Note moyenne : /5 (sur 313 notes)
Nationalité : France
Né(e) le : 28/11/1961
Il y a encore deux ans, quand j`allais à la campagne voir ma famille, il n`y avait pas internet. En termes de civilisation, je passais à autre chose. Matériellement, quand tu vas dans le Lot, par exemple, tu retrouves cela et ça commence dès ton arrivée en train : il n`y a pas de TGV mais un train corail, les voies ne sont pas toujours parfaitement entretenues et on s`arrête dans des gares où on ne croise personne. Il y a 40 ans c`était déjà ces mêmes trains qui s`arrêtaient aux mêmes gares. Sur les autres lignes, ailleurs en France, le progrès a fait son œuvre. On a plus vite fait de se rendre au Caire que dans le Lot.
Au-delà du « voyage dans le temps », il y a une dimension très symbolique dans le fait Franck ait oublié le chargeur de son portable par exemple. Oublier son portable, cela change son rapport au monde. On établit de nombreux repères, on se rassure avec cet outil là et lorsqu`il n`est plus là on se retrouve quasiment nu et en même temps soulagé.
Ce décalage je le ressens à chaque fois que je vais dans ma campagne et c`est celui que prend – violemment- Franck dès son arrivée dans la région de son enfance.
Le frère décédé de Frank voulait probablement moderniser la ferme. La faire passer à une autre époque. Il y a un conflit de générations qui n`est pas facile à assumer. Dans certaines régions ce sont les mêmes étables qu`il y a 40 ans..
La reprise du contact est impossible entre les deux. Leurs communications passent par le silence.
Le fils qui devait reprendre la ferme étant décédé, c`est à lui, Franck, de la reprendre. Mais Franck est sorti du schéma familial, il est parti de la ferme. Sauf que lorsque l`on sort du schéma familial, cela relève de la trahison affective, sociale et historique. Au nom de quoi tu revendiques le droit d`être caméraman, écrivain, ou autre, et en ville ? Ce sont des questions qui concernent de nombreuses fermes qui ne peuvent continuer à cause de cela. Je vois une nouvelle génération qui n`a pas envie de pas envie de travailler quinze heures par jour à la ferme. Entre deux générations, c`est dur de s`avouer ça. D`où le non-dit.
Ceci étant dit, je n`ai pas un regard négatif du « non-dit ». Cela peut être une forme de communication entre deux personnes comme ici entre le père et le fils. Il y a parfois des choses qu`on ne se dit pas mais que l`on sait l`un de l`autre et qu`on a l`intelligence ou simplement la pudeur de ne pas se dire. Il y a, chez les gens de la campagne, une intuition, un rapport à l`environnement mais aussi aux autres qui est plus dans l`immédiateté, dans la réalité de la chose que dans les mots.
Il y a 10 ou 15 ans, j`avais écrit un texte, plutôt une comédie d`ailleurs, sur le thème de la réconciliation des générations. Moi je suis d`une génération pour laquelle il fallait fuir le schéma familial. C`était presque une compétition entre nous : Dès le bac et l`obtention du permis de conduire, c`était à qui partirait le plus vite de chez ses parents. Aujourd`hui je vois que les foyers familiaux sont de plus en plus multi-générationnels, un peu comme en Italie. C`est quelque chose qui me semble aujourd`hui assez accepté alors qu`avant ce n`était pas le cas. Il y a une forme de réconciliation entre les générations, de recomposition du schéma familial. J`ai l`impression ou disons plutôt l`intuition que bientôt la famille sera la seule dimension un peu rassurante de la société.
C`est ce que j`ai voulu montrer à la fin du roman.
J`ai failli appeler ce roman « l`enfant solaire » car c`est lui qui permet de résorber cette situation, c`est le moteur du roman. L`attention se déporte sur lui, ce qui permet d`éviter tous les conflits qui auraient immanquablement ressurgis entre le fils Franck et ses parents. Il injecte des éléments totalement inattendus.
Je me suis servi de mon histoire car c`est un enfant qui existe vraiment. Il a 9 ans aujourd`hui. Plus généralement, je suis fasciné par ces jeunes enfants qui utilisent presque instinctivement des outils tels que les téléphones portables ou les tablettes. Ils savent très vite s`en servir alors qu`au même âge ils seraient bien incapables de pêcher par exemple. C`est presque de l`ordre de l`évolution de l`espèce…
J`ai essayé de faire un roman américain. C`était effectivement l`une de mes volontés. le roman aurait d`ailleurs pu se terminer en un sanglant règlement de comptes mais j`ai conçu patiemment cette fin pour la faire sortir du schéma classique du western. Je suis revenu à une sensation plus réelle et authentique, plus pacifiée. Je voulais que le chemin du héros aille vers une pacification.
Le Montana que je cite, c`est une référence à Jim Harrison mais ce Montana, on l`a aussi en France...
On peut se perdre sur des kilomètres dans certaines régions de France. Mais vivre reclus ici, sans électricité et en puisant l`eau à la source, si cela est possible, a un côté un peu ringard alors que ce serait quelque chose de très fort et de très symbolique aux États-Unis. On n`est pourtant pas loin de la mythologie du cow-boy. Mes beaux-frères, je les vois ainsi, comme des cow-boys.
En termes de littérature, il me semble que la littérature contemporaine française est plus urbaine même si certains auteurs parlent magnifiquement de la campagne comme Charles Juillet ou Marie-Hélène Lafon qui parlent également des paysans.
C`est l`amour qui peut exister entre un père et son fils. Un amour qui n`est pas manifeste. C`est l`amour sans le dire mais c`est l`amour quand même. L`Amour qui n`est pas forcément sexuel. Il y a beaucoup de couples qui sont aussi dans ce rapport là.
Je voulais prendre le contre pieds de la vision uniquement érotique de l`amour qu`on nous impose souvent. Ce n`est en effet pas l`unique dimension de l`amour.
Ils sont côte à côte sans se voir. Ils sont liés sans le savoir. Louise en sait beaucoup sur Franck car le frère de celui-ci avec qui elle vivait lui en a beaucoup parlé alors que Louise est, pour Franck, une quasi-inconnue. J`aime cette dimension : Ce sont deux êtres qui sont à l`ombre d`une autre vie et qui d`un seul coup, sortent de cette ombre.
Mes personnages ont souvent été moi mais camouflés. Dans ce roman je me cache moins qu`avant, c`est vrai. le décor de ce roman, il existe, le personnage de l`enfant qui est au centre du récit, il existe aussi. Il y a des éléments de réel. Disons qu`il est autobiographique à 80%. Mes parents sont à la campagne. Moi, j`ai vécu enfant à la fois à Paris et à la campagne. Je ne suis ni d`un côté ni de l`autre. Quand je vais là-bas, il me faut toujours un certain temps d`acclimatation. Quand je reviens je suis perçu comme quelqu`un de la ville et le pacte social se refait très vite autour d`activités physiques concrètes : aller chercher du bois, refaire une clôture, etc… Si je ne fais pas cette démarche, je suis foutu pour le reste de mon séjour. C`est un moyen de renouer avec cette culture émérite. C`est exactement ce qui se passe pour le héros du roman. Il lâche sa caméra pour aider les autres.
Je dois par ailleurs dire que ce roman, je l`avais d`abord écrit à la première personne avant d`opter pour la troisième personne. de cette première personne il reste quelques résidus dans le texte final. C`est presque un « il » subjectif. de ce « je » il reste une immédiateté dans la perception des choses ainsi qu`une certaine authenticité de ce qu`il livre de son passé. le « il » peut être plus autobiographique que le « je » , qui lui peut parfois n`être qu`un paravent.
Je le pressentais mais je précise que le réalisateur va réactualiser un peu le roman. Aujourd`hui, n`importe qui peut très facilement sortir de l`anonymat en très peu de temps grâce à Youtube par exemple. Quand je l`ai écrit, Youtube n`existait pas. Tout cela ne fait que décupler cette boulimie, cette frénésie d`être célèbre et surtout cette facilité pour le devenir.
C`est aussi un film sur l`emballement médiatique. Un fait anodin peut aujourd`hui envahir l`actualité médiatique, voire même la sphère politique. Je pense que le film est très bon, très fort. Il devrait faire réfléchir les spectateurs sur de nombreux embrasements médiatiques contemporains à propos d`un Tweet ou d`une déclaration…
J`ai des souvenirs de lectures de Jules Verne. D`un point de vue romanesque, ses romans me submergeaient de son imaginaire. D`un point de vue ludique et stylistique, je dirais Raymond Queneau, ses Exercices de style me paraissaient vertigineux. J`étais assez jeune quand j`ai découvert ces Exercices mais j`y ai vu un aspect du jeu qui contrastait avec les dictées scolaires, sur Jean-Paul Sartre ou Anatole France qui avaient un côté écrasant ! le seul enjeu c`était de ne pas faire de faute ! Queneau me permettait de me mettre plus en confiance avec l`écriture, de me dire que ça pouvait aussi être fou, drôle, vivant.
J`ai une tante qui me donnait de nombreux livres et qui m`emmenait au théâtre. C`est important d`avoir quelqu`un dans son entourage qui a ce rôle quand on est jeune. de même, j`ai eu de la chance d`avoir un professeur qui ne considérait pas le hors-sujet comme discriminant. Cela me mettait en confiance lors de la rédaction. Lorsque je rendais mes rédactions justement, je cherchais un lecteur en mon professeur. Je le considérais déjà ainsi, en lecteur.
Au niveau du style, Louis-Ferdinand Céline est décourageant. Il y a dans Voyage au bout de la nuit une virtuosité dans la retranscription et la volonté de synthétiser une atmosphère qui est fulgurante.
Un livre comme Chaos calme de Sandro Veronèse, qui est extraordinaire, je m`en veux de ne pas l`avoir écrit et en même temps je sais que je ne serais jamais parvenu à le faire. Certains romans peuvent t`aider à t`aguerrir, à prendre confiance en toi, à croire en tes propres qualités d`écrivain. le livre qui te donne envie d`arrêter d`écrire c`est déjà celui qui te donne envie de le finir.
Je possède de nombreuses éditions de poche de Voyages au bout de la nuit de Céline. Ils ont valeur de vestige mémoriel car j`annote toujours mes livres. Je retrouve des noms, des numéros de téléphone à six chiffres…. Quand je lis un livre, je prends des notes car un livre tu ne le perds jamais et tu l`as toujours sous la main. C`est beaucoup plus efficace qu`un carnet de notes par exemple.
Je relis aussi des auteurs avec un regard « d`écrivain pratiquant », mais c`est dangereux avec des auteurs comme Céline ou Marguerite Duras par exemple, ils te contaminent de leurs petites musiques. Une fois que tu commences, c`est très difficile de t`en sortir. Quand tu lis des poèmes d`Hugo, tu vas mécaniquement vouloir faire rimer les mots.
Belle de Seigneur que je vois souvent cité en référence. J`aime beaucoup les ouvrages d`Albert Cohen mais pour celui-ci, j`ai une sorte de blocage.
Le premier roman de Jules Romains qui s`appelle Mort de quelqu`un mais il n`est trouvable nulle part, pas même en poche. Il faut attendre une éventuelle réédition.
Pour les classiques, je ne sais pas, et physiquement ils sont trop mal en point pour s`en prendre à eux, mais pour vous répondre tout de même je parlais de contemporains, il y a une chose que je n`aime pas trop chez Emmanuel Carrère : sa volonté de désavouer la fiction. Je ne sais pas pourquoi il a un tel besoin de la disqualifier, un livre comme D`autres vies que la mienne n`a pas pour moi une valeur supplémentaire parce qu`il est certifié du label de la Vérité, de l`authenticité, c`est un grand livre, point. L`authenticité d`une histoire n`est pas une valeur ajoutée.
Sur la route de Madison de Robert James Waller. C`est le film qui m`a fait lire le roman. de nombreuses scènes du film sont directement décalquées du livre mais c`est rare qu`on dise spontanément qu`on a aimé ce livre qui est pourtant très beau et qui se déroule dans les magnifiques terres de l`Iowa.
Pour boucler la boucle avec mon dernier roman j`aimerais citer une de mes premières trouvailles quand j`étais môme : « Écrire c`est sculpter l`inutile ». J`ai ce sentiment, quand j`écris, de l`artisanat, du ciselage. Pour moi écrire c`est un travail manuel.
Je lis quelques romans de la rentrée littéraire. C`est presque de l`espionnage pour voir où en est la concurrence ! C`est énervant de trouver des livres qui vont sortir en même temps que le vôtre et qui sont très bons. Pour en citer quelques-uns je lis en ce moment Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi et Les lisières d`Olivier Adam.
L'amour sans le faire de
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