ISBN : 9782070784790
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 4/5 (sur 37 notes) Ajouter à mes livres
En Bretagne, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années rencontre son ancien professeur de piano qui l'invite chez elle. Peu à peu, elle se réinstalle ainsi dans la ville de sa jeunesse, retrouve son premier amour, se rapproche de son frère et redécouvre les l... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 16 octobre 2011

    nadejda
    Le mariage de Mireille Theruen, fille de son cousin Philippe, voit le retour De Claire dans le village de son enfance et sa jeunesse, là où vit Simon Quelen, qu'elle aime toujours, marié à Gwenaëlle dont il a un fils.
    Elle retrouve également madame Ladon sa professeur de piano. Mais c'est surtout le lieu et toutes les réminiscences qu'il fait resurgir qui vont la reprendre, l'enlever à sa vie ancienne qu'elle va définitivement abandonner.
    «Sur la falaise, immobile, le corps dans le vent, dans le ciel, elle redevient heureuse.
    Elle écoute, en contrebas, la mer.
    Elle ferme les yeux.
    Alors, peu à peu, très loin, au fond d'elle-même, elle entend la fontaine de porcelaine qui versait l'eau bruyamment dans la cuvette en faïence de la chambre à coucher de sa tante.» p25

    Les nuages se déchirent silencieusement les uns après les autres laissant passer de plus en plus de lumière.
    Et cette lumière inonde la lande. p 40
    (...) Elle aimait ce lieu. Elle aimait cet air si transparent, par lequel tout était plus proche. Elle aimait cet air si vif où tout s'entendait davantage. Elle éprouvait le besoin de reconnaître tout ce qu'elle avait vécu.
    .... Elle aimait ce pays. Elle aimait cette grève si violemment escarpée, si noire, tellement raide, tellement à l'aplomb du ciel. Elle aimait cette mer. p 41
    Son amour pour Simon la jette sur la lande qu'elle arpente, sur les roches, dans la grotte où elle descend le retrouver. Cet amour va la conduire à se fondre dans ce paysage où elle le guette et le regarde pêcher de loin, où elle le rejoint en l'observant.
    «Au bord de la falaise, près d'un bloc de granite gris clair, tout chaud, qui conservait dans le crépuscule la chaleur du jour, couvert de lichen blanc et jaune, il y avait un buisson jaune.
    (...) Parfois, il l'y rejoignait le soir.
    Mais le plus souvent elle croyait qu'il l'y rejoignait. Et il suffisait qu'elle crût qu'il la rejoignait pour se mettre à lui parler, dans son coeur, sans finir, comme s'il était là, et lui raconter tous les événements du jour.» p 71
    Et finalement après la mort de Simon elle va perdre cette fébrilité qui la lançait sur les chemins à sa recherche pour s'épurer de plus en plus. Simon et tout ce qui l'entoure ne font plus qu'un. «Il est devenu la baie»
    Claire va d'abandon en abandon. Son regard pénètre au fond des choses qu'elle contemplent, sa vie s'intensifie. Elle atteint une sorte d'incandescence en se fondant dans l'âpreté et la beauté de ce qui l'entoure. En fait, elle-même le dit, ce sont aussi le paysage, les lieux qu'elle arpente jours après jours qui la façonnent, l'absorbent et la font leur une fois qu'elle s'est allégée.
    
«Un jour elle m'expliqua que le paysage, au bout d'un certain temps, s'ouvrait, venait vers elle et c'est le lieu lui-même qui l'insérait en lui, la contenait d'un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient retenues. Une fois qu'elle était complètement vide le lieu s'étendait devant elle autant qu'il parvenait à s'étendre en elle. Les feuillages se développaient. Les papillons et les mouches et les abeilles commençaient à voleter sans peur. Un mulot avait surgi et s'était approché de ses genoux. Une chouette s'était posée sur une roche couverte de lichen jaune et ni l'un ni l'autre n'avaient ressenti de crainte ni de menace. C'était comme si elle n'était plus un être humain, comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d'un être humain ou d'un prédateur, ou d'un destructeur. Les odeurs s'avançaient jusqu'à elle, toutes reconnaissables, plus opulentes -- de terre, de menthe, de noisetier, de fougère, de mousse.»
    Les voix de Paul son frère, de Jean le curé («... je ne veux pas dire que Claire Methuen croyait, comme moi en Dieu. Peut-être aurait-elle préféré dire qu'elle dévisageait ce qui l'écrasait. C'est peut-être cela qu'on peut appeler exister. Puis elle cessa de dévisager ce qui l'écrasait. Peu à peu elle contempla ce qui l'écrasait.») et d'autres qui ont partagé sa vie ou l'ont observée dans ses errances sur la lande se croisent pour dire ce que fut Claire pour eux.
    Ce livre est un retour aux origines, à la terre mère, de toute beauté. Je l'ai aimé plus que Villa Amalia. Ann dans Villa Amalia me semblait évanescente, plus lointaine alors que Claire je l'ai ressenti profondément, comme une soeur, dans une «solidarité mystérieuse».
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    Critique de qualité ? (26 votes positifs)
  • Par Aela, le 26 décembre 2011

    Aela
    C'est le dernier livre de Paul Quignard et celui que je trouve le plus beau, empreint de la magie et de la féérie bretonne..Une atmosphère de poésie, de délicatesse dans les sentiments règne dans ce livre.
    C'est un récit à multiples voix: la voix du personnage principal, d'abord: Claire. Claire est une femme d'une quarantaine d'années qui mène une brillante carrière de traductrice et de linguiste.
    Elle retourne en Bretagne à l'occasion du mariage d'une cousine et décide de se réinstaller dans la terre de son enfance.. Elle retrouve son amour de jeunesse, Simon, le maire-pharmacien, le seul amour de sa vie. Leurs amours sont contrariées car la femme de Simon, jalouse, met le feu à la ferme où vit Claire.
    Il y a Paul aussi, le jeune frère. La relation qu'il a avec sa soeur est à l'origine du titre du livre: "Les solidarités mystérieuses" c'est le lien subtil, indissoluble, étrange et immuable qui existe entre eux.
    Paul qui comme sa soeur Claire, se remet difficilement de leur enfance difficile d'orphelins pauvres, à la charge d'un oncle..
    Paul qui va mener une liaison passionnée et épisodique avec le curé du village, ce qui va leur valoir quelques remontrances de l'évêque..
    Il y a Juliette, la fille De Claire, élevée quasiment uniquement par son père et qui ira retrouver sa mère sur cette terre sauvage de Bretagne simplement pour lui dire... qu'elle ne l'aime pas..
    Tous ces personnages ont en commun d'avoir une belle sensibilité, une sensibilité de poète écorché.. et aussi un parcours un peu différent du parcours habituel.. d'où leurs difficultés..
    Un très beau moment de lecture..
    Je me suis trouvée emportée à mon plus grand plaisir sur cette terre sauvage de Bretagne que j'aime tant, entourée de personnages attachants et non conventionnels...
    A recommander pour cette fin d'année.. à déguster à la douce lumière d'une bougie...
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    Critique de qualité ? (29 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Philippe67, le 10 décembre 2011

    Philippe67
    Je suis très triste : j'ai terminé la lecture de ce livre MAGNIFIQUE.
    je ne vais pas raconter l'intrigue, ça ne sert à rien, il faut le lire et se laisser emporter par ces personnages, ce climat, ces descriptions sobres mais précises.
    Si vous avez aimé Villa Amalia, vous aimerez encore plus Les solidarités mystérieuses.
    celà dit il se peut que vous n'aimiez pas ce qu'écrit Quignard en général et c'est votre droit, dans ce cas vous pouvez peut être essayer encore une fois, allez une dernière!
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    Critique de qualité ? (20 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 19 décembre 2011

    brigittelascombe
    "Tu es la petite Mathuen?" s'étonne Madame Ladon, vieille dame en fin de course et ancienne professeur de piano de Claire Mathuen, traductrice quadragénaire, qui "a le génie des langues" revenue sur les lieux tragiques de son enfance à l'occasion d'un mariage familial.
    Renouant avec le passé, Claire, l'orpheline mise sous tutelle, qui a survécu jadis à un terrible accident de voiture aux côtés de son frère Paul (dont le rapprochement va consolider les liens), va s'installer tout près de Saint Malo.
    Les souvenirs émergent: Simon son premier amour, à présent marié, maire et pharmacien, "rempli de joie" lorsqu'elle revient à lui,"qui l'aime mais ne veut pas d'elle", terrorisé à l'idée de perdre son fils; "la cache dans la falaise";une mystérieuse petite soeur etc.. Les crises d'angoisse l'habitent à jamais, la souffrance,les obsessions...
    Les solidarités mystérieuses, sur fond de légendes bretonnes, celles de la "goule aux fées", dont les plaintes des femmes malheureuses s'élèvent en attente de déférence, est une histoire, pleine de suspense et de rebondissements, qui vous happe et vous aspire dans ces liens sacrés tissés entre les êtres et les choses, cette étrange alchimie qui transforme pour ainsi dire Claire en paysage comme si elle faisait partie de la baie qu'elle scrute continuellement.
    Le talent de Pascal Quignard (philosophe,enseignant, écrivain couronné du prix Goncourt 2002 pour Les ombres errantes tome 1 et du grand prix de l'Académie française pour Terrasse à Rome) est à travers les différents prénoms donnés à Claire, Marie-Claire pour son frère, Chara pour sa mère ou Clara; à travers plusieurs voix ( Simon, Paul, Juliette sa fille,Jean le curé); de nous offrir plusieurs points de vue et plusieurs facettes de sa personnalité; de nous dépeindre la passion impossible qui l'attire vers Simon; de cimenter une tragédie marquée par le sceau de la mort passée, présente et à venir.
    A travers Claire, nous voilà à décortiquer les tenants et les aboutissants de cette mystérieuse affaire en nous éloignant du monde "à l'intérieur de son crabe" comme lorsqu'elle déguste un simple tourteau, délice des délices.
    Mais, les crabes pincent, et nous voilà pincés!
    La vérité sortira de la bouche du cousin Philippe, je laisse aux lecteurs le plaisir d'en découvrir les secrets.
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par mariech, le 19 novembre 2011

    mariech
    Claire à l'occasion du mariage de sa nièce revient sur les lieux de son enfance , en Bretagne . Dès son arrivée , elle rencontre par hasard son ancien professeur de piano , qu'elle reconnaît par sa voix , alors qui celle-ci fait son marché de légumes bio. Petit à petit , nous revivons l'enfance douloureuse De Claire ( elle a perdu ses parents accidentellement quand elle était petite ) . Elle décide se s'installer en Bretagne , elle est ainsi proche de Simon , son premier amour , pharmacien et maire d'un minuscule village , qu'elle n'a jamais oublié .
    Elle se rapproche aussi de Mme Ladon , vieillissante , qui la considère comme sa fille ? Par petites touches pleines de poésie , nous entendons le frère ( Paul ) , son amant ... nous raconter leur version , tout cela dans une Bretagne magnifiquement magique . Claire est -elle folle ou simplement un peu excentrique ? Très beau roman , plein de nostalgie que j'ai préféré à ' Villa Amalia ' .
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Laurent Nunez pour le Magazine Littéraire

    Les Solidarités mystérieuses, dernier roman de Pascal Quignard, engage une polyphonie qui trouble les identités et les certitudes. «Tout ce que je dis me semble être la v&eacu... > lire la suite

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Critiques presse (4)


  • Lexpress , le 28 octobre 2011
    Dans une écriture tenue et très élégante, l'auteur de Tous les matins du monde tente de percer l'énigme des liens entre les individus (et les animaux, à l'occasion), par essence insaisissable. Et il nous livre une leçon de contraction romanesque.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Lexpress , le 07 octobre 2011
    D'une écriture posée, Pascal Quignard explore les solidarités mystérieuses entre un frère et une soeur. En alternant les points de vue, il compose un récit à la fois impressionniste et dramatique.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeMonde , le 07 octobre 2011
    Le nouveau livre de Pascal Quignard, Les Solidarités mystérieuses, constitue un parangon du genre. C'est une littérature de silhouettes et de chuchotements, expurgée, lointaine, inaccessible. Tout reste à faire.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Telerama , le 05 octobre 2011
    Une fiction d'une sobre beauté, d'une profondeur entêtante, qui s'inscrit avec une évidence saisissante dans l'oeuvre d'un écrivain dont l'hétérogénéité n'est qu'apparente.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par PYRENE, le 06 mai 2012

    Simon, une fois qu'il fut redevenu fidèle, bon père, bon mari, bon maire, bon pharmacien, s'était mis à faire beaucoup de bateau, beaucoup de balades en mer... Lui aussi, il la suivait des yeux, heure par heure, durant tout le jour. Elle, elle le voyait de même, en contrebas, sur la mer, qui s'ennuyait d'elle, qui faisait semblant de pêcher, qui tournait en rond, qui la regardait, qui pensait à elle, qui l'aimait et ne voulait pas d'elle.


    Tant qu'il vécut, elle souffrit. Je n'aurais jamais pu croire qu'on puisse souffrir aussi continûment et aussi longtemps. Quand il fut mort, elle fut heureuse... Elle avait l'air heureuse de l'aimer encore au-delà de la mort.
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  • Par Elisanne, le 29 octobre 2011

    " Elle aimait ce lieu. Elle aimait cet air si transparent, par lequel tout était plus proche. Elle aimait cet air si vif, où tout s'entendait davantage. Elle éprouvait le besoin de reconnaître tout ce qu'elle avait vécu. Elle ressentait le besoin de reconnaître tout ce qu'elle avait découvert du monde, ici, jadis. Et peu à peu elle se souvenait en effet de tout, des noms, des lieux, des fermes, des ruisseaux, des bois… Elle aimait ce pays. Elle aimait cette grève si violemment escarpée, si noire, tellement raide, tellement à l’aplomb du ciel. Elle aimait cette mer. "
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  • Par Aela, le 08 janvier 2012

    La minuscule chapelle Notre-Dame de la Clarté se dressait au milieu du champ des Pierres couchées.
    C'étaient trois gros menhirs couchés au haut de la falaise. En Bretagne, la plupart des champs de pierres du néolithique ont souvent été rebaptisés.
    Notre-Dame de la Clarté.
    Ce mot de clarté relayait le vieux sens d'un culte où le surgissement du soleil, où le surgissement du printemps, étaient l'un et l'autre fêtés.
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  • Par nadejda, le 17 octobre 2011

    Pour les Bretons, la légende veut que les goules ou les fées aient été des femmes malheureuses. Les fées sont les roches qui pleurent dans les vagues les morts, qu’elles démantibulent, qu’elles déchirent. Dès qu’une roche pleure dans sa vague, il faut que l’humain, qui a la chance d’être encore de ce monde, s’arrête sur le sentier maritime. Il faut qu’il regarde attentivement la roche qui crie, qu’il la salue, qu’il lui demande son nom. Cela calme peu à peu son cri, ou plutôt sa douleur.
    Alors le bruit du ressac se fait moins fort.
C’est l’esprit de Pentecôte. p 190
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  • Par nadejda, le 17 octobre 2011

    Elle l’observait du haut de la roche.
    (...)
    Il y avait des tournesols tout le long du plateau qui menait à la falaise, à l’ouest. Chaque soir c’était une haie merveilleuse, c’était une frontière d’or.
    Un immense porte-conteneurs à la coque orange passa l’île de Cézembre.
    Il avait plu. L’air n’était pas tout à fait transparent. Il était épais, blanchâtre. Il faisait très frais. Tout était lumineux.
    La brume peu à peu monta sur le dos de Simon qui tenait la poignée de son canot à moteur et se mêla au soleil. p 177 178
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