(édition numérique)
Qu'un livre, acheté il y a près de 20 ans, mais qui a décidé en partie de votre vie, soit définitivement associé à son prix, et au visage d'un libraire dont on n'aura même pas su le nom...
Pas possible de faire autrement : publi... > voir plus
lecture plaisir de « 19 Francs » de Daniel Bourrion, court texte provoqué par une allusion à la librairie de Géromino chez François Bon, et le souvenir de l'achat d'un livre "pas cher" d'Echenoz, et de l'importance de cette lecture, plaisir pour la langue et pour ce que cela dit de nos désirs contrariés et découvertes ferventes quand nous entrons, avec nos petits moyens, dans le monde de ceux qui auront accès et vivront avec les livres, et de la vie des travailleurs dans laquelle sommes plongés, où nous circulons
Je pensais aussi, faut dire, aux autres, à ceux qui dans d’autres coins du département prenaient les mêmes autocars ou presque pour eux aller dessous la terre, rejoindre les puits qui sur la ligne horizontale (quand tu regardes ce pays, le mien, tu vois ces deux lignes, une Nord-Sud, l’autre Ouest-Est, et tout du long, vers le haut c’est l’acier, vers la droite plutôt le charbon, on aime les choses bien rangées dans la région) étaient comme des sortes de fanaux, des points d’ancrage.
Sans doute que j’ai relu une deuxième fois les vingt-quatre pages du petit livre debout dans ma cuisine – il y avait une autre pièce sorte de salon bureau chambre à coucher télé table basse et des fauteuils vraiment pourris mais pas assez pour que les potes refusent de s’y asseoir (tant mieux remarque, une bière sans potes, c’est pas vraiment goûteux) mais je préférais lire dans la cuisine parce que tout simplement, de temps en temps, un gros chat venait roupiller sur ma fenêtre et qu’on mangeait ensemble, moi lisant, lui regardant-ronronnant
L’autocar, celui qui montait les hommes vers les géants de feu, je l’ai pas pris longtemps, j’ai fini par découvrir qu’une ligne des transports urbains allait dans la même direction et que c’était plus simple niveau horaires, moins de chances de rater l’heure et de rester planté comme un bizarre à l’arrêt vide – et puis peut-être que j’avais peur quand même qu’un jour je descende pas de l’autocar et que je me retrouve condamné à bosser pour de vrai.
Des fois, je me dis enfin qu’il faudrait que je le relise, ce livre. Mais en fait, je me demande si je vais pas justement ne pas le relire – histoire que tout ça reste dans le temps passé et là pourtant. Je verrai bien.