Parfois les papas quittent la maison... et le reste de la famille essaie de vivre sans. Les enfants ont peur sans leur doudou, la maman est moins belle sans maquillage et la maison est vide sans musique. Dans toutes ces petites absences, c'est le manque du père qui s'ex... > voir plus
Lecture jeune, n°119 - Cet album s’ouvre sur une succession de scènes du quotidien dans lesquelles les personnages adoptent des postures inconfortables, recroquevillées, comme douloureuses. Puis viennent des visages tristes et fermés, des corps abîmés. Peu à peu, l’histoire semble s’installer, une nouvelle qu’on annonce et les membres d’une famille qui, ensemble, attendent. Double page noire avec un faible horizon bleu et vient le texte. Trente phrases débutant par le terme « sans » qui disent l’absence, le manque, l’évidence ou l’absurdité de ce qui ne peut être. Certaines phrases reviennent sur les images du début de l’ouvrage et en offrent une nouvelle lecture. Elles posent des personnages et une trame narrative. L’attente encore… « Et puis un jour on a trouvé ». Ce qu’on a trouvé – « Du bleu sur les yeux de maman », « Du champagne dans le frigidaire » et surtout « La moto dans le garage » –, c’est de quoi se réjouir et créer du sens : le retour du papa. Voici un album qui nous propose une véritable expérience de lecture. Les images sans texte qui s’enchaînent révèlent une grande violence tant physique – corps glacé, égratigné – que psychologique – personnage sans visage, masques mortuaires… Leur succession crée le rythme de l’attente, mais surtout nous submerge et nous perd dans les contours incertains d’une souffrance non nommée. Blanc, noir, bleu, violet, le froid s’installe. Quand enfin l’explication s’offre à nous, nous avons ressenti toute l’inquiétude et la violence que recouvraient cette attente et ce manque pour la famille. Un album d’une grande force, pour tous. ? Hélène Sagnet