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ISBN : 2070387739
Éditeur : Gallimard (1993)


Note moyenne : 3.6/5 (sur 430 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par araucaria, le 03 décembre 2012

    araucaria
    Quel livre! Quelle merveille! J'ai lu avec grande émotion ce superbe texte, me remémorant le si beau film d'Alain Corneau. Une histoire toute simple en vérité, un Maître de musique, spécialiste de la viole de gambe, vivant en reclus après la mort de sa femme - décès dont il ne se remet pas - avec ses deux filles, et sa passion la musique. Monsieur de Sainte Colombe ayant refusé les honneurs de la cour du roi Louis XIV, ne vit que pour l'art musical, n'existe que par la musique. Amour de la musique qui transpire tout au long du roman, où Le lecteur comprend qu'interpréter avec talent de la musique ne fait pas de l'exécutant, si habile soit-il, un musicien. Il faut vibrer avec son instrument, il faut que la musique soit capable de réveiller les morts. Ce roman très court est rédigé de main de maître par Pascal Quignard. Une bien belle oeuvre!

    Lien : http://araucaria.20six.fr
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    • Livres 4.00/5
    Par babounette, le 24 octobre 2014

    babounette
    Tous les matins du monde, un petit livre de rien du tout (117 pages) mais grand
    par son contenu. Monsieur de Sainte Colombe, musicien connu (on ne sait pas très bien si c'est le père ou le fils), violiste, né vers 1640 et mort vers 1700, et le fils né vers 1660 et mort vers 1720 (sources Wikipedia). L'histoire quant à elle débute en 1650, donc cela ne peut être le père car il n'aurait que 10 ans, ni le fils car il n'était pas né! Dans l'histoire, Monsieur de Ste Colombe n'est plus tout jeune. Il vient de perdre sa femme le laissant avec deux petites filles âgées à peine de deux et six ans(.On ne dit pas ici qu'il a eu un fils) Il ne se remet pas de la mort de sa femme et se réfugie dans la musique avec sa viole de gambe.
    Il l'enseigne à ses filles et forment ainsi un trio brillant, dont la réputation parvient jusqu'au roi Louis XIV qui lui fait demander de se produire à la Cour. Mais il refuse catégoriquement cette invitation par deux fois, à la fureur du roi et son incompréhension d'un tel refus. Monsieur de Ste Colombe donne des cours de viole et devient durant quelque temps le professeur de Marin Marais, également connu. Mr de Ste colombe vit presque en reclus. Madeleine, fille aînée de Mr de Ste Colombe tombe amoureuse de Marin Marais mais celui-ci la délaisse après quelque temps, elle ne s'en remettra pas et mourra tragiquement. Cette histoire est pleine de poésie, en le lisant, j'avais par moment, le sentiment de me trouver au centre d'une peinture impressionniste.
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    • Livres 4.00/5
    Par Ode, le 02 novembre 2012

    Ode
    Le son de la viole de gambe est aussi aérien et nostalgique qu'un soupir, au diapason de ce texte qui m'a plongée dans l'abîme de deux cœurs brisés. Celui de Monsieur de Sainte Colombe, inconsolable depuis la mort de son épouse, qu'il appelle chaque soir en composant des airs de viole, depuis sa petite cabane juchée dans un mûrier. Et celui de sa fille, Madeleine, séduite et abandonnée par Marin Marais, qui fut un temps son élève avant de connaître une belle carrière de compositeur à la cour de Louis XIV.
    L'écriture à la fois poétique et dépouillée de Pascal Quignard est capable de faire entendre le silence et palper le chagrin, le désir ou la cruauté. En quelques mots, l'auteur capture le caractère et les sentiments de ses personnages, sans jamais les juger.
    En confrontant la vision du maître et de l'élève, "Tous les matins du monde" interroge sur la place de la musique et de l'artiste dans la société. Sainte Colombe vit pour sa musique, tandis que Marais compte sur sa musique pour le faire vivre. le premier choisit la solitude pour ne pas transiger sur la pureté de son art. le deuxième s'ouvre au monde et à ses plaisirs et accepte les compromis dans le but de plaire. Mais aussi différents soient-ils, l'étonnant pouvoir de la musique arrive à les réconcilier au-delà des mots.
    Ce récit contemplatif est un très bel hommage à la musique de chambre de l'époque baroque, depuis longtemps remise au goût du jour par des chefs d'orchestre comme Christophe Coin ou Jordi Savall, et popularisée par l'émouvant film d'Alain Corneau.
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    • Livres 5.00/5
    Par ThibaultR, le 30 juin 2013

    ThibaultR
    ▋"Tous les matins du monde" est un roman de Pascal Quignard publié en 1991. Brièvement, c'est l'histoire de Monsieur de Sainte-Colombe, musicien du XVIIe siècle, violiste. Sa femme meurt et il va s'enfermer dans une cabane en mûrier pour jouer des airs très mystérieux que personne ne connait et qui deviennent une espèce de Graal... Marin Marais arrive et devient le disciple de M. de Sainte-Colombe. Il va devenir un très grand violiste à la Cour du roi et va avoir une relation avec Madeleine, une des filles de SC. Elle va mourir de chagrin et très malade... Marin Marais connait le secret de SC : il arrive à faire réapparaître sa femme en jouant de la viole de gambe... Mais est-ce aussi simple que cela? Voici les grands traits de l'oeuvre qui ne sont bien sûr pas les seuls... Le roman regorge de rebondissements qui happent le lecteur dans une dimension baroque terne et artistique... Aussi, "Tous les matins du monde" est une empreinte du mythe d'Orphée qui, par la musique, émeut toute la nature et revoit sa défunte femme, Eurydice. L'oeuvre est donc un voyage orphique.
    Par ailleurs, le roman est remplit de doutes. En effet, il existe une dualité dans l'écriture qui est à a fois froide, parataxique, dans la retenue, très elliptique et à la fois très explicite. L'auteur dit tout. L'écriture de l'auteur est toujours méta réflexive, elle pale d'elle-même, se dévoile complètement. L'écriture est tout le temps dans le paradoxe. Elle est assertive car tout en disant que la dimension est secrète, on retrouve une méfiance du langage. Quignard se méfie de l'interprétation, il joue avec la volonté du lecteur de trouver du sens.
    On repère aussi qu'au sein de la narration, il y a des fragments qui hésitent entre la théorie et la narration. Cette dernière est une sorte d'anapax, un fait unique entier. C'est une chose exceptionnelle chez l'auteur car cela veut dire qu'il veut définitivement raconter une histoire. Pour lui, l'humain c'est le temps et l'inhumain c'est la vie éternelle.
    Je ne peux m'empêcher d'intervenir sur le titre qui est à première vue étrange. Il s'agit d'une phrase incomplète à valeur absolue. C'est une idée d'espoir. C'est au chapitre 26 que l'on retrouve ce titre, cette phrase complétée...malheureusement car c'est une phrase sans retour, l'espoir est brisé et nous sommes en présence de tout le pessimisme du texte. Les enjeux de l'oeuvre portent sur le corps des Hommes qui sont, selon l'auteur, des corps blessés. On commence avec la mue qui est un traumatisme absolu. C'est la perte de la voix d'enfant : IFANS ( IN -> négatif, sans et FANS -> parole) L'enfant ne parle pas, il est sans langage dans un monde rassurant et désormais il faut nommer les choses, les affronter. L'enfant est dans une musique et non pas dans un langage. Mais la mue c'est aussi la perte de la sexualité, tout change. Beaucoup de conséquences dans le roman vis à vis de cette jeune sexualité, des conséquences tragiques notamment. La musique est une conséquence de la mue. Un homme fait de la musique pour sublimer la voix humaine. La retrouver à travers les accords. En effet, la viole est associée au ventre de la mère de par sa forme avant tout, mais aussi au cercueil. Le ventre de l'instrument pour le ventre de la mère d'où provient l'enfant et le cercueil car ce dernier va perdre sa voix d'enfant... Mais cet instrument est fait en mûrier tout comme la lyre. Pascal Quignard associe le mûrier aux verbes mûrir, mourir et muer. Par divers procédés il en vient à ces comparaisons qui lui permettent de conclure que cet instrument dit tout: la vie, la mort et tout ce qui se passe entre les deux.
    Pour terminer, et il y en aurait encore tant à dire, la musique est associée au temps car celle-ci naît du temps qui passe. Elle permet de remémorer le passé (la voix perdue de MM et la femme de S.C) C'est aussi une perversité car elle offre un plaisir qui en réalité nous fait vieillir. Elle donne l'illusion du passé alors que nous vieillissons. La musique est mortelle tout comme le désir sexuel (EROS) et la mort elle-même (THANATOS). Ce sont là les trois principaux enjeux de l'oeuvre. Je terminerai sur cette citation de Pascale Quignard qui reprend bien tout ce qui a été dit précédemment, " La musique est faite pour tenter le vivant." ▋
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    • Livres 4.00/5
    Par Mademoiselle_Lecture, le 02 octobre 2014

    Mademoiselle_Lecture
    « Tous les matins du monde » c'est une musique chuchotée à votre oreille. Une douce mélancolie qui vous enveloppe. Celle des dimanches et des jours pluvieux. Celle qui n'est pas douloureuse, presque agréable. La mélancolie qui vous fait écouter des chansons tristes ou lire un bouquin plein de sentiments, le tout sous la couette ou sous un plaid. « Tous les matins du monde » est un roman avec une histoire qui pourtant, m'apparaît comme un souffle.
    « Tous les matins du monde » est un roman qui peut être perçu de différentes manières. Certains lecteurs verront la relation que Monsieur de Sainte Colombe entretient avec Marin Marais, qui deviendra un grand musicien à la cour du roi Louis XIV. Ou bien l'amour qu'il porte à ses filles, Madeleine et Toinette. Ou encore son amour de la musique. Fort et passionné.
    Pour ma part, je vois un homme terriblement triste. Abattu par la perte de sa femme. Sa douce, sa moitié, son idéal. J'ai une impression de mélancolie car Monsieur de Sainte Colombe la porte en lui. Au fil des pages, on se laisse transpercer, toucher.
    « Tous les matins du monde » c'est un peu tout ça. Un roman qui vous emmène hors du temps et même hors du monde. Ce sont des mots qui, le temps de quelques pages, arrêtent la Terre de tourner. Nous pouvons alors nous laisser porter par ce souffle et le laisser nous guider vers d'autres matins.
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Citations et extraits

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  • Par Croquignolle, le 13 décembre 2014

    Au haut de son mûrier, au-devant des saules, la tête droite, les lèvres serrées, le torse penché sur l'instrument, la main errant au-dessus des frettes, tandis qu'il perfectionnait sa pratique par ses exercices, il arrivait que des airs ou que des plaintes vinssent sous ses doigts. Quand ils revenaient ou quand sa tête en était obsédée et qu'ils le tarabustaient dans son lit solitaire, il ouvrait son cahier de musique rouge et les notait dans la hâte pour ne plus s'en préoccuper.
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  • Par Kirsten, le 07 décembre 2014

    Le débit de sa voix était lent et saccadé. Le roi aima cette réponse quand l'abbé et le violiste de sa chambre la lui rapportèrent. Il dit qu'on laissât en paix le musicien tout en enjoignant à ses courtisans de ne plus se rendre à ses assemblées de musique parce qu'il était une espèce de récalcitrant et qu'il avait eu partie liée avec ces Messieurs de Port-Royal, avant qu'il les eût dispersés.

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  • Par Kirsten, le 07 décembre 2014

    Il n'eut pas besoin de se reporter à son livre. Sa main se dirigeait d'elle-même sur la touche de son instrument et il se prit à pleurer. Tandis que le chant montait, près de la porte une femme très pâle apparut qui lui souriait tout en posant le doigt sur son sourire en signe qu'elle ne parlerait pas et qu'il ne se dérangeât pas de ce qu'il était en train de faire.

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  • Par Kirsten, le 07 décembre 2014

    Il avait renoncé à toutes les choses qu'il aimait sur cette terre, les instruments, les fleurs, les pâtisseries, les partitions roulées, les cerfs-volants, les visages, les plats d'étain, les vins. Sorti de son songe, il se souvint du Tombeau des Regrets qu'il avait composé quand son épouse l'avait quitté une nuit pour rejoindre la mort, il eut très soif aussi.

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  • Par Kirsten, le 07 décembre 2014

    Les jours où l'humeur et le temps qu'il faisait lui en laissaient le loisir, il allait à sa barque et, accroché à la rive, dans son ruisseau, il rêvait. Sa barque était vieille et prenait l'eau : elle avait été faite quand le surintendant réorganisait les canaux et était peinte en blanc, encore que les années eussent écaillé la peinture qui la recouvrait.

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