avala une chopine d'eau-de-vie pour se réconforter.
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Par jeande, le 10/10/2011
Les âmes mortes de
Nikolai Gogol
Toujours et partout, il savait trouver le ton qui convenait et fit la démonstration qu'il était un parfait homme du monde.
Quel que fût le sujet de la conversation, il était en mesure de la soutenir : parlait-on haras ? Il avait son mot à dire. Chiens de race ? Il ajoutait quelques judicieuses remarques. Glosait-on sur l'enquête menée par la Cour des comptes ? Il montrait que les tours de passe-passe de la justice ne lui étaient pas inconnus. Se lançait-on dans des considérations sur le billard ? Il mettait dans le mille. Sur la vertu ? Il avait sur la chose l'avis le plus pertinent et les larmes lui venaient aux yeux. Sur le punch ? Là encore, il s'y entendait. Sur les fonctionnaires et les contrôleurs des douanes ? Il en jugeait si bien qu'on l'eût pu croire de la partie.
Mais le plus remarquable était qu'il enveloppait tout cela d'un voile de gravité et savait se tenir. Il ne parlait ni trop fort ni trop bas, juste comme il fallait. Bref, dans quelque sens qu'on le tournât, c'était un homme convenable à tous égards (...).
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Par kathel, le 13/09/2010
Nouvelles de Petersbourg de
Nikolai Gogol
Il revint vers le portrait, pour scruter ces deux yeux surprenants et remarqua avec effroi qu'ils le regardaient. Cela, ce n'était plus une copie de la nature, c'était la vie étrange qui illuminerait le visage d'un cadavre ressorti de sa tombe. Etait-ce la lumière de la lune, qui porte toujours le délire du songe et revêt toutes choses d'images différentes, contraires au jour positif, ou la cause revenait-elle à quelque chose d'autre, le fait est que soudain, il ne savait pas pourquoi, il eut peur de rester seul dans sa chambre. Il s'éloigna doucement du portrait, lui tourna le dos et s'efforça de ne pas le regarder, et pourtant, malgré lui, son œil lui-même, jamais de face, lançait des regards vers lui. Finalement, il eut même peur de marcher dans la chambre ; il avait l'impression que là, maintenant, il y avait quelqu'un qui marcherait derrière lui, et il n'arrêtait pas de se retourner timidement.
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Par Penelope, le 19/07/2010
Vij de
Nikolai Gogol
Néanmoins, tout en feuilletant son livre, il regardait de côté le cercueil, et une voix intérieure semblait lui chuchoter :
- La voilà ! la voilà qui se lève ; la voilà qui relève la tête, qui regarde. ..
Mais le silence était toujours profond, le cercueil ne remuait pas, et les cierges versaient des flots de lumière. Cette église illuminée, avec ce cadavre au milieu, était vraiment horrible à voir. Thomas se mit à chanter, en élevant la voix et sur tous les tons, pour étouffer la peur qui renaissait sans cesse en lui. Mais à chaque instant, il tournait les yeux vers le cercueil, en se posant involontairement cette invariable question :
- Si elle se levait, si elle se levait?
Le cercueil était immobile. Pas le moindre son nulle part ; pas le moindre bruit d'un être vivant, même d'un grillon. On n'entendait que le léger pétillement d'un cierge éloigné, ou bien le bruit faible et mat d'une goutte de cire qui tombait sur le pavé.
- Si elle se levait? ...
Elle souleva la tête.
Il regarda tout effaré, et se frotta les yeux.
- Mais, oui, elle n'est plus couchée ! elle est assise sur son tombeau.
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Par Penelope, le 19/07/2010
Vij de
Nikolai Gogol
Il détourna les yeux avec effort, et l'instant d'après les fixa de nouveau sur la morte. Elle s'était levée. Elle s'avance lentement vers lui, les yeux fermés, et en étendant les bras comme si elle voulait saisir quelqu'un. Elle va droit à lui. Tout éperdu, il se hâte de tracer du doigt un cercle autour de sa place, et se met à lire avec effort des prières d'exorcisme que lui avait enseignées un vieux moine qui avait souvent vu, dans sa vie, des sorciers et des esprits malins. La morte s'avança jusqu'à la trace de son cercle ; mais on voyait qu'elle n'avait pas la force de franchir cette limite invisible. Elle devint tout à coup bleue et livide comme le cadavre d'une personne morte depuis quelques jours ; ses traits étaient hideux; elle fit claquer ses dents les unes contre les autres, et ouvrit ses yeux morts. Mais elle ne vit rien ; car tout son visage trembla de colère, et elle se dirigea d'un autre côté, tout en étendant les bras et tâtant les murailles, comme pour tâcher de saisir Thomas. Elle s'arrêta enfin, menaça du doigt, et se recoucha dans son cercueil.
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Par Penelope, le 19/07/2010
Les soirées du hameau de
Nikolai Gogol
"La Terrible vengeance"
Merveilleux encore est le Dniepr par une chaude nuit d'été, lorsque tout est endormi : homme, bête et oiseau; quand Dieu seul majestueusement contemple le ciel et la terre et secoue son manteau, d'où tombent les étoiles; les étoiles étincellent et brillent sur le monde, et toutes se reflètent dans le Dniepr. Il les reçoit toutes dans son sombre sein ; et aucune ne lui échappe - à moins de s'éteindre dans le ciel. Une forêt noire aux corneilles assoupies, des montagnes jadis éboulées, en surplomb, s'efforcent de le couvrir de leur ombre longue - c'est en vain ! Rien au monde ne peut couvrir le Dniepr! Son flot bleu coule, toujours bleu, au milieu de la nuit comme en plein jour; on le distingue d'aussi loin que peut porter l'oeil humain. Se dorlotant et se resserrant plus près des rives à cause du froid de la nuit, il a parfois un flot argenté qui brille comme les raies d'un sabre damasquiné; mais il se rassoupit de nouveau, toujours bleu. Merveilleux alors est le Dniepr, et nulle rivière ne lui est comparable au monde!
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Par tulisquoi, le 05/03/2010
Le manteau : Suivi de Le nez de
Nikolai Gogol
De toutes parts, les plaintes ne cessaient d'affluer à propos de dos et d'épaules de conseillers titulaires, voire de conseillers secrets, ayant risqué le refroidissement, subséquemment au fait qu'on leur avait arraché, nuitamment, leur manteau.