Par Woland, le 11/04/2012
Mots de tête de
Robert Olen Butler
[...] ... Kimitake Hiraoka (nom de plume : Yukio Mishima), écrivain japonais, décapité à sa demande par un collègue d'une formation paramilitaire quand, ayant échoué à convaincre les troupes d'autodéfense du Japon de renverser le gouvernement, il eut pratiqué l'éviscération rituelle, 1970.
Tôkyô bouillonnant de flammes telle la mer mon corps de jeune homme trop fluet pour connaître une mort patriotique je suis un observateur façonnant déjà des mots perché sur le toit de l'arsenal mes poignets graciles mes bras ceux d'une fille les bombardiers américains engloutis par la fumée écarlate du ciel nocturne, les flammes désormais dans mon corps, portées là par ma main, mon épée, mon bras de samouraï - non, disparus - plus de corps - mais des mots, toujours des mots, seulement des mots, mon épée de lâche - j'enjoins aux flammes de revenir, d'emplir le ciel de bombes, d'emporter les employés somnolant dans les trains de banlieue d'emporter les boutiques regorgeant de céréales de parfum français et d'aspirateurs d'emporter nos politiciens qui cèdent nos épées, transforment notre Empereur en reine anglaise, mon pays devenu délicat et efféminé, les flammes de Tôkyô et la honte de mon corps embrasent mon visage et puis dix mille confrontations devant un miroir de gymnase et mes bras forcissent mes cuisses musclées me portent vers une action, la puissance me coupe le souffle le soleil levant ceint autour de mon front je me dresse devant nos guerriers, notre passé, et ils rient d'un gamin efféminé la ville s'étale silencieuse sur fond de nuit l'horizon s'emplissant non de flammes mais de mots, de manuscrits, j'ai pris le nom de la neige j'ai eu froid tout du long je ne suis qu'un écrivain ... [...]
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Par Woland, le 11/04/2012
Mots de tête de
Robert Olen Butler
[...] ... Marie-Jeanne Bécu (Comtesse du Barry) - Maîtresse du roi Louis XV, guillotinée sur ordre du Tribunal révolutionnaire, 1793.
la neige tombe la Seine charrie des glaçons et arrivant du froid le visage me cuit je gravis l'étroit escalier et monsieur Gluck qui descend en fredonnant quelques notes d'une musique triste me bouscule on me mène par le coude et me voilà à son chevet, monsieur Voltaire, il se saisit de ma main et la porte à son visage, le bout de son long nez frôle ma jointure tandis que ses lèvres baisent mes doigts sa respiration est difficile comme chez mon Roi je m'assois à côté de Louis et dans l'obscurité je ne vois pas sa petite vérole mais son souffle passe malaisément à travers son corps et je me penche vers lui pour murmurer MONSEIGNEUR L'ENFANT QUE VOUS AVEZ DERNIEREMENT MISE DANS VOTRE LIT EN EST LA CAUSE et ma main retombe sur son poignet et l'enserre solidement, monsieur Voltaire écarte son visage de ma main et il y a une tache de sang à peine visible au coin de ses lèvres, il me regarde en plissant les yeux NOUS SOMMES SIMPLEMENT AU THEATRE, MA CHERE, déclare-t-il et je demande EST-IL VRAI QU'IL N'Y A PAS D'AU-DELA OU LE ROI ME SERRERA A NOUVEAU DANS SES BRAS et il dit QU'IL Y AIT OU NON UN PARADIS ET UN ENFER JE CRAINS QUE CE NE SOIT FINI AVEC LOUIS et ce n'est qu'en le formulant que je comprends pourquoi je réponds ALORS TOUT EST POUR LE MIEUX ... [...]
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