-
Par Musikant, le 16/07/2010
Le bateau brume de
Philippe Le Guillou
Au début, Gilles s'était montré réservé, intimidé par l'appartement et la personnalité de cette femme qui débordait de vie, à tel point que Geneviève Auffret l'avait jugé fade et timoré, et c'était ce qu'elle avait dit sans ambages à Eise. "Il vient de perdre son grand-père, il a eu une enfance compliquée..." avait plaidé Elise sans convaincre Geneviève Auffret qui avait aussitôt rétorqué :
- Ma petite, ru ne tiens pas un dispensaire !
-
Fleurs de tempête de
Philippe Le Guillou
Dans cette cathédrale de Saint Pol de Léon sont conservés derrière les grilles d’un enfeu des reliquaires peints qui contiennent chacun un crâne dont on devine les orbites ou la couleur de vieil ocre cuit à travers de minuscules fenêtres. Les degrés sur lesquels sont rangées les boîtes funéraires portent le nom superbe d’ « étagères de nuit ». Les enfants, les notables, les mendiants, les clercs se retrouvent sur les tablettes de cet étrange ossuaire.
Nous nous sommes arrêtés, fascinés par les chefs, les reliquaires enluminés, dans la pénombre humide, moussue de la chapelle. La fréquentation de la mort, la certitude aussi qu’elle n’est qu’un passage, sont au cœur même de nos fibres finistériennes. Et notre christianisme puise à cette ombre, à ce mystère de l’enfeu et des étagères sacrées.
> lire la suite
-
Par Prigent, le 02/07/2010
La consolation de
Philippe Le Guillou
De l'enseignement, il avait surtout aimé la joute des cours, les attaques joueuses des élèves qui ne venaient pas seulement des belles villas du lac mais aussi des cités sinistres qui commençaient juste derrière cette ceinture trompeuse, la transmission des noms qui avaient enchanté ses études : Chateaubriand, Rimbaud, Proust, Breton, Gracq, Montherlant. On ne lui avait donné aucune leçon de pédagogie, pas même le moindre truc. Il s'était souvenu de ce qu'il avait entendu. Un beau cours était nécessairement magistral.
-
Par litolff, le 15/11/2010
Les sept noms du peintre - Prix Médicis 1997 de
Philippe Le Guillou
Viendra-t-il? Ce sera vers le soir. Il y aura un bruit d’eaux que froisse une étrave. Dans les derniers rayons du couchant, les sorbiers et les feuillages auront des flamboiements extraordinaires. Ce sera une forme tremblée, lumineuse, comme chez Rembrandt et Turner. Un nautonier des eaux rouges et noir
-
Par Musikant, le 16/07/2010
Le bateau brume de
Philippe Le Guillou
Elle était allée à Rome, elle avait insisté pour que je l'accompagne, je ne l'avais pas fait parce que je craignais trop la présence d'Elise que les années rendaient orgueilleuse, conquérante, dure et méprisante comme on peut l'être face à tous ceux qui n'ont ni votre aisance ni votre rapidité.
-
Par Musikant, le 07/06/2010
Les sept noms du peintre - Prix Médicis 1997 de
Philippe Le Guillou
La nuit venue, quand la marée basse laissait sur ces voies luisantes, flaques et laminaires, je marchais à la lumière de la lune, j'adorais sentir derrière moi, au cœur de la forteresse maritime, la masse de la cathédrale, je montais vers le Grand-Bé. Je m'arrêtais sur la tombe de Chateaubriand. Une nuit, dans un bar, un vieux Malouin m'avait raconté que l'écrivain avait été inhumé à la verticale. Cette histoire m'excitait. En revanche, que Sartre eût osé pisser sur cette sépulture me révulsait. De retour à Paris, j'irai avec Egon au cimetière du Montparnasse pisser sur la tombe de Sartre et de Beauvoir.
> lire la suite
-
Par Musikant, le 15/07/2010
Stèles à de Gaulle : Suivi de Je regarde passer les chimères de
Philippe Le Guillou
Car on sent chez de Gaulle la longue fréquentation des latins,de leur solide charpente syntaxique, des maîtres du théâtre classique, des rhéteurs funèbres, de Chateaubriand et de Vigny. Et pourtant de Gaulle a un style qui n'est pas le seul fait de la cadence, de la hauteur ou de la matière qu'il brasse, mais qui tient à une énergie, une clarté, une sûreté, celles de celui qui pose les évènements devant l'Histoire.Chaque fois, l'acteur donne sa version des faits, la seule, la vraie, il ne saurait y en avoir d'autres, c'est cela l'écriture politique, une manière de fixer la vérité.
-
Par Musikant, le 15/07/2010
Stèles à de Gaulle : Suivi de Je regarde passer les chimères de
Philippe Le Guillou
L'autre écriture, celle qui naît dans la froideur humide de Marly et de prolongera pendant des heures dans le belvédère silencieux de Colombey, est fille de la mélancolie et du silence. Elle n'a plus de prise sur les choses. Elle n'est pas destinée à être mise en bouche et proférée. Elle est comme une macération muette, la quête d'un décompte juste, elle vise à retrouver dans le brouillard des impressions la ligne nette de se qui est advenu.
-
Par Musikant, le 07/06/2010
Les sept noms du peintre - Prix Médicis 1997 de
Philippe Le Guillou
Ces lignes testamentaires jaillissent d'un vieux rêve enfoui, d'une cellule murée, de stratifications précieuses. Je les trace alors que tout s"est décoloré pour moi et que je sais que je vais entrer dans la mort.J'écris dans mon pavillon lacustre ce mois d'octobre 1974. Autour de moi tout n'est que rousseurs, frondaisons fauves, deux de sorbiers. J'écoute sans jamais m'en lasser la même cantate de Bach : "Ich habe genug".
-
Par litolff, le 28/04/2012
Les Sept Noms du peintre de
Philippe Le Guillou
Viendra-t-il? Ce sera vers le soir. Il y aura un bruit d’eaux que froisse une étrave. Dans les derniers rayons du couchant, les sorbiers et les feuillages auront des flamboiements extraordinaires. Ce sera une forme tremblée, lumineuse, comme chez Rembrandt et Turner. Un nautonier des eaux rouges et noir.