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Par Tsubaki, le 10/02/2012
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
Ceux qui m'ont élevé diront que je ne suis pas religieux. Ils se trompent : je ne suis pas pratiquant mais je reste douloureusement, fatalement, incurablement, pathétiquement religieux. Et ces derniers temps, j'ai constaté avec une stupéfaction désolée que de plus en plus de gens d'un bout à l'autre de la planète se trouvent des dieux, chacun plus sanguinaire et haineux que le précédent, alors que je continue à tout faire pour me débarrasser du mien. Et que j'échoue lamentablement.
Je crois en Dieu. C'est un gros problème, chez moi.
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Par annie, le 27/12/2010
Attention Dieu Mechant de
Shalom Auslander
p.41
Ses rabbins lui avaient affirmé que celui qui se masturbe ira en Enfer, où ils vous font bouillir dans une marmite remplie de tout le sperme que vous avez répandu en vain au cours de votre vie.
Il s'est demandé si les rabbins pouvaient avoir raison.
Il s'est demandé à quel point elle était remplie, sa marmite.
Revenu dans son lit, il a ajouté quelques giclées à son chaudron bouillant personnel, puis il s'est habillé pour aller à la shoul.
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Par Chouchane, le 07/02/2012
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
Mais, par ailleurs, la "tradition", n'était-ce pas une autre manière d'appeler l’inertie intellectuelle induite par la religion, cet aveuglement qui entraîne certains croyants vers des extrêmes qu'ils n'auraient même pas envisagés s'ils s'étaient arrêtés une minute pour réfléchir, évaluer, peser le pour et le contre ?
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La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
[ Incipit ]
Quand j'étais petit, mes parents et mes maîtres me parlaient d'un homme qui était très fort. Ils disaient qu'il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu'il pouvait soulever les montagnes. Ils disaient qu'il pouvait ouvrir la mer en deux. Il était très important de ne pas le contrarier. Lorsque nous obéissions à ce qu'il avait édicté, cet homme nous aimait bien. Il nous aimait tellement qu'il tuait tous ceux qui ne nous aimaient pas. Mais si nous n'obéissions pas, alors il ne nous aimait pas. Il nous détestait. Parfois, il nous haïssait tellement qu'il nous tuait ; parfois, il laissait d'autres gens nous tuer. C'est ce que nous appelons les jours de fête : à Pourim, nous nous souvenons de la fois où les Perses ont essayé de nous tuer ; à Pessah, nous nous souvenons de la fois où les Égyptiens ont essayé de nous tuer ; à Hanoukka, nous nous souvenons de la fois où les Grecs ont essayé de nous tuer.
«Béni soit-Il», disions-nous dans nos prières.
Aussi terribles que pouvaient être ces punitions elles n'étaient rien à côté de celles que cet homme pouvait nous infliger lui-même. Et allons-y avec la famine, et allons-y avec les déluges, et allons-y avec la fureur vengeresse. Hitler avait pu exterminer les juifs mais cet homme, lui, avait noyé la planète. Nous avions une ritournelle à son sujet, au jardin d'enfants :
Dieu est ici,
Dieu est là,
Dieu est partout,
Un point c'est tout.
Ensuite, petit goûter et sieste agitée.
J'ai été élevé tel un veau dans la petite ville orthodoxe juive de Monsey, État de New York, où il était interdit de consommer du veau avec des produits lactés. Si on avait mangé du veau, il était interdit de manger des produits lactés pendant les six heures suivantes ; si on avait mangé des produits lactés, il était interdit de manger du veau pendant les trois heures suivantes. Il était interdit de manger du porc à jamais, ou en tout cas jusqu'à l'arrivée du Messie car c'est alors, nous avait appris Rabbi Napier en cours moyen deuxième année, que les méchants seraient punis, que les morts ressusciteraient et que les cochons deviendraient cachère.
- Génial ! m'étais-je exclamé en topant dans la main de mon meilleur copain, Dov.
- On verra si vous serez aussi frétillants au jour du Jugement de Dieu, avait répliqué Rabbi Napier en lançant un regard dégoûté par-dessus ses épaisses lunettes à monture en écaille.
Les gens de Monsey, qui avaient une peur bleue de Dieu, m'ont inculqué cette peur bleue aussi. Ils me parlaient d'une femme nommée Sarah qu'il avait rendue stérile parce qu'elle avait eu le malheur de rigoler ; d'un homme nommé Job qui, pris de tristesse, avait demandé «Pourquoi ?», alors Dieu était descendu sur terre, avait attrapé Job au collet en hurlant : «Pour qui tu te prends, bordel ?» ; d'un homme nommé Moïse qui s'était échappé d'Egypte, avait erré quarante ans dans le désert à la recherche d'une Terre promise et que Dieu avait tué avant qu'il n'y parvienne - un plaquage juste avant la ligne de transformation - parce qu'il avait péché, une fois, quatre décennies auparavant. Son crime ? Avoir frappé un rocher avec un bâton.
Et c'est pourquoi, au début de l'automne, quand les feuilles s'étiolaient, changeaient de couleur puis tombaient foudroyées sur le sol, les braves gens de Monsey se regroupaient dans toutes les synagogues de la ville et se demandaient en choeur de quelle manière Dieu allait les tuer : «Qui vivra et qui mourra, disait la prière, qui atteindra son temps et qui décédera prématurément, qui périra par l'eau et qui par le feu, qui par l'épée, qui par les bêtes sauvages, qui par la famine, qui par la soif, qui par la tempête, qui par la peste, qui par strangulation et qui par lapidation.»
Ensuite, déjeuner et sieste agitée.
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Par Luniver, le 15/03/2012
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
J'ai eu de la peine pour mon père. Quel effet cela devait faire, d'exceller dans quelque chose que personne ne trouvait important ? D'être un génie avec ses mains dans un monde qui ne jugeait les gens que sur leur cerveau ? D'être un créateur dans un univers qui s'agenouillait devant les pinailleurs, les quémandeurs et les virtuoses de la poignée de main ? Je n'étais pas loin de vouloir noyer la terre entière sous un déluge, moi aussi.
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Par Tsubaki, le 15/02/2012
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
S"il y a un seul point sur lequel la plupart des croyants (juifs comme chrétiens et musulmans) s'accordent, ai-je constaté, c'est celui-ci : liez connaissance, ayez une petite conversation avec eux, lâchez une remarque du style "Dieu est un salaud", et ils auront tous tendance à mal réagir.
Ce que je trouve surprenant, moi. Parce que ce sont eux qui m'ont dit qu'Il l'était, justement. Ce sont eux qui m'ont tout raconté à Son sujet, le Déluge, les statues de sel, les plaies, les tueries, les massacres. Sa propension à Se mettre en colère bien qu'Il soit très miséricordieux. Son entêtement mais Sa capacité au pardon, Sa facilité à perdre les pédales éternelles sous le moindre prétexte et avec une régularité effrayante. Ce sont eux, bref, qui m'ont montré le salaud qu'Il pouvait être. Et je les ai crus. Et je continue à le croire.
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Par tulisquoi, le 08/09/2010
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
Il y a quelques milliers d’années, un vieil homme rendu à moitié fou par la peur s’est livré à une mutilation génitale sur son fils dans l’espoir de se gagner ainsi les faveurs de l’Être qui, imaginait-il, menait la danse. Par la suite, des gens aussi terrifiés et déséquilibrés que lui ont complété cette agression en écrivant des bénédictions, composant des prières, inventant des rites et édictant qu’un fauteuil vide devrait être laissé au prophète Élie. Et, six mille ans plus tard, un grand-père ne regardera pas son petit-fils en face, et une grand-mère et une tante justifieront cette attitude simplement parce que l’enfant n’a pas été mutilé exactement comme l’exige la tradition !
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Par annie, le 26/12/2010
Attention Dieu Mechant de
Shalom Auslander
p.13
En fait, Mme Bernstein n'avait aucun problème à se retrouver dans le 7ème cercle de l'Enfer, à condition qu'elle puisse s'approcher du bord, et découvrir Bernstein en train de brûler dans le huitième.
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Par lululifat, le 26/10/2010
Attention Dieu Mechant de
Shalom Auslander
Allumant une cigarette, Dieu a baissé sa vitre. Et dire que les gens croyaient que son boulot était facile... A entendre leurs prières, on aurait pensé qu'Il était une sorte de méga-Fonzarelli au Ciel, qui se baladait en claquant des doigts et en faisant repartir le juke-box avec une grande claque.
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Par Luniver, le 15/03/2012
La lamentation du prépuce de
Shalom Auslander
Il a secoué la tête, puis éclaté de rire.
- Tu crois vraiment que Dieu n'a rien de mieux à faire que d'emmerder les gens ?
Au dessus du bar, le téléviseur diffusait CNN. Bombes en Israël, affrontements meurtriers à Gaza, massacres au Darfour. Les chiites tuaient les sunnites, les Afghans tuaient les Pakistanais, les Janjawids tuaient n'importe qui. Il y avait la sécheresse sur la côte Ouest, des inondations sur la côte Est. Il y avait des séismes, des tsunamis, des ouragans, des tornades, des glissements de terrain, des maladies anciennes et nouvelles. Il y avait des syndromes, des fessodrômes et des schmockodromes !
- Oui, ai-je répondu. C'est ce que je crois.
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