> Raoul Dufy (Illustrateur)

ISBN : 2070300072
Éditeur : Gallimard (1966)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 214 notes) Ajouter à mes livres
Sous le pont Mirabeau coule la SeineEt nos amoursFaut-il qu'il m'en souvienneLa joie venait toujours après la peine Ces vers du "Pont Mirabeau", comme ceux de "La Chanson du mal-aimé" ou de "Zone", tous issus du recueil Alcools ont fait la fortune littér... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 01 juillet 2010

    vincentf
    Tension entre le moderne et l'ancien, peut-être. Est-ce ce qui touche dans Apollinaire ? Il y a de ça. Il y a d'abord les mots, répétés ou pierres précieuses déposées au coin d'un poème, d'une incantation magique, alchimie, chocs. Comme souvent, le commentaire sur la poésie est vain. Il suffirait de citer, de ne pas se creuser la tête, même si l'on ne voit pas tout, même si l'analyse en groupe des "Colchiques" a été un chouette moment. La poésie, celle d'Apollinaire, si simple si l'on veut bien ne pas tenter de l'intellectualiser, n'est rien d'autre, rien de plus et rien de moins, qu'un dépôt de formules, magiques ou triviales, dans notre esprit.
    Lire la poésie comme on va à la pêche, tirer un mot, un vers, l'accrocher à notre âme, "soleil cou coupé", ou "Mon Automne éternelle ô ma saison mentale". Encore : "C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat", "Ecoutez mes chants d'universelle ivrognerie". La poésie d'Apollinaire est cocktail d'Alcools plus ou moins forts dont on se laisse imprégner à l'envie, un petit verre par ci, un petit verre par là, et mine de rien, on s'en soûle, on voit le monde autrement, on vit plus intensément. Fulgurance du regard du chat, croisé en titubant, au coeur de la nuit : "Je souhaite dans ma maison : / Une femme ayant sa raison, / Un chat passant parmi les livres, / Des amis en toute saison / Sans lesquels je ne peux pas vivre".
    Boire sa vie comme une eau de vie, un poème d'Apollinaire en tête, la voix de Léo Ferré, le souvenir d'une Annie qui rendait fou, et se dire que la joie, jadis, et demain, et toujours, venait toujours après la peine et que sous les ponts de Paris, qui bêlent ce matin, coule la Seine, et nos amours, et que les femmes paissent parfois ce grand pré mal fleuri par l'automne que deviennent, fatalement, les poètes un brin trop sensibles. Ou trop simples.
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    • Livres 4.00/5
    Par quenlore, le 02 novembre 2011

    quenlore
    Renonçant à la ponctuation traditionnelle, le poète ne connaît d'autre scansion que celle commandée par la respiration d'une part, et de l'autre par la palpitation intérieure de la passion.
    Des pages d'une incroyable drôlerie, des "jeux" où la virtuosité et le goût de l'étonnement s'associent à l'inspiration poétique la plus authentique et la plus noble, constituent des assemblages, extravagants par instants, toujours beaux, et nouveaux de ton et d'aspect. le mouvement épique de "la Chanson du Mal Aimé", par exemple, qui porte l'incantation à un degré magnifique d'évidence et d'émotion, la nonchalance habile et délicieuse de certaines "pièces de circonstance", la résurrection de vieilles légendes rhénanes – la poésie du Rhin avait fortement marqué Apollinaire – attestent la diversité de ce recueil qui rassemble l'œuvre écrite entre 1898 et 1913.
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    • Livres 4.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 31 mars 2011

    ay_guadalquivir
    Je redécouvre ce recueil avec un oeil curieux. Entre des lignes à la facture classique (Sous le pont Mirabeau...), le tournant du siècle est là, ainsi que ses influences. Des textes aux sujets variés, tantôt personnels (A la Santé), étranges (Réponse des Cosaques Zaporogues au Sultan de Constantinople), naturalistes (Colchiques), ils révèlent toujours une sorte d'inquiétude, de tension, d'angoisse un peus sourde. Je suis surpris à cette lecture, l'atmosphère particulière que construit Apollinaire, une sorte d'univers cohérent fait de touches d'étrangeté. Difficile d'y lire au premier abord un ensemble cohérent, et pourtant, il en sort une impression d'ensemble par petites touches. Des impressions Rhénanes entre autres qui m'ont surpris. Un bestiaire digne des poètes du XVIIème tout à fait étrange. Je m'y replonge!
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 23 février 2010

    chartel
    Parmi les grands classiques, un auteur reste encore énigmatique, c'est Apollinaire. Rien ne me prédisposait à le lire, mais devant une telle renommée, surtout chez les puristes de la littérature, je me devais de découvrir le plus célèbre de ses recueils : "Alcools".
    A la fois classique, car il traite des thèmes propres à la poésie : l'amour, la nostalgie, les références à l'antique, l'espoir et le désespoir, ce recueil, difficile à caractériser dans sa variété, est également novateur dans la forme - absence de ponctuation, variété formelle et rythmique, correspondances poétiques entre texte et image (voir les nombreux liens entretenus avec les peintres de son temps) - mais aussi dans les thèmes inattendus de sa poésie, essentiellement des portraits et paysages d'un monde en mutation, acquis aux préceptes d'une science souveraine, créant en cela un monde étrange, à la fois nostalgique d'un passé idéalisé, mais tout à la fois exalté face aux promesses de l'avenir. Un univers que le poète pouvait encore construire, avant que sonne le glas de la Première Guerre mondiale.
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    • Livres 4.00/5
    Par Anassete, le 15 janvier 2012

    Anassete
    Apollinaire est un grand poète qui peut vous aider à renouer avec le genre : le ton n'y est ni hautain ni déférent à son égard. Alcools est une œuvre qui s'ouvre au monde mais surtout à soi. Contrairement à ce que l'on croit, l'absence de ponctuation n'est pas une idée de l'auteur mais il a été le premier à l'appliquer et à faire entrer la poésie dans une nouvelle ère. Les sujets choisis ne sont pas alourdis par une syntaxe préconçue mais ils restent très emprunts de l'expérience personnelle de l'auteur. La liberté et la fluidité balancent avec un texte très souvent élégiaque et permettent une lecture facile et vivante.
    Ni trop antique ni trop moderne, Alcools permet par son ambivalence d'être un plaidoyer pour le "c'était mieux avant mais on va faire autre chose". Les amateurs de linguistique s'amuseront à former plusieurs phrases pour trouver différents sens à une strophe ! Les néophytes en poésie pourront porter un œil neuf sur le côté archaïque qu'ils ont de leurs cours de français.
    Vitam impendere Amori est la partie la plus belle du livre, à mes yeux.
    J'avais gardé un très bon souvenir d'Apollinaire et il se confirme. Par contre, j'ai eu beaucoup de mal à m'y replonger, ne pas pratiquer régulièrement la versification c'est mauvais pour les affaires. Il n'empêche que cette deuxième lecture m'a permis de me poser des questions totalement différentes qu'à l'époque de ma 1èreL. L'usage d'octosyllabes et de décasyllabe m'a particulièrement bouleversé parce que j'étais restée à l'idée déca/octosyllabe = vers épiques. J'avais oublié que l'alexandrin était passé par là... Je me suis davantage intéressée à la signification formelle des poèmes qu'à leur contenu et c'est là, tout de même, qu'on voit la vraie beauté du texte et sa modernité. Enfin, lire Alcools avec le Bestiaire m'a permis de mieux comprendre l'importance du Christ Orphée dans ces poèmes.

    Lien : http://anassete.blogspot.com/2011/09/alcools-dapollinaire.html
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Citations et extraits

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  • Par johnfool, le 01 février 2012

    Passons passons puisque tout passe
    Je me retournerai souvent

    Les souvenirs sont cors de chasse
    Dont meurent le bruit parmi le vent
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  • Par Poiesis, le 31 janvier 2012

    Nous serions si heureux ensemble
    Sur nous l'eau se refermera
    Mais vous pleurez et vos mains tremblent
    Aucun de nous ne reviendra
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  • Par Poiesis, le 30 novembre 2011

    Cortège

    Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
    Qui nidifie en l'air
    A la limite où notre sol brille déjà
    Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
    Quand tu lèves la tête

    Et moi aussi de près je suis sombre et terne
    Une brume qui vient d'obscurcir les lanternes
    Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
    Une voûte entre vous et toutes les lumières
    Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres
    Et d'alignements d'yeux des astres bien-aimés

    Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
    Qui nidifie en l'air
    A la limite où brille déjà ma mémoire
    Baisse ta deuxième paupière
    Ni à cause du soleil ni à cause de la terre
    Mais pour ce feu oblong dont l'intensité ira s'augmentant
    Au point qu'il deviendra un jour l'unique lumière
    Un jour
    Un jour je m'attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Pour que je sache enfin celui-là que je suis
    Moi qui connais les autres
    Je les connais par les cinq sens et quelques autres
    Il me suffit de voir leurs pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers
    De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux
    Ou leur langue quand il me plaît de faire le médecin
    Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète
    Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères
    La monnaie des aveugles les mains des muets
    Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l'écriture
    Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans
    Il me suffit de sentir l'odeur de leurs églises
    L'odeur des fleuves dans leurs villes
    Le parfum des fleurs dans les jardins publics
    O Corneille Agrippa l'odeur d'un petit chien m'eût suffi
    Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne
    Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline
    Qui t'inspirait l'erreur touchant toutes les femmes
    Il me suffit de goûter la saveur du laurier qu'on cultive pour que j'aime ou que je bafoue
    Et de toucher les vêtements
    Pour ne pas douter si l'on est frileux ou non
    O gens que je connais
    Il me suffit d'entendre le bruit de leurs pas
    Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu'ils ont prise
    Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit
    De ressusciter les autres
    Un jour je m'attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime
    Parmi lesquels je n'étais pas
    Les géants couverts d'algues passaient dans leurs villes
    Sous-marines où les tours seules étaient des îles
    Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
    Coulait sang de mes veines et fait battre mon cœur
    Puis sur terre il venait mille peuplades blanches
    Dont chaque homme tenait une rose à la main
    Et le langage qu'ils inventaient en chemin
    Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
    Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
    Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
    Amenaient un à un les morceaux de moi-même
    On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
    Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
    Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines

    Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
    Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
    Et détournant mes yeux de ce vide avenir
    En moi-même je vois tout le passé grandir

    Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
    Près du passé luisant demain est incolore
    Il est informe aussi près de ce qui parfait
    Présente tout ensemble et l'effort et l'effet
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  • Par Orphea, le 15 mai 2009

    Le pont Mirabeau

    Sous le pont Mirabeau coule la Seine
    Et nos amours
    Faut-il qu’il m’en souvienne
    La joie venait toujours après la peine

    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure

    Les mains dans les mains restons face à face
    Tandis que sous
    Le pont de nos bras passe
    Des éternels regards l’onde si lasse

    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure

    L’amour s’en va comme cette eau courante
    L’amour s’en va
    Comme la vie est lente
    Et comme l’Espérance est violente

    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure

    Passent les jours et passent les semaines
    Ni temps passé
    Ni les amours reviennent
    Sous le pont Mirabeau coule la Seine

    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure
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  • Par ZetaZeta, le 28 mars 2010

    Nuit rhénane


    Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
    Écoutez la chanson lente d'un batelier
    Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
    Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

    Debout chantez plus haut en dansant une ronde
    Que je n'entende plus le chant du batelier
    Et mettez près de moi toutes les filles blondes
    Au regard immobile aux nattes repliées

    Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
    Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
    La voix chante toujours à en râle-mourir
    Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

    Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire
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