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Par brigetoun, le 02/02/2012
L'incendie du Hilton de
François Bon
«Et tu appelles ça roman ?» Ne pas entrer dans ces conversations. On a déjà donné merci. Il existerait une frontière définie entre l'invention et le réel ? Il n'y a pas de fiction qui ne la déplace. De ce déplacement, organiser savamment la scène : c'est cela qui définirait non pas le genre, mais ces livres qui le représentent au plus haut. Failli rayer, dans le texte, la mention d'Au dessous du volcan, à cause de ce manuscrit perdu par Lowry dans l'incendie de sa maison (ce dont nous avions d'ailleurs parlé avec les Rolin, qui connaissaient le lieu, à Calgary, de l'incendie). «Ce n'est pas du roman»: l'attaque de Jérôme Lindon, dès 1985, à la première version de mon Enterrement, où tout, lieux, personnages, paroles (scène en cut-up faite uniquement de phrases concernant les enterrements dans la littérature : dans l'Ulysse de Joyce, dans les Karamasov, dans Bleak House, dans la Correspondance de Flaubert, dans les Lettres de Van Gogh, il n'avait rien vu), était reconstruit, fictif – n'être par sorti de la rupture. «On écrit toujours avec de soi.» (Barthes)
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Par brigetoun, le 20/12/2009
Tumulte de
François Bon
On passe devant la maison inhabitée, on s'arrête. Des carrés vides, troués. Des écroulements. On ne voudrait pas réparer, on ne voudrait pas s'installer : seulement ça a été habité. C'est une image de comment on installe un relief dans l'espace, des chemins, des fenêtres avec vue, et un toit et une coquille. .... L'inhabité appelle. Comme possibilité, dès qu'ici on vient et regarde, de refaire en soi, où tout est encombré, le même vide, la même ruine peut-être, mais où reconstruire se fera sans passé ?
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Par brigetoun, le 11/03/2010
apprendre l'invention de
François Bon
Les ateliers, pour nous, c’est un peu une écluse avec les forces vives du monde, là où des êtres rendent compte de leur propre intensité. On injecte dans l’inventaire de la langue et des mots des cailloux qui ne lui appartiennent pas d’avance, mais dont elle a besoin en permanence pour répondre à ce qu'on exige d'elle
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Par brigetoun, le 26/01/2011
Après le livre de
François Bon
En général, par exemple, ceux qui vous répondent tant aimer « l’odeur du papier » n’ont pas connaissance des 4 ou 6% de chaux vive en couche fine sur la page qu’ils respirent, pour la rendre hydrofuge et économiser sur les micro-gouttelettes du jet d’encre. Ni d’ailleurs que cette odeur est plutôt celle de la colle et de l’encre que celle du papier (résidus de tri sélectif blanchis à l’acide puis agglomérés en mélasse colorée pour casser le blanc et ne pas se déchirer dans le nouveau roulage), et surtout éviter en ce cas de les informer des différents composants chimiques inhalés dans cette odeur d’encre, c’est à vous qu’ils en voudraient et non pas à la chimie.
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Par brigetoun, le 15/02/2011
Prison (nouvelle édition) de
François Bon
Par la fenêtre, puisqu’on est à l’angle rentrant de deux blocs, les alignements vis-à-vis de cellules en premier étage et rez-de-chaussée s’élargissant jusqu’au grand grillage de la cour de promenade où ils jouent au foot, les gars collés aux barreaux noirs, accroupis par terre devant leur chiotte pour se crier d’un mur à l’autre ou d’un étage à celui du dessous, parmi les serviettes à pendre et les chaussettes qui sèchent, les fenêtres ouvertes donc et des mains et des jambes qui dépassent des barreaux noirs, se retournant Hurlin entré avec son pull de laine informe et ses cheveux trop longs sur son visage tout en os et surtout ses lunettes : la monture cassée d’un côté depuis ma garde-à-vue il avait dit et donc tout ça en équilibre précaire, lui une main aux lunettes pour vous parler, myope et parlant de trop près, puis bougeant, reparti vers la fenêtre, sa haute silhouette le dos un peu cassé et revenant, il s’agissait que je veuille bien lui ramener un paquet de tabac à rouler, moi non, pas le droit, et l’instituteur avec son accent des montagnes grognant gentiment que la veille il lui en avait déjà donné au moins pour quatre fois, lui offrant pourtant une nouvelle fois de sa blague, Hurlin racontant un bobard pour en ramasser dans ses doigts un peu plus que demandé, rituel ordinaire de nos séances avant de s’asseoir pour de vrai et qu’on commence.
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Par chartel, le 21/12/2007
Quoi faire de son chien mort ? : Et autres textes courts pour la scène de
François Bon
Pauvre amie, les morts
Tous nous hantent et nous bercent, tragédienne, quand en avant on marche et se porte, c'est eux qui dans leur bras nous ont pris et nous lancent,
On ouvre le bec on a ses mots appris par coeur et voilà
Que c'est eux les morts qui dans notre bouche parlent et les mots vous les volent:
Liste qu'on a chacun de morts,
Et mon père et la mère...
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Par brigetoun, le 02/12/2009
en voiture de
François Bon
En 1925 il revient au village avec sa Bretonne d’épousée et le bébé de six mois, pend un garage au tailleur de pierre, et devient motoriste
(...) …le garagiste est l’homme-voiture dans toutes ses déclinaisons……. Il est taxi, non pas qu’on ait beaucoup besoin de taxi, sauf lorsqu’on le frète à plusieurs pour aller consulter les guérisseurs les plus célèbres, le rebouteux de Feliveau ou la dormeuse de Chaix. Chez la dormeuse, le chauffeur se rend à la cuisine, on lui sert un verre de vin rouge. Il est ambulancier, il a aménagé sa Traction pour installer un brancard à la place des sièges arrières…. Et continuité du service de l’ambulance au service des morts : pour simplifier les procédures administratives, le décès est déclaré au domicile, on convoque le grand-père pour ramener de Luçon les morts directement sur les brancards. A la maison on en plaisante, puisque le mort est censé être vivant on réinvente la conversation que l’on a avec lui…
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Par brigetoun, le 15/02/2011
Prison (nouvelle édition) de
François Bon
Ce texte-ci lui l’avait dicté puisqu’à ce que je demandais il restait sur sa feuille blanche, on se voyait pour la première fois et ce qu’il avait dicté c’était encore non pas des mots qui s’accumuleraient pour un texte mais ceux qui auraient dû rester en amont, dire l’obstacle, prétendaient seulement que ça ne valait pas d’être dit et c’est cela pourtant que je notais, disant même qu’un livre aussi peut s’écrire comme ça, sur ce qu’on n’arrive pas à dire ou qu’on ne veut pas dire, accumuler en amont, retenir parce qu’il n’y a pas droit à plus comme je ne prétendrai pas à autre droit que reprendre ici ces seuls mots parce qu’ils restent sans doute le partage possible et que si je viole pas ici ce droit (ces mots sont à lui, que je ne nomme pas, parce qu’aucun nom ne colle sauf celui qu’on porte et qui nous fait) rien ne se fera de ce partage possible et non pas pour un besoin affectif de ce partage mais pour le malaise où il nous met
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Par brigetoun, le 11/03/2010
apprendre l'invention de
François Bon
Les enseignants savent de plus en plus nombreux que poser l’écriture comme pratique et comme expérience, et non pas comme objet extérieur dont il faudrait se saisir des codes parce qu’ils sont les codes du dominant, du diplôme et du curriculum vitae, c’est permettre de réintroduire le poète dans son rôle de celui qui va en avant
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Par brigetoun, le 11/03/2010
apprendre l'invention de
François Bon
chaque phase d’une séance est une prise de responsabilité indépendante : savoir ce qu’on demande comme appel au monde ou à soi-même, ce qu’on demande en tant que contrainte de forme ou de langue, la restitution du texte au groupe et la place fondamentale de la lecture à voix haute.