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Des corps en silence de
Valentine Goby
Franchir chaque strate du chagrin en conscience, sans protection. S'abandonner à la sensation pure, vivante de la brûlure, en finir...
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Des corps en silence de
Valentine Goby
... des baisers mouillés, qu'on aurait voulu prolonger en boucle, excluant toute autre temporalité que celle des lèvres collées, les langues liées, des caresses étendues....
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Par Reka, le 12/10/2010
Qui toucheà mon corps je le tue de
Valentine Goby
La peau des condamnés, toute réaction de leur chair, de leurs nerfs, il ne peut rien en voir. Il refuse de découper lui-même les cols de chemise, les cheveux des femmes, ces morceaux de tissus tombés à terre enferment une telle tiédeur, et ces cheveux qui ont collé au cou une odeur de transpiration, de sébum, et quand les lames de ciseaux effleurent la nuque, il y a ce réflexe de la peau qui se rétracte, se couvre de minuscules protubérances et frissonne, cet homme, cette femme a froid, c'est ignoble. Les condamnés, je les veux raides, silencieux, dociles, je les veux morts [...] (p. 100)
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Par Orphea, le 23/06/2009
La Note sensible de
Valentine Goby
Vendello, c'était mon voisin. Pas encore un visage, juste un nom inscrit en petits caractères à côté du mien, sur la rangée de boîtes aux lettres. De Vendello, je connaissais seulement ce que la rumeur colportait d'un étage à l'autre. Des bribes de conversations volant de fenêtre en fenêtre, des commérages de palier, des indiscrétions de couloir. Vendello n'était pas un homme. C'était un personnage ; l'invention de la petite société de l'immeuble, un fantasme né d'existences paisibles, une légende surgie du rêve et de l'ennui. Selon les sources, selon les jours, il était tour à tour artiste victime d'une épouvantable tragédie, prince italien ruiné, martyr de l'amour...et le plus souvent un peu tout à la fois.
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Par Reka, le 12/10/2010
Qui toucheà mon corps je le tue de
Valentine Goby
Les mains râpeuses de sa mère, Marie G., les pose sur ses joues, sa tête tient juste à l'intérieur. Elle voudrait les baiser mais sa mère les retire, elles sont tellement occupées, ces mains, impossible de les avoir un instant à soi. Marie G. voudrait être une robe, une chemise, un jupon, un drap sale, n'importe quoi qui passe entre les mains de sa mère et reçoit le temps qu'il faut, ses caresses de papier de verre. (p. 58)
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Par Reka, le 12/10/2010
Qui toucheà mon corps je le tue de
Valentine Goby
Il y a d'autres images où je cours à travers la pièce avec mon frère, nous sommes des chevaliers, nous galopons sur nos chevaux en faisant claquer nos semelles, moi je suis le chef, je donne des ordres. Toi, tu t'appuies à la fenêtre, tu portes la main à ton front comme une princesse très lasse et tu dis « Vous faites tellement de bruit, les enfants. Tu m'épuises, Jules-Henri, tu me tues ». Elle est debout, pas transparente encore, le moment est proche mais il reste quelques semaines ou quelques mois, et elle dit que je la tue. Moi, je ne me rends pas compte, je continue, je joue, je crie, je pourfends mes ennemis, il y a moins de beignets aux pommes mais je n'en tire aucune conclusion, maman ne se lave plus les mains, elle ne sort plus, moi je reste un dragon, un loup-garou, je me tapis dans l'ombre avec mon frère, nous sommes toujours vainqueurs, nous hurlons à papa que c'est fait, les ennemis sont découpés en morceaux. Pendant ce temps, ma mère nous a prévenus : elle meurt. Pas d'un coup. D'abord, une autre personne couche dans son lit, une femme maigre avec des milliers d'os qui tousse et crache du sang. Je demande à la femme où est ma mère, elle répond que c'est elle mais je ne la crois pas, elle dit Jules-Henri, mon garçon, je reconnais sa voix alors je demande pardon, ses os me transpercent, je m'excuse de t'avoir tuée, je n'ai pas fait exprès, j'ai cru que c'était une blague, tu me tues Jules-Henri tu avais dit, une phrase de princesse fatiguée, maintenant tu m'embrasses et on oublie tout, d'accord, je ne crie plus, je ne cours plus et toi tu ne t'épuises pas, tu ne meurs plus, un baiser et terminé, hein maman, hein? Le mal est fait. J'ai tué ma mère. (p. 31-32)
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Par litolff, le 06/12/2010
L'antilope blanche de
Valentine Goby
Un Noir de Gold Coast, le docteur Aggrey, affirme : "Instruisez un garçon, vous aurez éduqué un homme ; élevez une fille, vous aurez civilisé une famille." L'Afrique sera ce que les femmes en font.
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Par Reka, le 04/01/2009
La Note sensible de
Valentine Goby
Tu es le demi-ton. Tu es l'entre-deux, la note suspendue, l'équilibre fragile. Tu es le vacillement qui contient la chute, tu es le fa dièse qui frôle le sol, un presque sol ; tu es la défaillance retenue d'extrême justesse, tu es le bord de l'abîme. Tu es ce qui pourrait être et qui n'est pas, tu es un possible. Tu es cette note en mouvement obligé vers une autre, qui voudrait se confondre avec elle et ne se confond pas. tu es l'incertitude. Tu es la note sensible.
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Par EMOTION, le 23/09/2011
Banquises de
Valentine Goby
Il a une voix très aiguë, presque de petite fille, c'est une séquelle du temps de ses jumelles, dit Sylvie. Il leur parlait de cette voix tendre et haut perchée, imitant les leurs, et quand elles sont mortes à l'âge de trois ans la voix est restée bloquée là, dans cette tessiture d'enfant. Parfois il dit : je les ai avalées ! Et il effile ses cordes vocales depuis l'intérieur, provoque un refus d'hormones, gèle le temps en lui vingt ans en arrière.
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Par Orphea, le 23/06/2009
La Note sensible de
Valentine Goby
Vendello entretenait un étrange rapport au bruit. Il en produisait, il en écoutait, il en faisait courir plus que les autres. Même son nom chuchotait quelque chose.