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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
- Un croissant de lune. Je l'ai choisi pour vous, dit Vendello.
- Pourquoi un croissant de lune ?
- Parce que vous êtes comme ça. On vous devine. On ne vous voit pas.
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Par nadejda, le 30/05/2012
Banquises de
Valentine Goby
Dans les livres elle cherche des lieux pour elle. Pour se défaire, pour se trouver, fenêtres et miroirs. Elle casse le dos, corne les pages, trace des accolades, noircit de mots les marges, souligne au stylo-bille pour qu’il deviennent ses livres, singuliers, pas prêtables, qu’ils soient elle, elle y tient plus que tout. elle y note des dates, ses devoirs, les références d’un disque, un numéro de téléphone, constelle les pages de garde de petits signes tout droit issus du rêve, étoiles, spirales, sinuosités, lignes de chiffre, mots surgis de la torpeur d’un cours ou d’un trajet de bus, empreintes qui situent sa lecture dans le temps, l’espace, et réécrivent le livre à leur manière. p 128
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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
- J'insiste, mais tu sais, si on ne fait pas un pas vers les autres... Il faut les chercher, les gens. Les amis, ça ne tombe pas du ciel.
Si, justement. Je n'avais jamais pu "essayer de me faire des amis". Ils s'imposaient à moi. Quand j'avais dix ans, on m'invitait à jouer avec Sandrine parce qu'on faisait de la danse ensemble. Au regard de nos parents, c'était une raison suffisante pour que je lui consacre tous mes lundis soir. On invitait aussi Hélène parce que c'était la fille des voisins. Elle m'ennuyait à mourir. Le pire, c'était Laurence, ma cousine, qu'on m'avait imposée trois semaines pendant les grandes vacances, sous prétexte qu'on avait le même âge. Je répétais en vain à ma mère :
- J'ai pas envie, s'il te plaît.
- Allons, fais un petit effort...
Elle me souriait. Je trouvais ça affreux, "faire un effort". Même petit. Je le faisais pour elle, l'effort. Par amour pour ma mère.
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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
Je voulais qu'il parte et je voulais qu'il reste, qu'il ne dise rien, qu'il me parle encore et qu'il s'en aille tout de suite, qu'il insiste pour boire un autre verre.
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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
J'allais appuyer sur la sonnette quand la porte s'est ouverte d'un seul coup.
- Bonne année, ragazza ! Ne restez pas dans le courant d'air, entrez.
- Comment avez-vous su que j'étais...
- Asseyez-vous par ici. Ca fait plus d'une heure que je vous entends chanter chez vous, votre voix vous a suivie. Ne sonnez plus, je vous en prie : chantez.
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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
J'ai regardé ma montre, les bougies qui se consumaient, antique mesure du temps qui s'écoule.
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Par Carosand, le 12/06/2013
La note sensible de
Valentine Goby
N'en déplaise à ma mère, je pouvais vivre des semaines en autarcie sans être malheureuse.
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Par carre, le 30/09/2012
La note sensible de
Valentine Goby
L'été, c'était des jours ou l'obscurité ne vient que lorsqu'on ferme les paupières.
J'adorais l'été.
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Par Reka, le 04/01/2009
La note sensible de
Valentine Goby
Tu es le demi-ton. Tu es l'entre-deux, la note suspendue, l'équilibre fragile. Tu es le vacillement qui contient la chute, tu es le fa dièse qui frôle le sol, un presque sol ; tu es la défaillance retenue d'extrême justesse, tu es le bord de l'abîme. Tu es ce qui pourrait être et qui n'est pas, tu es un possible. Tu es cette note en mouvement obligé vers une autre, qui voudrait se confondre avec elle et ne se confond pas. tu es l'incertitude. Tu es la note sensible.
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Par Villoteau, le 21/12/2012
Lyuba ou la tête dans les étoiles de
Valentine Goby
L'eau est glacée, mes mains sont rouges. Je regarde les deux tas de vêtements alignés sur la bâche, un pour chaque bassine : d'un côté les jupes, de l'autre le reste du linge. J'en ai assez. Vivement que mes parents reviennent de Roumanie, que ma mère rentre. Depuis trois semaines, je tiens seule la baraque, je m'occupe de Zimba et Sorin pendant que mon frère Spino chine toute la journée.
- Lyuba, regarde !
Zimba me tend un gobelet en plastique.
- Jette, il est cassé. Les petits reprennent leur course, enveloppés de leurs souffles blancs, la boue leur monte jusqu'aux genoux et ça me décourage. En face, derrière la palissade verte, l'anneau du grand stade s'allume dans la nuit. C'est l'heure des corbeaux dans le ciel du platz. Je rince mes bassines, je place les deux tas mouillés à l'intérieur. Il fait si sombre que je n'ai pas vu approcher ma cousine Terezia.
- Attends, je vais t'aider.
Nous marchons lentement jusqu'aux fils à linge, nous tenant le bras pour ne pas glisser. La glace craque sous mes bottes. Nous pendons les vêtements qui ne sécheront jamais, mon jean moins que les autres.
J'ai faim. D'abord, chercher de l'eau à la borne des pompiers. On attend la nuit parce que c'est interdit. Comme les Gadjé éteignent les lampadaires, de peur qu'on branche dessus des fils électriques, on est vite invisibles en hiver. Laura est là, et Sylvia et Amalia.
- Ton père ! crie Amalia. Il a appelé Liviu sur le portable ! Us seront de retour mardi ou mercredi.
Six jours encore ! Je remplis mes bidons, Terezia les siens, et nous retournons aux baraques en suivant le chemin de palettes. Spino est rentré. Assise sur ses genoux, Zimba frappe les touches d'un minuscule synthétiseur : «Tas vu, Lyuba, y a même les piles !» Plus ça fait de bruit, plus elle rigole. Je fais bouillir des oeufs sur le réchaud à gaz. On les épluche et on les mange en se brûlant la langue. Puis les flammes du réchaud meurent et il fait vraiment froid, alors on tire les couvertures.
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