-
Par le_Bison, le 13/06/2012
La route de Sampo de
Sok-Yong Hwang
C’est à cette époque que, en rentrant un jour de l’école, alors que je me trouvais à proximité de la gare, un bombardier m’est passé au dessus de la tête, si bas que j’ai pu voir distinctement le pilote. Pris de court, les passants se sont arrêtés, le nez en l’air. Il y a eu un éclair et toutes les vitres du quartier ont volé en éclats. Puis une colonne de fumée est montée, des bâtiments étaient en flamme. Les gens couraient en rasant les murs. Moi, je suis resté cloué sur place, les yeux fixés sur la gare. Quelqu’un m’a crié : « Fiche le camp d’ici, vite ! Ils bombardent… si tu reste là, tu vas te faire tuer ! » L’avion est revenu. C’était comme si on martelait le sol avec une gigantesque matraque. […]
> lire la suite
-
Par le_Bison, le 15/06/2012
La route de Sampo de
Sok-Yong Hwang
Le grand Ilbong a compris, alors, qu’il n’échapperait pas à la fatalité du bain public. C’était son destin de récurer la crasse des gens, le nez sur leurs grosses cuisses. Allez, frotte ! frotte d’une main, et de l’autre range les couilles de côté, frotte en les contournant, en les maintenant, en les protégeant, frotte, frotte, sseussak, sseussak, ssakssakssak. Vois partir la crasse épaisse et puante, vois-la filer par les égouts, couvrir les routes, submerger la ville, entrer dans les bars, les immeubles, les bureaux des fonctionnaires, les salles de rédaction des journaux, les écoles, s’étaler sur les livres, sur les cahiers, couler entre les jambes des femmes, sur les yeux des enfants, couvrir les lits, tuer les premiers sourires des nouveau-nés, s’infiltrer jusque dans les poumons d’Ilbong…
> lire la suite
-
Par le_Bison, le 14/06/2012
La route de Sampo de
Sok-Yong Hwang
Le calme a repris ses droits dans la rue, devant le bar ; badauds et clients se sont dispersés et, le silence revenu, je me suis retrouvé seul. Il n’était même pas dix heures, et, si je retournais au port, c’est un wagon vide et obscur que je retrouverais. J’ai pris le parti de traîner en ville. J’ai marché d’un pas lourd et sonore. […] Je me sentais extrêmement seul, comme si la rue entière me rejetait. En réalité, c’est moi qui refusais de toute mon énergie l’image que j’avais de moi.
> lire la suite
-
Par le_Bison, le 12/06/2012
Monsieur Han de
Sok-Yong Hwang
Han ne répondit pas, ne se retourna pas. Un vent glacial chargé de sable et de neige lui fouettait le visage. Derrière lui, il entendait le bruit des plaques de glace qui s’entrechoquaient et se brisaient. Le froid abominable du Daedong, jamais il ne l’oublierait.
-
Par salsifi, le 04/04/2013
Shim Chong, fille vendue de
Sok-Yong Hwang
Chong sentit une goutte lui tomber sur le dos de la main. Ce n'est qu'en l'essayant qu'elle se rendit compte que c'était une larme. Cette chanson lui avait rappelé tout d'un coup - pour la première fois depuis qu'elle avait quitté son pays natal - son enfance, le village où elle mendiait, ses longues marches dans les collines jusqu'au bourg voisin dans l'espoir de trouver un peu de riz.
-
Par le_Bison, le 11/06/2012
Monsieur Han de
Sok-Yong Hwang
L’homme est ainsi fait que le temps efface dans sa mémoire les souvenirs les plus amers pour permettre à de nouvelles affections d’éclore.
-
Par salsifi, le 07/04/2013
Shim Chong, fille vendue de
Sok-Yong Hwang
- Madame, je pense que vous allez avoir besoin de ceci...
Chong accepta sans réfléchir. Quand elle ouvrit le couvercle décoré de roses, elle faillit lâcher l'objet de surprise. Sous une vitre, une aiguille aussi fine qu'un fil de coton tournait sans arrêt.
- Mais c'est quoi ? C'est vivant ?
- C'est ce qu'on appelle une "montre".
> lire la suite
-
Par Anassete, le 12/02/2013
Le vieux jardin de
Sok-Yong Hwang
Un bruit d epas au loin.
Des talons martelaient le sol en ciment sur un rythme martial.
Le gardien-chef faisait sa dernière ronde.
- Rien à signaler ! lançaient les gardiens.
Il lui fallait franchir deux griller pour arriver jusqu'à moi. J'ai émergé de la couverture qui me couvrait jusqu'aux épaules et je me suis redressé. Une fois assis, l'air froid de l'aube m'a transpercé le dos. J'ai enlevé les chaussons que je mettais pour dormir au-dessus des épaisses chaussettes de laine, ainsi que le bonnet que j'avais confectionné avec une chaussette. J'ai endossé ma défroque de prisonnier sur laquelle étaient inscrits le numéro de mon bâtiment, celui de ma cellule et mon matricule. Mille quatre cent quarante-quatre, c'était depuis longtemps mon nom.
> lire la suite
-
Shim Chong, fille vendue de
Sok-Yong Hwang
Elle sombrait dans les abysses. Au plus ténébreux des profondeurs de la mer, elle ondoyait sur un voile de soie animé d'une légère oscillation. Une sorte de muraille s'étirait devant ses yeux comme si elle s’enfonçait dans la béance vertigineuse d'un puits.
" Ah! sauvez-moi!"
-
Par salsifi, le 07/04/2013
Shim Chong, fille vendue de
Sok-Yong Hwang
Sur un mur, une peinture représentant le port au crépuscule; sur celui d'en face, une horrible sculpture d'un homme nu, les bras ouverts, cloués sur des montants en bois.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Chong en arrêt devant ce curieux personnage.
- C'est... le dieu des Occidentaux, expliqua l'amah en joignant respectueusement les mains.
- Le dieu ? Ca signifie qu'il est comme le Bodhisattva ?
- On dit qu'il est le fils de celui qui règne dans le Ciel, on l'a tué et cloué sur une croix de bois.
Chong se rembrunit:
Mais c'est affreux ! Et ils prient devant cet homme qui est cloué là ?
> lire la suite