Dans une maison abandonnée, près de la porte de la Chapelle, au fond d'un terrain vague, un promeneur trouve quatre cadavres calcinés d'enfants. Ceux-ci sont morts dans d'atroces souffrances, essayant de fuir la maison en feu malgré les liens solides noués à leurs membres. Qui se cache derrière cette barbarie ? Les policiers qui mènent l'enquête vont rencontrer la face obscure de
Moloch, le dieu purificateur du feu. Dans le Lévitique, l'Eternel met en garde les hommes qui livrent des enfants à
Moloch: « Tu diras aux enfants d'Israël : si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à
Moloch l'un de ses enfants, il sera puni de mort… ».
Encore un très bon Jonquet, quoique très noir ici : le début notamment donne le ton. L'auteur nous place d'emblée sur la première scène de crime, plantée dans un décor bien glauque et chaotique : la maison est à l'abandon, dans un quartier qui a été dévasté par les pelleteuses et par les bulldozers. le spectacle à l'intérieur est ahurissant et révulsant ; Jonquet nous le décrit avec force détails, sans nous épargner les précisions macabres. Au départ, il ne nous dit pas que ce sont des enfants qui sont morts. le fait que des enfants soient au centre de ce roman noir, avec pour toile de fond, la pédophilie, m'a beaucoup touchée voire choquée : comment l'auteur a-t-il osé s'attaquer à un sujet aussi sensible ? La noirceur de certains adultes est exposée ici. Ce début à l'atmosphère très noire m'a plutôt rebutée, l'ouvrage me semblant soudain bien long. Puis, vers le milieu, j'ai commencé à accrocher à l'intrigue, ainsi qu'à l'intrigue secondaire, pour ne plus lâcher l'histoire. L'histoire parallèle m'a bien plu mais aussi émue, celle d'une enfant victime d'une mère souffrant du syndrome de Münchausen : cette maman n'hésite pas à empoisonner sa fille à l'insuline. Les pièces du puzzle se mettent en place au fur et à mesure, même si nous connaissons déjà l'identité du justicier. D'ailleurs, on ressent un étrange sentiment vis-à-vis de ce dernier : entre compréhension de ses agissements – le massacre des quatre enfants étant vraiment barbare – et horreur. Les personnages, du côté des flics, tels Sandoval, Rovère, Dimeglio, Dansel ou Choukroun, ou des juges, avec Nadia Lintz, sont attachants, d'autant qu'ils sont présentés avec tous leurs travers. Je les avais déjà rencontrés dans «
Les orpailleurs » du même auteur. C'est avec plaisir que j'ai poursuivi la route avec eux. D'ailleurs quelques mentions à ce dernier roman sont pointées, même si on peut très bien comprendre «
Moloch » sans avoir lu celui-ci auparavant. Mon conseil serait cependant de commencer par «
Les orpailleurs » pour mieux découvrir les personnages, autant policiers que juges. Un roman très noir, avec une entrée en matière qui peut sembler rebutante, mais une suite et surtout une fin captivantes.
Ce policier a obtenu le trophée 813 du meilleur roman francophone en 1998 et le prix Mystère de la critique en 1999 (meilleur roman français).