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Pierre Brunel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253096350
Éditeur : Le Livre de Poche (1998)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 997 notes)
Résumé :
Comment lire Rimbaud aujourd'hui ?

Collégien trop précoce; adolescent trop pervers; poète trop différent; mystique trop incroyant ou incroyant trop mystique; aventurier trop cupide. Tout est démesure chez Rimbaud; rien n'y est indifférent. Le lecteur ne peut que s'y plonger tout entier. Son oeuvre est courte: elle peut, elle doit être lue d'un trait.
On trouvera donc ici, comme il se doit, les Poésies, Une saison en Enfer, les Illuminations. Ma... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Endymion_
Endymion_19 février 2016
  • Livres 5.00/5
Difficile de critiquer votre œuvre Monsieur Rimbaud, vous qui fûtes aussi bien génie, poète, trublion scabreux, amant scatologique qu'affranchi interlope. O pourtant souvent je vous ai maudit, quand sur les feuilles à carreaux s'étalaient des colonnes de mots. Vos quatrains, alexandrins et autres sonnets sonnaient le glas de nos randonnées et nous rendaient chagrin. Je vous ai haï quand vous clamiez « on n'est pas sérieux quand on dix-sept ans », un âge où c'était l'ombre de vos gibets noirs qui dansaient pour moi maigre paladin du diable. Je marchai comme vous avec des semelles de vent sur un sol ondulant et friable, bien loin du « petit wagon rose avec des coussins bleus »que nous rêvions tous les deux pour l'hiver. « Oh ! Je ne me plains pas, Je te dis mes bêtises, C'est entre nous. »
Parfois nous demeurions deux incompris quand vous vous prôniez parnassien, « ô notre funèbre oiseau noir » s'envolait très vite et ces déchirements passagers s'estompaient. Nous reprenions nos cheminements, rêvions les mêmes chemins de traverses. Je suivais sans le savoir votre ombre dans ces rues de Douai où nous nous échappions, j'ai palpé votre inspiration quand le hasard me poussa dans cette Charleville que vous fuyiez. « Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien ». Vous étiez là quand « le jeune homme, devant les laideurs de ce monde Tressaille dans son coeur largement irrité Et plein de la blessure éternelle et profonde ». Vos vers bâtissez un nouvel espoir, repoussez les noirceurs « Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir », c'était la fin d'une saison en enfer, les illuminations, le nouveau temps où « on s'éveillait matin, on se levait joyeux ». Je laissai « le vent baigner ma tête nue » sur votre bateau ivre qui pourtant ne m' enthousiasma guère lorsque j'étais en pleine tempête c'est bien plus tard que vous vous dressâtes sémaphore, que votre plume me terrassa enfin. Dans cette nuit noire, ensemble nous veillons.
A l'heure où le ciel rose impose son grand coeur
Comme on pose un baiser sur le front d'une femme,
Je m'en vais jusqu'au lac pour y voir votre flamme
Surgir de l'onde calme et réchauffer mon pleur.
Et je peins, Angela, je peins dans la douleur,
Je peins sur la grand' toile étoilée de mon âme
Votre esprit qu'il me reste, et qui sur l'eau s'exclame ;
Je peins, doux m'écriant : « Revoici la couleur ! »
Puis je danse toujours près du chevalet rouge,
Et je sens votre mort soudainement qui bouge,
S'approchant pour glisser au profond de mes mains ;
Et nous tournons, tournons, ainsi qu'en ma mémoire,
Quand les soirs nous allions jusqu'aux petits matins
Nager dans un poème et peindre la nuit noire. (Les Veilleurs)
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ThierryCABOT
ThierryCABOT15 mai 2013
  • Livres 5.00/5
Le mythe Rimbaud a la vie dure.
En 2010 une photographie de lui, âgé de vingt-six-ans, a été retrouvée fortuitement à Aden. Nous découvrons un jeune homme assez quelconque, l'air un peu compassé, en habit de bourgeois et dont le regard n'accroche plus la lumière. Neuf ans plus tôt, l'objectif de Fantin-Latour le montre en compagnie de plusieurs artistes (parmi lesquels se trouve Verlaine). Et là que voyons-nous ? Un adolescent aux yeux myosotis, les cheveux en désordre, le visage inspiré, qui semble ouvert à toutes les magies.
Quoi ! "Le passant considérable" que décrit Mallarmé aurait changé à ce point.
Malgré les preuves accumulées, un certain nombre de thuriféraires de l'épopée rimbaldienne n'ont pas voulu croire à une telle transformation. Ce Rimbaud-là ne ressemblait plus à un poète.
Et pourtant ! Cinq années tout au plus couvriront l'expérience créatrice de Rimbaud. Quatre verront naître ses chefs-d'oeuvre. Puis le silence... un silence définitif s'installera. A vingt ans déjà, "l'homme aux semelles de vent" avait abandonné la poésie, comme brûlé de l'intérieur et comme si elle n'avait été au fond qu'une parenthèse dans une vie d'aventures et de trafics.
A l'âge où d'autres poètes commençaient à peine à trouver leur style, Rimbaud, lui, mettait un point final à son oeuvre.
Sa précocité est confondante. "Le dormeur du val" et "Ma bohème" sont nés sous la plume d'un garçon de seize ans. A dix-sept ans,"Le bateau ivre" précédé de "Voyelles" annonce une poétique nouvelle.
Bientôt vont fleurir des poèmes inédits aux inflexions aériennes :
"Que comprendre à ma parole ?
Il faut qu'elle fuit et vole !"
"Une saison en enfer et "Les illuminations" composées avec fébrilité cloront cette expérience poétique hors du commun et menée à un rythme vertigineux.
Avec de menues maladresses et d'éclatantes réussites, Rimbaud devient l'égal des plus grands. Son incroyable plasticité littéraire lui fait emprunter dix voies différentes sans jamais se perdre. Vers classique, libéré, libre, prose poétique : rien en fait ne l'arrête !
Sentait-il confusément que l'accomplissement de son art lui dictait ces orientations successives ? Nul ne le sait. Rimbaud en tout cas se paie le luxe d'être toujours lui-même en se renouvelant toujours.
Etrange destin que le sien. Après avoir révolutionné la poésie française, Rimbaud fuit vers d'autres cieux. Il nous donne simplement congé.
Et la photographie que nous contemplons laisse un goût d'amertume, celui des illusions perdues.
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uzun
uzun01 juin 2014
  • Livres 5.00/5
Quelle critique peut-on faire lorsqu'il s'agit d'une oeuvre si connue et si souvent visitée… On ne peut parler que de sa propre rencontre avec elle qui est toujours unique et souvent multiple. J'ai découvert Rimbaud il y a vingt ans et j'y ai replongé récemment. Arthur Rimbaud c'était ma porte vers la poésie moderne !
Je constate que mes textes préférés restent les même : Après le déluge, Enfance, Phrases, Veillées, Aube, Alchimie du verbe. Et encore une fois Veillées ! Les rimes ne m'intéressent plus. Elles font partie de la « virtuosité » du langage alors que depuis quelques années je tends uniquement vers le sens poétique. La même chose m'arrive dans la musique, dans l'interprétation musicale. Jouer Bach avec ses tripes et laisser tomber les oeuvres techniques !
Avant je me disais que mon expérience (petite) du français m'empêchait de profiter pleinement de tous les poèmes de Rimbaud. Mais même actuellement, certains de ses textes ne sont pour moi que de beaux objets sonores, ou visuels, sans le naturel qui m'est nécessaire pour éprouver de l'émotion véritable.
Rimbaud dans Une saison en enfer déclare lui-même : « La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe. Je m'habituai à l'hallucination simple ; je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi. Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots ! Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. »
Je pense que quand un poème me plaît c'est que j'ai eu les mêmes hallucinations que lui ! Finalement la question principale est la même pour tout art moderne : cette création-là, relève-t-elle des « combats spirituels » ou de l'amusement ou de la provocation ? …
Mais encore une fois le début des Veillées c'est mon poème préféré de toujours !
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Petitebijou
Petitebijou05 décembre 2011
  • Livres 5.00/5
Une fois de plus, je vais rendre hommage à l'éducation nationale, à qui je dois tant de découvertes ! Je me souviens comme si c'était hier de cette après-midi de mes douze ans, en cinquième, quand nous étudiâmes "Le dormeur du Val" d'un certain Arthur Rimbaud. du choc ressenti à la lecture de ces vers :
"Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."
La semaine précédente, ma crise d'adolescente s'était déclarée avec autant de violence que la poésie de Rimbaud pour qui je fus prise d'une grande passion. J'étais dans un collège privé catholique, et on nous présenta l'auteur comme un très bon élève (ce qu'il était), passant allègrement sur les côtés sulfureux de sa vie, nous évoquant sa relation avec Verlaine comme "une très belle amitié". Peu importe, le ver était dans le fruit, et c'est avec délectation que je découvris par moi-même ce qu'était réellement Rimbaud. Aujourd'hui je réalise la chance d'avoir croisé Arthur, cet adolescent, moi-même adolescente. Une bien belle inititiation !
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Tempuslegendae
Tempuslegendae30 décembre 2013
  • Livres 5.00/5
Il y a quelques années, presque jour pour jour, je me souviens avoir visité ce que fut la maison d'Arthur RIMBAUD à Charleville- Mézières, le fief du poète. Je me rappelle aussi d'avoir lu un poème qui m'avait beaucoup ému, il s'agissait des «Etrennes des Orphelins»:
«La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…
- Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux;
Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux;
Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,
Laissant trainer les plis de sa robe neigeuse,
Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…
En sortant du musée, demeure éternelle de Rimbaud, je longeais le bord de la Meuse rejoignant la Place Ducale et je me souviens qu'il faisait froid ce jour-là, intensément froid…
Et je pensais à ce poète maudit, moqueur des «bavures de pipeaux», n'hésitant pas à faire sauter la paralysante citadelle de la poésie française située au belvédère lyrique de son époque. Car, sans nul doute, en répudiant la langue morte de ses ancêtres poètes, Rimbaud trouvait enfin la sienne, propre, il devenait enfin apte à se faire voyant et voleur de feu, ici briseur de glace. Il savait désormais que, pour reprendre les termes mêmes de la lettre du Voyant, qu'«inspecter l'invisible et entendre l'inouï» est bien «autre chose que reprendre l'esprit des choses mortes».
Je préfère rester lucide, et me dire qu'après ça il n'y a rien à rajouter, seulement nous rappeler que la littérature sait à sa façon formuler ses voeux les meilleurs , sans ne jamais oublier personne.
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Citations & extraits (121) Voir plus Ajouter une citation
AxelRoquesAxelRoques22 mai 2016
Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,
Le cri des maisons d'or vous réclame. Volez !
Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes
Qui descend dans la rue. O buveurs désolés,
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Chrisdu26Chrisdu2619 mai 2016
Le dormeur du Val
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
+ Lire la suite
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libellule1libellule120 mai 2016
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, - heureux comme avec une femme.
Commenter    J’apprécie          70
OrpheaOrphea19 juin 2010
Le dormeur du Val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

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LydiaBLydiaB20 décembre 2012
Le bal des pendus

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

O durs talons, jamais on n'use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau:

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton:
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.

Hurrah! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes:
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres:
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
+ Lire la suite
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Videos de Arthur Rimbaud (68) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arthur Rimbaud
Extrait de l'émission « Analyse spectrale de l'occident » consacrée à Rimbaud, diffusée en 1966, avec cette intervention d'Yves Bonnefoy.
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