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Pierre Guglielmina (Traducteur)
EAN : 9782226182388
355 pages
Albin Michel (27/02/2008)
3.61/5   9 notes
Résumé :

Après dix années de guerre civile, un pays d'Amérique latine non identifié est plongé dans un état d'extrême désolation. La junte militaire, après avoir défait les rebelles, a entrepris de rebaptiser les lieux en leur affectant un simple numéro.

Désormais, évoquer le passé est devenu suspect. Norma, présentatrice vedette de l'émission Lost City Radio, est le dernier espoir de tous ceux qui sont à la recherche d'un disparu.

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Daniel Alarcón, né à Lima et est arrivé aux Etats-Unis à trois ans. Lui n'a pas souffert dans sa chair de la dictature, mais chez les Alarcón, tous les dimanches, on écoutait sur cassettes les enregistrements des messages de la famille restée au pays. de 1980 à 2000, le Pérou fut plongé dans une guerre civile qui a fait 69 000 victimes, morts ou disparus. L'un d'eux était le grand oncle de Daniel.
Quinze ans plus tard, le jeune homme a eu envie de se pencher sur cette période sombre, quasi invisible tant "on n'en parlait pas". Venu à Lima pour ses études d'ethnologie, il ramasse rapidement la matière d'un futur livre.
C'est en donnant des cours de photos à des jeunes Quetchua qu'il entend parler pour la première fois de villages fantômes. Abandonnés par leurs habitants à cause de l'armée et des guérilleros, ou pour des raisons économiques, ils ont été rayés des cartes. Or, "lorsqu'on n'a plus de nom, on n'existe pas". Afin d'aider les familles à retrouver leurs proches, une émission de radio, Buscapersonas (Perdu de vue) permet aux auditeurs de donner à l'antenne les noms des disparus, aboutissant "parfois à des retrouvailles spectaculaires".
Ce sera le sujet de ce premier livre, Lost City Radio.

C'est donc un roman américain, mais il semble difficile de ne pas le classer dans la littérature sud-américaine , du fait de l'origine péruvienne de l'auteur d'abord, et du thème abordé ensuite.
Dans un pays d'Amérique du Sud qui n'est jamais cité ,dix ans après la fin d'une guerre civile, il est vivement conseillé d'avoir tout oublié et de ne pas évoquer le passé.Les langues indigènes sont proscrites, les villages n'ont plus de nom mais des numéros, quant aux nombreux disparus, ont-ils même existé?
Il y a bien une émission de radio, le soir, très tard , et les auditeurs peuvent participer, citer des noms, lancer des avis de recherche. Emission souvent truquée, d'ailleurs, mais animée par Norma dont la voix est aimée de tout le pays.
Un jour arrive à cette station de radio un enfant porteur d'un message et d'une liste de noms.
Le message dit ceci:
" Chère Madame Norma,
Cet enfant s'appelle Victor. Il est du village 1797 dans la jungle orientale. Nous, les résidents de 1797, avons mis en commun nos économies pour l'envoyer à la ville. Nous voulons que Victor ait une meilleure vie. Il n'y a pas d'avenir pour lui ici. S'il vous plait, aidez nous. Vous trouverez ci-joint la liste de nos disparus. Peut être qu'un de ces individus pourra prendre soin du garçon. Nous écoutons Lost City Radio toutes les semaines. Nous adorons votre émission.
Vos plus grands fans Village 1797"

Ce que ces fans ne savent pas, c'est que sur cette liste, il y a le nom de son mari, Rey, un ethnobotaniste parti étudier un village dans la jungle,et dont elle est sans nouvelles depuis dix ans.
Va commencer pour Norma une remontée dans le temps , et la recherche, périlleuse, du sort de son mari. Recherche d'autant plus difficile que les mots sont pervertis, dépouillés de leur sens, comme dans toute bonne dictature. Toute guerre, nous dit Alarcón, s'attaque d'abord au langage.

Roman touffu, dense, et très bien mené dans ses allers et retours. La première moitié est saisissante. J'ai peut être moins accroché à partir du moment où l'on sait qui est ce Victor.. je n'en voyais pas la nécessité.
Mais à lire, assurément , pour cette plongée dans un univers orwellien glaçant.

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Dans un pays d'Amérique du Sud dont on ne connaîtra jamais le nom, les villages ont perdu le leur au profit d'une numérotation, effaçant leur passé, déshumanisant leurs habitants. La guerre civile est installée, on ne sait plus pourquoi, on ne sait plus si la paix a jamais existé; peut-êtres est-elle terminée d'ailleurs. Qui sait? Depuis la Capitale, la voix de Norma traverse les nuits pour retrouver les disparus, les évaporés, ceux que les vivants ne parviennent pas à oublier. Un jour, Victor, un petit garçon de dix ans débarque dans le studio de la radio avec sa propre liste, confiée par les villageois qu'il a quittés en compagnie de Manau, son instituteur. Sur la liste, un nom retient l'attention de Norma, celui de son mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis des années, dont on ne peut pas prononcer le nom.

Daniel Alarcon, péruvien d'origine, s'est appuyé sur de nombreux témoignages pour planter l'atmosphère de son roman. Lui-même n'a pas personnellement connu les horreurs de la guerre civile qui ont agité son pays pendant vingt ans. Cependant, touché de près, y ayant perdu un oncle, découvrant par la suite l'existence de villages "fantômes" et d'une émission de radio destinée à retrouver les disparus, il décide d'en faire le sujet principal de son roman. La prose de l'auteur reste donc bien ancrée dans l'Amérique du Sud.
Et le lecteur s'immerge assez rapidement dans la moiteur de la jungle et la suffocation de la Capitale. le récit traverse le temps, sautant allègrement d'une époque à l'autre, plongeant dans les souvenirs des personnages, sans transition, comme si le présent ne pouvait exister sans le passé. Peut-être d'abord déroutant dans un premier temps, le style de l'auteur happe très vite le lecteur dans l'ambiguïté des relations entre les gens par temps de guerre, quand tout est incertain, quand on se croit rayé de la carte, quand on ne sait même plus quand tout cela a commencé, ni même si cela s'arrêtera un jour.

Et quand on est parvenu à se créer un semblant d'équilibre et qu'un grain de sable, un petit garçon, vient enrayer la machine, que fait-on? C'est la question à laquelle Norma devra répondre, affrontant son passé, le manque de son mari, la réalité de l'illusion de son mariage, l'incertitude des secrets.

Lost City Radio est un roman que je n'attendais pas et qui m'a touchée. La plume de l'auteur est parvenue à me fondre dans cette Amérique du Sud tourmentée, corrompue, dangereuse; mine de rien, par petite touche, j'ai sombré avec Norma, Manau, Victor et Rey
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Ce livre,bien qu'écrit en américain,a sa place plutôt dans la littérature d'Amérique Latine.Daniel Alarcon,né en 77 au Pérou,a vécu en Alabama et préside aujourd'hui à un grand magazine littéraire de Lima.Mais surtout ce livre s'inscrit dans une littérature sud-américaine de combat dont les grands noms sont connus.Norma anime à Lost City Radio,dans une quelconque capitale d'un pays à peine sorti de la guerre civile,une émission où elle évoque le sort des disparus.Car l'Amérique Latine a pour spécialité outre les lamas,les barbus révolutionnaires dont le plus célèbre poster du monde et le tango,les disparus.Attention on disparaît bien partout mais il semble qu'on disparaisse encore mieux sur ce continent, de forme triangulaire comme les Bermudes.Etonnant,non?

Mais voilà,le seul fait de lire une liste est un acte hautement politique dans ces contrées musclées et Norma va se trouver face à son passé et à la mémoire de son mari Rey,évanoui lui aussi,non sans avoir laissé de traces vivantes.Pas d'ennemi immédiatement identifiable dans ce livre,c'est bien plus ambigu,c'est bien plus "la jungle" si j'ose dire.Une Ligue Insurrectionnelle,probablement mais existe-t-elle vraiment et la Lune,cet espace-prison,on finirait presque par en douter,tant Daniel Alarcon excelle à l'abstraction de ce pays dont on sait seulement que le temps d'après la guerre c'est encore la guerre.Toute l'Amérique du Sud,de vrai tyran en faux libérateur, respire dans ce grand livre où plane aussi la magie,pas très loin du vaudou ou du candomblé.

Lost City Radio ne raconte pas la lutte des braves contre les salauds,dans un déluge romanesque qu'on imagine facilement,somme toute assez démagogue.Bien plus profond Lost City Radio missionne sur cette terre d'outrance et d'incendie un envoyé spécial qui pourrait être Kafka.On peut être tenté de l'accompagner mais de grâce, gardez-vous à gauche,gardez-vous à droite.Et rendez-vous comme convenu, nous tâcherons d'y être.

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Roman qui nous parle des dictatures d'Amérique latine et de cette radio diffusant les noms de personnes disparues.
Le sujet m'intéressait, mais j'ai été décontenancée par le mode de pensée des personnages, trop étrange et illogique pour que j'arrive à m'y attacher...
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