Par kathel, le 14/11/2010
Les sortilèges du Cap Cod de
Richard Russo
Pour Griffin, qui avait maintenant cinquante-sept ans - à peu près l'âge de ses parents lorsqu'il avait épousé Joy -, les noms de localités du cap avaient gardé toute leur magie : Falmouth, Woods Hole, Barnstable, Dennis, Orleans, Harwich. Ces toponymes le ramenaient à son enfance, au siège arrière de la voiture familiale, où il avait passé une bonne partie de sa jeunesse, sans ceinture, les bras posés sur les sièges avant, à tendre l'oreille pour attraper des bribes de ce qu'ils se disaient sans jamais essayer de l'inclure dans leurs conversations. Non pas qu'elles l'aient intéressé tant que ça, mais il était conscient que se prenaient là des décisions ayant des conséquences directes sur sa vie, et, s'il les interceptait assez tôt, peut-être aurait-il l'opportunité de donner son avis. Malheureusement, le simple fait que son menton soit posé sur l'appuie-tête semblait l'exclure d'emblée. Dans l'ensemble, les informations qu'il glanait ne valaient pas tant d'efforts. "Wellfleet, disait par exemple sa mère, le nez dans un atlas routier. Pourquoi est-ce qu'on n'a jamais essayé Wellfleet ?" L'année où Griffin entra en seconde, celle de leur dernier séjour au cap, ils avaient déjà ratissé les locations saisonnières de la région. Chaque été, au moment de rendre les clés à l'agence, on leur demandait s'ils envisageaient de revenir l'année suivante. Ils répondaient toujours par la négative, et Griffin commençait à douter que cet endroit rêvé existe pour de bon. Il finit par conclure que le chercher leur suffisait peut-être.
> lire la suite
Quatre saisons à Mohawk de
Richard Russo
A ton âge un garçon a besoin d'être épaulé, m'a dit Rose. Un de ces quatre, tu vas te retrouver avec une copine enceinte, et qu'est-ce que tu feras, ce jour-là ?
J'ai eu envie de lui expliquer que c'était moins simple que ça. Elle n'était cependant pas la seule à redouter - mal à propos - les conséquences de l'excès de liberté dont, si l'on peut dire, je jouissais. Les clients du Grill voulaient toujours savoir si je culbutais une petite quelque part, et ils m'encourageaient fortement dans ce sens. " À ton âge, je baisais tous les soirs à condition de trouver une chambre" aimait à me répéter Skinny. J'avais du mal à l'imaginer à douze ans, et encore moins passer à l'acte.
> lire la suite