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Par Couperine, le 02/02/2012
Feroces Infirmes Retour des Pays Chauds de
Tom Robbins
LE SOIR DE NOËL, Switters avait assisté aux vêpres. Il y était allé, s'attendant à éprouver une sorte d'ennui nostalgique et pas totalement désagréable. Il n'avait pas été déçu. Ensuite, on avait servi du poulet rôti au citron farci au saucisson à l'ail dans le réfectoire. Il y avait aussi des biscuits aux noix et des tartes chaudes aux dattes. La dernière bouteille de vin vieux - seule rescapée de la sauterie d'anniversaire de Domino - fut débouchée et il proposa aux soeurs un toast en l'honneur de la renaissance du divin en ce bas monde.
- Et aux trois mages, rois sages, qui vinrent d'Orient, dit-il en français, ajoutant dans sa langue maternelle : apportant en cadeau corps, inceste et amour.
Belle Masquée, qui n'avait pas compris la partie en anglais, demanda le plus sérieusement du monde si par hasard l'Egypte n'était pas située à l'est de Bethlehem. Domino, qui, elle, avait saisi le jeu de mots, lui demanda de bien vouloir s'abstenir de blasphémer. Elle agita un index de maman mécontente dans sa direction, prenant un air qui semblait vouloir dire : "Attends un peu qu'on soit rentrés à la maison, mon p'tit gars !"
Il n'eut pas longtemps à attendre. Après quelques brèves chansons de Noël devant le sapin plutôt loufoque qu'il avait confectionné avec des palmes de dattiers décorées de mousse à raser en guise de flocons - tout le monde reprit en choeur Douce Nuit en français, en anglais et la version originale en allemand, puis Switters offrit en solo, d'une voix fluette d'écureuil, une parodie de Vive le vent ("Vive le vent / Vive le vent d'grand-père / Qui s'en va puant / Dans les grands sapins verts") -, la compagnie se sépara. Domino et lui se retirèrent dans leur tour.
Dans un coin, elle avait arrangé une petite réplique du sapin de Switters, remplaçant la mousse à raser par des rubans de satin. Au pied de "l'arbre", elle avait disposé trois cadeaux sur un plateau de cuivre :
Une bouteille d'arak.
Un flacon de vaseline.
Une enveloppe kraft aux coins abîmés, entourée d'une aura.
Avant le terme de cette douce nuit, sainte nuit, ils allaient examiner de près ces trois objets. (P512-513)
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Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
Vous avez entendu parler des gens qui appellent leur lieu de travail pour dire qu'ils sont malades. Il se peut que vous-même, vous l'ayez fait quelquefois. Mais avez-vous jamais pensé à appeler votre travail pour dire que vous étiez en pleine forme ?
Ca se passerait comme ça: vous auriez votre patron au bout de la ligne et vous lui diriez: " Ecoutez , je suis malade depuis que je travaille chez vous mais aujourd'hui, je vais bien, alors je ne viendrai plus." Se faire porter bien portant.
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Une bien étrange attraction de
Tom Robbins
- Y'a pas à dire, vous mangez vraiment de drôles de choses, vous, dis-je.
- Nous avons une grande connaissance de ces choses-là, dit Amanda.
Nous fîmes descendre le dîner avec de grandes gorgées de vin, comme Jésus et ses copains l'auraient fait, et ensuite la pipe à haschich circula autour de la table, s'arrêtant pour enfoncer son tuyau dans chaque bouche comme un oiseau-mouche assoiffé insérerait son bec dans chacune des fleurs sur un collier d'orchidées.
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Par Brize, le 21/06/2010
Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
Une grande partie de l'existence revient à la question de savoir si la personne va être capable de réaliser ses rêves ou ne survivra en fin de compte que grâce à des compromis.
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Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
[...]Ils grandissaient pendant qu'elle étudiait l'histoire (" et plus les colons poussaient vers l'ouest, plus ils étaient constamment sous la menace de hordes de sauvages Indiens") ; ils grandissaient tandis qu'elle étudiait l'arithmétique ("si une poule et demie pond un oeuf et demi en un jour et demi, combien de temps faudra-t-il à un singe ayant une jambe de bois pour retirer tous les pépins d'un fenouil conservé dans le vinaigre ?").[...]
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Par tulisquoi, le 01/07/2010
Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
Mais dans l’ensemble, Sissy avait rejoint les rangs des Malheureux Qui Attendent et des Tueurs de Temps. Mon Dieu, il y en a tellement dans notre pays ! Etudiants qui ne sont pas heureux tant qu’ils n’ont pas eu leur diplôme ; soldats qui ne sont pas heureux tant qu’ils n’ont pas fini leur service ; célibataires qui ne sont pas heureux tant qu’ils ne sont pas mariés ; travailleurs qui ne sont pas heureux tant qu’ils ne sont pas à la retraite ; adolescents qui ne sont pas heureux tant qu’ils ne sont pas grands ; malade qui ne sont pas heureux tant qu’ils ne sont pas guéris ; ratés qui ne sont pas heureux tant qu’ils ne réussissent pas ; agités qui ne sont pas heureux tant qu’ils n’ont pas quitté la ville ; et, dans le plus grand nombre de cas, vice versa, individus qui attendent, attendent que le monde commence.
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Par tulisquoi, le 11/08/2010
Une bien étrange attraction de
Tom Robbins
aintenant, supposons que le cafard, le seigneur de la planète, attrape la blennorragie. Est-ce qu’il y survivrait ? Est-ce que la blennorragie échouerait avec cet insecte là où elle a réussi avec l’homme ? Qui triompherait de qui ? Ou est-ce que ça serait simplement le cas de l’objet que rien ne peut déplacer rencontrant la force à laquelle rien ne peut résister ? Ils pourraient s’affronter et se neutraliser éternellement, chacun étant incapable de faire plier l’autre et ce, à tout jamais. Des années après que l’homme se sera lui-même exterminé, transformant la Terre verte en une boule de cendres pour un quelconque malentendu politico-économique puéril, commencera alors le vrai combat. La blennorragie et le cafard aux prises pour la domination de l’univers. Le voilà, votre Armageddon.
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Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
Du point de vue de l'auteur, la Terre est le billard électrique de Dieu et chaque secousse, raz de marée, inondation surprise et éruption volcanique est due à un TILT qui se produit lorsque Dieu essaie de gagner des parties gratuites en trichant.
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Par Couperine, le 02/02/2012
Feroces Infirmes Retour des Pays Chauds de
Tom Robbins
Cette vie nomade présentait des inconvénients, mais Switters aurait été le premier à admettre de bon coeur que cela réduisait considérablement l'entretien. Quand il pensait à tous ces brins d'herbe qu'il n'avait pas à tondre, à tous ces carreaux qu'il n'avait pas à réparer sur la terrasse ; quand il considérait qu'il n'avait jamais été importuné par un inconnu un peu trop amical essayant de lui vendre des contre-fenêtres, un revêtement extérieur en aluminium, ou le magazine La Tour de garde ; quand il songeait à toutes les réunions de copropriétaires auxquelles il avait échappé (s'épargnant par la même occasion chicanes et prises de tête à n'en plus finir), il était bien forcé de se réjouir. Et il se réjouit encore plus lorsqu'il se rendit compte que le soleil devait maintenant se trouver juste au-dessus de sa tête, puisque aucun fragment du revêtement d'aluminium n'était plus visible près des bords élimés du dais de la Vierge. Effectivement, les aiguilles de sa montre étaient sur le point de se retrouver en haut du cadran pour un petit coup vite fait, bien fait à midi pile (la grande au-dessus, comme d'habitude chez les machos, mais c'était la même chose sur les montres de femme).
- Midi ! s'exclama-t-il, au cas où les autres ne s'en seraient pas aperçus. (Il pointa le doigt vers le soleil, puis vers le garde-manger.) C'est qui le chef cuisinier sur ce rafiot ? Et le sous-chef ? Et le pâtissier ? (Son regard se porta sur les trois bouteilles de pisco.) Je crois que je n'ai pas besoin de demander qui est le sommelier.
Comme rien ne bougeait, ni n'indiquait que sa remarque avait été prise en compte, que ce soit à l'avant ou à l'arrière du bateau, Switters se leva pour attirer davantage l'attention.
- Déjeuner, dit-il d'un ton égal, rationnel, exempt de toute trace d'agressivité. C'est comme ça qu'on l'appelle dans mon pays. DÉ-JEU-NER. Déjeuner. Moi j'aime bien le déjeuner. En fait, je suis un aficionado du déjeuner. Donnez-moi la liberté ou donnez-moi le déjeuner. Le petit déjeuner arrive trop tôt dans la journée, et le dîner peut gêner nos projets pour la soirée, mais le déjeuner tombe à point nommé, la seule chose qu'il risque d'interrompre, c'est le travail.
Il éleva légèrement la voix.
- Il me faut mon déjeuner quotidien. Je me suis assuré contre le non-déjeuner à la Croix-Bleue, au Bouclier Bleu et au Fromage Bleu. Difficile, moi ? Certes non. Je mange le gras, je mange le maigre et je lèche mon assiette. Généralement, il est vrai, j'évite la chair d'animaux morts. D'animaux vivants aussi, d'ailleurs : la bestialité ne fait pas partie de mon répertoire pourtant haut en couleur, même si en fait cela ne vous regarde en rien. Mais question bouffe, les gars, je n'ai rien à cacher et à cet instant, je mâchonnerais et avalerais volontiers une brochette de viande de porc en conserve pour peu que vous m'en serviez une. Tout ce que je demande, c'est que vous me serviez quelque chose. Et en vitesse. Je deviens plutôt grincheux quand on me prive de mes agapes de la mi-journée.
Sa tirade se faisant un tantinet plus théâtrale, il augmenta le volume d'un décibel ou deux.
- Un solide déjeuner est indispensable pour un corps en pleine croissance. De plus, un repas offre de multiples splendeurs. L'Homme ne vit pas que d'affaires. Le déjeuner, c'est la beauté. Le déjeuner, c'est la vérité. La beauté à la Rubens du gâteau au chocolat s'imbibant de crème. La vérité s'incarnant dans la célèbre formule de Brecht "La bouffe vient d'abord". Alors, beurrez la tartine, les p'tits gars ! Fendez le pois insaisissable ! Allez, on se bouge ! Le déjeuner justifie n'importe quelle matinée et adoucit la pire des après-midi. Pour sûr, rompons le pain et cassons la croûte ! (P87-89)
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Par kathel, le 09/06/2010
Même les Cow-Girls ont du vague à l'âme de
Tom Robbins
Il en est pour prétendre que l’excès de soleil ramollit le cerveau (déjà odieusement mou), et c’est peut-être ce qui allait pousser Sissy à cet acte incongru. Fut-ce les gants jaunes d’hydrogène qui lui boxaient les oreilles ? Ou bien les radiations solaires lancèrent-elles ses atomes das un tourbillon un rien louftingue ? D’un autre côté, son comportement ne donnait peut-être qu’une vague idée de l’ampleur de son ambition et, quoique remarquable, ne pouvait guère passer pour plus étrange que l’impulsion du petit Mozart de neuf ans à composer une symphonie.
De toute façon, et quoi qu’il en soit, par un après-midi suant mais sans autre particularité des premiers jours d’août 1960, un après-midi extorqué au museau de Mickey la souris, un après-midi taillé dans la purée de pommes de terre et la lessive de potasse, un après-midi attaché à la pâtée de chien des météorologistes, un après-midi qui aurait endormi un monstre, un après-midi qui normalement n’aurait produit rien de plus significatif qu’une inflammation de la peau sous les couches humides, Sissy Hankshaw descendit d’une bordure de trottoir en forme de mâchoire défoncée dans Hull Street, et tenta de se faire prendre en stop par une ambulance. En fait, elle balança son pouce par deux fois - à l’aller et au retour.
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