Qui d'entre nous ne porte pas la ville d'enfance dans cette étrange zone où la mémoire volontaire se mêle aux rêves récurrents, et les images de la même ville bien plus tard à cette vision originelle et plus nette ? Et que tout voyage ... > voir plus
le plus beau, c’est la nuit – vue du balcon, juste avant de fermer les volets de fer – la mer est toujours claire sous l’horizon – avec des masses plus sombres : ce sont les îles – on se cramponne aux barreaux – l’obscurité autour donne le vertige, surtout quand on lève la tête – le ciel est sans étoiles, à cause des fumées
on est d’une ville forte – une ville comme une pâte à rêves – une ville qui agite, qui fabrique en nous – rien qu’à la regarder – être devant elle, en silence – et cela monte – nous emplit – on ne pense rien, on ne pense pas : juste, on est pris
on trouve quelque chose de triste, à ce blanc incandescent, ce bleu lourd de l’été : le silence – le père dit : le tragique – les fleurs dans les terrains vagues se fanent, l’herbe se dessèche, il n’y a pas d’ombre
c’est l’été qui règne dans les images – la pierre blanche à goût de craie – le corps qui roule, épuisé dans tout ce blanc – la côte durement grimpée jusqu’aux immeubles, la dalle de béton qui brûle les semelles – on aime le bleu dur de la mer, resserré, compact – un bleu antique – un bleu austère – la mer du balcon, l’été, comme peinte : fixe à jamais, un empâtement bleu en relief sur la toile