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Par brigetoun, le 14/04/2010
Lettres à un jeune poète de
Rainer Maria Rilke
Presque toutes nos tristesses sont, je crois, des états de tension que nous éprouvons comme des paralysies, effrayés de ne plus nous sentir vivre. Nous sommes seuls alors avec cet inconnu qui est entré en nous, pouvant vous être de quelque secours ou utilité. De grandes et multiples tristesses auraient donc croisé votre route et leur seul passage, dites-vous, vous a ébranlé. De grâce, demandez-vous si ces grandes tristesses n’ont pas traversé le profond de vous-même, si elles n’ont pas changé beaucoup de choses en vous, si quelque point de votre être ne s’y est pas proprement transformé. Seules sont mauvaises et dangereuses les tristesses qu’on transporte dans la foule pour qu’elle les couvre. Telles ces maladies négligemment soignées et sottement, qui ne disparaissent qu’un temps
pour reparaître ensuite plus redoutables que jamais.
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Par nadejda, le 27/11/2010
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge de
Rainer Maria Rilke
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
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Par wictoria, le 29/05/2010
Notes sur la mélodie des choses de
Rainer Maria Rilke
Souviens-toi de gens que tu as trouvé rassemblés sans qu'ils aient encore partagés une heure. Par exemple des parents qui se rencontrent dans la chambre mortuaire d'un être vraiment cher. Chacun, à ce moment-là, vit plongé dans son souvenir à lui. Leurs mots se croisent en s'ignorant. Leurs mains se ratent dans le désarroi premier. - Jusqu'à ce que derrière eux s'étale la douleur. Ils s'asseyent, s'inclinent et se taisent. Sur eux bruit comme une forêt. Et ils sont proches l'un de l'autre comme jamais.
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Lettres à un jeune poète de
Rainer Maria Rilke
Surtout, demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : est-ce essentiel pour moi que d'écrire ?
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Par Topaze, le 04/05/2010
Lettres à un jeune poète de
Rainer Maria Rilke
L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large. Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir. Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s'unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d'abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi-même est un achèvement : l'homme en est peut-être encore incapable.
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Par Elisanne, le 14/05/2010
Nouveaux poèmes : Suivi de Requiem de
Rainer Maria Rilke
par le silence qui possède
tout l’espace et vous souffle aux oreilles
comme si son revers
était le chant auquel nul ne résiste.
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Correspondance à trois : Eté 1926 de
Rainer Maria Rilke
Pasternak à Tsvetaieva, 23/5/26 :
"C'est une tendance actuelle que d'imaginer l'art comme une fontaine, alors que c'est une éponge.
Ils ont décidé que l'art devait jaillir, alors qu'il doit aspirer et se nourrir.
Ils ont jugé qu'il peut être décomposé en moyens plastiques, alors qu'il est composé d'organes des sens."
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Par aleatoire, le 10/08/2011
Elégies de Duino de
Rainer Maria Rilke
Certes, il est étrange de ne plus habiter la terre,
ne plus avoir à se servir de gestes à peine appris,
aux roses et à tant d'autres choses si pleines de promesses
ne plus accorder le sens d'un avenir humain ;
n'être plus ce qu'on a été entre des mains infiniment fragiles
et abandonner jusqu'à son nom comme un jouet cassé.
Etrange de ne plus désirer ses désirs. Etrange
de voir flotter sans lien dans l'espace
tout ce qui jadis fut lié.
Etre mort est laborieux
et plein de reprises jusqu'à ce que peu à peu on devine
un peu d'éternité.
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Poèmes à la nuit de
Rainer Maria Rilke
"Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur."
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Par aleatoire, le 10/08/2011
Elégies de Duino de
Rainer Maria Rilke
Si riche, tu parais porter robe sur robe
d'apparat sur un corps qui n'est rien que splendeur ;
mais à lui seul ton pétale, aussi bien,
est l'éviction, le démenti de tout costume.
Depuis des siècles nous appelle ton parfum
de loin, de tous ses noms les plus suaves ;
soudain comme une gloire il est couché dans l'air.
Mais le nommer, non, nous ne savons pas. Nous cherchons à...
Et voilà que vers lui s'en va le souvenir
que nous quêtions des heures de mémoire.
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